FMI – Finances publiques : Abdoulaye Wilane met le Gouvernement face à ses responsabilités : « Le redressement ne doit pas se faire sur le dos des Sénégalais »


Au micro de Dakaractu Mbour, le porte-parole du Parti socialiste refuse le « chèque en blanc » au Gouvernement et exige de la transparence sur le coût réel du programme avec le FMI
 
« Le Gouvernement doit présenter l’équation avant de présenter la facture. » Le ton est donné. Dans une note politique consacrée à la situation des finances publiques et au dialogue renoué avec le Fonds monétaire international, Abdoulaye Wilane, porte-parole du Parti socialiste du Sénégal, adopte une position qui se veut à la fois responsable et offensive.
 
Au micro de Dakaractu Mbour, le responsable socialiste reconnaît d’abord la gravité de la situation financière du Sénégal. Dette lourde, marges de manœuvre réduites, nécessité de restaurer la crédibilité financière du pays : pour lui, il serait irresponsable de nier les difficultés.
 
Mais cette reconnaissance, prévient-il, ne saurait constituer un quitus pour le pouvoir actuel.
 
« Le temps du diagnostic ne peut pas durer indéfiniment »
 
Pour Abdoulaye Wilane, après plus de deux années au pouvoir, l'heure n'est plus uniquement aux explications sur l'héritage laissé par les précédents régimes.
 
Son message est sans détour : certaines difficultés viennent de loin, d'autres ont pu s'aggraver depuis l'alternance, mais gouverner signifie désormais apporter des réponses concrètes.
 
Le porte-parole du Parti socialiste invite ainsi le Gouvernement à assumer ses propres choix, ses hésitations et les conséquences de sa politique économique.
 
2,2 milliards de dollars : « Attention aux chiffres qui font rêver »
 
Autre mise au point de taille : le fameux montant de 2,2 milliards de dollars associé au programme avec le FMI.
 
Abdoulaye Wilane appelle à ne pas présenter cette enveloppe comme une somme immédiatement disponible dans les caisses de l'État.
 
Il s'agit, rappelle-t-il, d'un programme prévu sur trois ans, avec des procédures et des décaissements progressifs.
 
Autrement dit, 2,2 milliards annoncés ne signifient pas 2,2 milliards disponibles immédiatement.
 
Une précision importante, selon lui, dans un contexte où les Sénégalais ont été largement exposés à une succession de chiffres et d'annonces sur l'état des finances publiques.
 
Mais pour Wilane, la véritable question est ailleurs : qui va payer le prix du redressement ?
 
« Les Sénégalais ne vivent pas dans un tableau Excel »
 
C'est probablement l'une des formules les plus fortes de sa note.
 
Derrière les termes techniques — mobilisation des recettes, rationalisation des dépenses, gestion de la dette, réformes des subventions — il y a, selon lui, la réalité quotidienne des ménages.
 
Factures d'électricité, transport, loyers, santé, scolarité, alimentation : les équilibres budgétaires de l'État se traduisent directement dans les portefeuilles des citoyens.
 
Le commerçant, l'artisan, l'agriculteur, le salarié, la petite entreprise : tous vivent déjà sous pression.
 
Dès lors, le Gouvernement doit, selon le socialiste, répondre à des questions simples : quelles recettes supplémentaires ? Quelles dépenses seront réduites ? Quelles subventions seront réformées ? Qui sera protégé ? Qui supportera l'effort ?
 
Pour Abdoulaye Wilane, les Sénégalais ne doivent pas découvrir la facture du redressement une fois la décision prise.
 
Avant de demander des sacrifices, « l'État doit commencer par lui-même »
 
Le Parti socialiste refuse que les mêmes catégories de la population soient constamment mises à contribution.
 
Salariés, retraités, classes moyennes, familles et petites entreprises ne peuvent, selon lui, être les variables d'ajustement permanentes des politiques de redressement.
 
Wilane réclame donc un examen sans complaisance du train de vie de l'État : dépenses improductives, doublons administratifs, gaspillage et charges qui ne seraient plus justifiables au regard de la situation actuelle.
 
Il reconnaît toutefois que le train de vie de l'État ne suffit pas à expliquer à lui seul les difficultés financières du pays.
 
Mais l'exigence d'exemplarité demeure, insiste-t-il : un État qui demande des sacrifices à sa population doit être le premier à montrer l'exemple.
 
Subventions : réformer oui, abandonner non
 
Sur les subventions énergétiques, le porte-parole socialiste se garde également de tout dogmatisme.
 
Certaines aides peuvent être coûteuses ou mal ciblées. Mais leur réforme ne doit pas se transformer en abandon des ménages vulnérables.
 
Pour Wilane, toute réforme doit donc être précédée d'une réponse claire : qui sera protégé, selon quels critères et avec quel mécanisme ?
 
Électricité, carburant et coût de la vie constituent, à ses yeux, des lignes rouges sur lesquelles le Parti socialiste entend rester particulièrement vigilant.
 
« Le FMI ne gouverne pas le Sénégal »
 
C'est l'autre charge forte de la note.
 
Abdoulaye Wilane refuse par avance que le Gouvernement puisse demain attribuer au FMI la responsabilité de mesures impopulaires.
 
Pour lui, le Fonds négocie, finance, recommande et conditionne ses programmes, mais les décisions finales relèvent des autorités sénégalaises.
 
Le pouvoir ne peut donc pas, selon lui, revendiquer le mérite d'un accord lorsqu'il est favorable et renvoyer la responsabilité au FMI lorsqu'arrivent les mesures difficiles.
 
« Gouverner, c'est choisir. Et choisir, c'est assumer », résume le porte-parole socialiste.
 
Ni déni, ni austérité aveugle
 
Au fond, Abdoulaye Wilane veut installer le Parti socialiste sur une ligne d'opposition qu'il présente comme responsable.
 
Pas question, dit-il, de souhaiter l'échec du Sénégal. Le pays doit retrouver des finances publiques solides, restaurer sa crédibilité et récupérer des marges de manœuvre pour investir.
 
Mais le redressement ne saurait, à ses yeux, se limiter à une politique de compression des dépenses.
 
Produire davantage, soutenir les entreprises, l'agriculture et les territoires, créer des emplois, renforcer le secteur privé et élargir l'assiette fiscale : voilà, selon lui, les véritables leviers d'une sortie durable de crise.
 
La question qui dérange
 
Et c'est finalement une question simple que le porte-parole du Parti socialiste pose au Gouvernement :
 
Après les efforts qui seront demandés, les Sénégalais vivront-ils mieux ou moins bien ?
 
Pour Abdoulaye Wilane, c'est à cette seule aune que devra être jugée la politique économique du pouvoir.
 
Redresser les comptes publics est une nécessité. Mais faire payer la crise aux Sénégalais les plus fragiles n'est pas une fatalité.
 
Le Parti socialiste entend donc défendre une troisième voie : ni immobilisme, ni austérité aveugle ; ni déni de la réalité financière, ni transfert de la facture sur ceux qui ont déjà le plus de difficultés à la payer.
 
Une posture qui place désormais le Gouvernement devant une équation politique aussi simple que redoutable : redresser le Sénégal, oui. Mais à quel prix, et surtout, pour qui ?
Lundi 14 Septembre 2026
Dakaractu



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