«Le plus indigent parmi nous ne céderait la moindre once de sa bonne santé pour tout l’or du monde alors que le plus lourd milliardaire braderait ses liasses pour se sortir des afflictions atroces d’une santé déclinante». Je parle de la santé morale ; cette autre santé sans laquelle l’être humain sortirait de tout ce qui le différencie de l’animal effarouché et angoissé. Une bête traquée se rebiffe, sort les griffes, montre les crocs et puis, charge avec l’énergie du désespoir. Et c’est tout comme image que nous livre, dans un ultime baroud d’honneur (s’ils en avaient vraiment), les principaux dignitaires du régime wadien* pour contrer les fulminations de la Cour contre l’enrichissement illicite. Les caisses noires et les dons plus que trop généreux d’un Wade à des années lumières de la bonne gouvernance comme alibis aux enrichissements subits de ceux qui, il y a tout juste douze ans, tiraient le diable par la queue ; de ceux qui, en ces temps de vaches maigres, squattaient éhontément des studios infectes dans les quartiers paumés de la capitale pour loger leurs familles hagardes et pantoises ; de ceux, en ces moments de pure impécuniosité, roulaient dans de la ferraille digne de la casse publique ? Quel manque de respect aux Sénégalaises et aux Sénégalais ! «Le sénégalais aime palabrer» disent de nous les autres frères africains. Et c’est tout comme ! Je ne vois pas l’utilité d’un débat sur l’opportunité et la constitutionnalité d’une telle Cour. Elle est Cour d’exception parce que justement pendant douze ans, des choses exceptionnelles se sont passées avec nos deniers publics. Des immeubles pharaoniques, de grosses cylindrées dignes des stars du cinéma, des comptes faramineux logés dans les paradis fiscaux du globe, des centaines d’hectares de terre spoliées aux autochtones, des surfacturations monstrueuses (la liste est loin d’être exhaustive), tout ceci avait inopportunément remplacé les hôpitaux à construire et ou à équiper, les routes à ouvrir à l’intérieur du pays, les abris provisoires à éradiquer de l’espace scolaire, la maîtrise de la flambée des prix, l’appauvrissement des sols cultivables, la mise en place à temps opportun des semences et des intrants en milieu paysan, l’équipement et l’approvisionnement correct de notre armée nationale… Ceux qui ont manipulé nos deniers publics dans le mauvais sens doivent le payer cher. Et ceux qui n’ont rien à se reprocher, n’ont absolument rien à craindre. C’est en vérité le premier jalon posé dans toute démocratie qui se respecte. Je ne vois pas Obama se payer un domaine, les pieds dans l’eau en Californie, avec sa caisse noire (si elle existe dans son pays). Et puis, Sarkozy après cinq ans au pouvoir, ne pèse pas plus que quelques centaines de milliers d’euros. Une poignée de délinquants qui pillent, spolient, détournent, s’accaparent de toute la richesse de notre pays et puis, nous défient le sourire au coin de la bouche ne mérite point que l’on épilogue sur son sort. S’il fallait couper la main – comme avec la charria – au moindre voleur dans notre pays, toute cette chienlit qui nous gouvernait ces douze dernières années paraderait en manchot et en gorfou. Alors, que nos juristes du dimanche arrêtent leur cirque ! Toute l’Afrique nous regarde et espère de nous. Une manipulation, une interprétation trop maligne de la loi ne doit pas servir les délinquants à col blanc qui parviendraient ainsi à contourner tout bonnement les rigueurs de la loi. Ce serait un crime de lèse majesté contre le peuple africain dans son ensemble qui ne demande qu’à préserver et à redistribuer ses maigres ressources dans les secteurs vitaux et prioritaires de son tissu économique. Notre pays est considéré (zieuté et écouté) aujourd’hui comme le cobaye du labo de la bonne gouvernance en Afrique. S’il réussit (comme le souhaite le Cardinal Adrien Sarr et l’ambassadeur d’Allemagne) le combat, il arrivera en même temps à faire bannir les tares de la corruption, du népotisme, des détournements de deniers publics de l’espace économique africain. S’il perd son pari (par la faute des juristes palabreurs) alors l’ère de la gouvernance des Mobutu, des Eyadema, des Bokassa, des Obiang Nguéma et autres Bongo, aura encore de beaux jours devant elle. Et–ce vraiment notre souhait, le voeu de nos populations exsangues ?
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