800 milliards de besoins, 70 % à formaliser / Face à un secteur informel à 90 %: L'État fixe l’objectif de doublement pour l'ESS


Comment transformer un secteur où 90 % des unités de production opèrent encore dans l'informel en véritable pilier de l'économie nationale ? C'est la question qui a traversé l'ouverture, ce mardi, de la première session 2026 du Cadre de concertation de l'Économie sociale solidaire (ESS), présidée par le ministre de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire, Dr Alioune Dione. La rencontre, organisée par la Direction de la promotion de l'Économie sociale et solidaire, a réuni notamment la représentante du Bureau pays de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour le Sénégal, la Gambie et la Guinée, le représentant régional de l'Agence italienne pour la coopération au développement (AICS) à Dakar, l'administratrice de la Fondation Sonatel, l'imam Cheikh Tidiane Seck en sa qualité de représentant des acteurs de l'ESS, ainsi que des délégués des ministères, des collectivités territoriales, de la société civile et du secteur privé.
 
Dans son discours d'ouverture, le ministre a présenté cette session comme une étape « décisive » dans le processus d'élaboration de cadres stratégiques nationaux pour l'ESS et la Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Il a précisé que les travaux devaient permettre l'examen et la validation finale de deux stratégies nationales, l'une consacrée à l'Économie sociale et solidaire, l'autre à la Responsabilité sociale des entreprises, au terme d'un processus ayant traversé les phases de diagnostic, de concertation et de formulation. Le ministre a insisté sur le fait que cette validation ne devait pas être perçue comme « une simple formalité administrative », mais comme la traduction d'un consensus national appelé à orienter l'action de l'État, à favoriser la mobilisation des ressources et à renforcer la lisibilité de l'intervention des partenaires techniques et financiers.
 
Les échanges ont été appuyés par une présentation chiffrée du poids économique et social du secteur. Selon les données projetées en séance, plus de 90 % des unités de production de l'ESS opèrent encore dans l'informel, tandis que 80 % des travailleurs du secteur ne disposent d'aucune couverture sociale. Le besoin de financement du secteur est évalué à 800 milliards de FCFA, dans un contexte national marqué par un taux de chômage élargi de 19 à 22 % et une population de 18,1 millions d'habitants dont 57 % en âge de travailler (RGPH-5, 2023). La présentation a également relevé que 70 % des femmes actives évoluent dans l'agriculture informelle.
 
Face à ce constat préoccupant, la stratégie nationale ESS soumise à validation fixe un objectif général : transformer l'Économie sociale et solidaire en un pilier structurant du développement économique inclusif, en doublant sa contribution à la richesse nationale, à l'emploi décent et à la résilience territoriale d'ici 2029. Cet objectif se décline en cinq axes spécifiques : la formalisation de 70 % des acteurs du secteur ; le triplement du volume de crédits alloués à l'ESS, porté à 450 milliards de FCFA, accompagné d'une extension de la couverture sociale à 70 % des acteurs ; l'intégration de l'ESS dans les politiques publiques, avec 5 % des marchés publics réservés dans 80 % des entités et son inscription dans les plans de développement communal de 100 communes ; le renforcement de l'innovation sociale et numérique, à travers le financement de 200 projets innovants, la digitalisation de 60 % des structures et l'implantation de l'ESS dans 10 universités ; et enfin l'amélioration de la gouvernance et du suivi-évaluation du secteur, avec pour cibles 70 % de notoriété nationale, 80 % de collecte de données, 14 comités régionaux actifs et 500 organisations de la société civile impliquées.
 
Le ministre a par ailleurs souligné que l'ESS devait permettre de « penser l'économie autrement », en créant des opportunités pour les jeunes et les femmes, en valorisant les savoir-faire locaux et en renforçant l'autonomie économique des communautés. Il a établi un lien entre cette approche et la Responsabilité sociale des entreprises, appelée selon lui à accroître la contribution du secteur privé aux objectifs économiques, sociaux et environnementaux du pays.
 
Mardi 15 Septembre 2026
Dakaractu



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