Comme le dit l’adage, le statut social ne détermine pas forcément la réussite de l’individu. Halimatou Diamanka née à Médina Sadiouma, un petit village de la commune de Saré Bidji dans le monde rural fait partie de celles qui ont brisé la chaine du complexe. Agée de 22 ans et étudiante en licence 2 a l’université Cheikh Amidou Kane en administration économique et sociale, aujourd’hui elle est devenue la voix des sans voix des jeunes filles du monde rural victimes de violences basées sur le genre, notamment des mutilations génitales féminines. En ce sens, elle est aussi la « voix » de la transformation de ces jeunes filles et garçons souvent recroquevillés dans des préjugés freinant leur éclosion dans le monde rural. Mais, Halimatou est le fruit du centre conseil ado de Kolda qui l’a forgée.
Interrogée par Dakaractu, elle se confie : « tout a commencé quand j’ai intégré les clubs de jeunes filles leaders du CCA en 2016. Ainsi, je devins la présidente du club des jeunes filles leaders de Médina Sadiouma.
Par la suite, j’ai été formée par le CCA en leadership, en communication, sur la santé de la reproduction et les conséquences néfastes des mutilations génitales féminines. Avec tous ces atouts entre mes mains, j’ai pris l’engagement avec le CCA et ses partenaires, de sensibiliser mes parents et mes sœurs sur l’importance de l’école et les méfaits de l’excision sur la santé de la reproduction. D’ailleurs, je suis aujourd’hui, le point-focal de world Vision dans la commune de Saré Bidji. »
Mission difficile en milieu rural…
« Étant née dans un village, la mission n’a pas été du tout facile pour moi en tant que fille. En ce sens, il faut mettre dans la corbeille les nombreux préjugés comme quoi que la place de la fille reste le foyer et les travaux ménagers et non à l’école. Comme j’avais confiance, j’ai pu y arriver avec l’aide de mes parents. À ce titre, je fais ce rappel pour dire que la déconstruction du complexe en milieu est difficile. Mais, comme j’avais confiance en moi avec les formations reçues et bien préparée, je pouvais entamer mon engagement pour le bien-être de ma communauté », estime-t-elle.
« Parfois, il arrivait qu’on soit hostile aux visites à domicile que je faisais en me disant par exemple de sortir de leur concession. Et avant l’obtention de la moto grâce à World Vision, il m’était très difficile de rallier les villages distants de notre commune qui compte plus de 90 villages. »
Une approche inclusive acceptée par la communauté…
Dans cette dynamique, elle avance : « au fil du temps, une confiance s’installe entre moi et la communauté car la sensibilisation a porté ses fruits. D’ailleurs, cela est étayé par la réussite des filles à l’école et la réduction des grossesses et mariages précoces. À cela, nous avons ajouté la formation sur la transformation des produits locaux pour rendre autonomes les femmes et les filles non scolarisées afin de ne pas tomber sous l’escarcelle d’individus malveillants. Aujourd’hui, notre commune compte plusieurs clubs de jeunes filles leaders qui font la fierté de leurs parents. Et ces efforts consentis ne sont destinés qu’à réveiller le potentiel de ces nombreuses filles qui dormait en elles pour une amélioration de leurs conditions de vie. »
Une stratégie gagnante…
« Ainsi, nous avons lié aux activités d’autonomisation des femmes, les questions de santé de la reproduction, de l’excision, des violences faites aux filles et leurs conséquences graves pendant l’accouchement ou lors de la consommation du mariage et le traumatisme entre autres. Dans la foulée, nous y avons ajouté des exemples de filles ou femmes ayant réussi leur vie aussi bien conjugale que professionnelle. D’ailleurs, je leur dis que j’en suis un exemple d’où l’importance d’accorder la confiance à leurs enfants. »
« C’est pourquoi, aujourd’hui, les femmes ou filles participent aux instances de décision. D’ailleurs, nous sommes invités actuellement aux sessions municipales et lors des élaborations de budget » conclut-elle...
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