“Je veux vivre, pas survivre”: l’Afrique du Sud sous le choc après une série de meurtres de femmes


La police sud-africaine a annoncé jeudi dernier la découverte du corps d’une neuvième femme tuée en l’espace de deux mois dans la même zone géographique de l’est de Johannesburg, une série de meurtres qui suscite un vif émoi dans le pays.

L’Afrique du Sud affiche déjà l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde, mais la découverte des corps de femmes partiellement dénudées et mutilées fait craindre la présence d’un ou plusieurs tueurs en série opérant dans la région.

La police a imposé un confinement dans le quartier de Kempton Park, dans la municipalité d’Ekurhuleni, où trois corps ont été retrouvés ces derniers jours, et y a installé des barrages routiers.

Un cordon de police s’étirait jeudi le long de la route où la dernière victime avait été découverte, attirant des riverains curieux. Des experts médico-légaux en combinaisons blanches ratissaient les environs, tandis que le corps de la femme gisait sous un drap au bord de la route.
 

“Nous ne pouvons pas continuer à ramasser des corps”, a déclaré à la presse, sur place, la numéro 2 de la police nationale, Tebello Mosikili. Les meurtres ont profondément choqué les habitants. “C’est terrifiant (...) car nous pouvons dire que nous, les femmes et les enfants, ne sommes plus en sécurité”, a ainsi déclaré Patience Masa.

La police offre une récompense de 400.000 rands (21.000 euros) pour toute information permettant l’arrestation du ou des tueurs. Le deuxième parti du pays, l'Alliance démocratique, promet pour sa part 26.000 euros.

La responsable policière a indiqué que la découverte du neuvième cadavre serait ajoutée à l’enquête en cours sur les huit premières victimes et que les enquêteurs devront déterminer si elle a été tuée par le ou les mêmes auteurs ou s’il s’agissait d’un imitateur.

Un suspect en détention

Les violences faites aux femmes atteignent des niveaux endémiques en Afrique du Sud, malgré des années de promesses gouvernementales de s’y attaquer: selon les Nations unies, une femme sur trois y subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie.

Le 9 septembre, l'une des victimes, Elizabeth Moselakgomo, âgée de 38 ans, avait laissé sa fille de huit ans seule à la maison pour aller faire un jogging et n'est jamais revenue. Son corps a été retrouvé le 12 septembre derrière un hôtel.

Sa disparition a attiré l’attention du public après la mobilisation en ligne de ses amis d’un club de coureurs de fond pour tenter de la retrouver, suscitant un nouvel intérêt pour des affaires similaires antérieures et entraînant la découverte de nouveaux corps.
 

La première victime de la série, une femme de 37 ans, avait été retrouvée le 15 juillet, dénudée et entravée, dans le parc de Kempton. Cette découverte était passée largement inaperçue dans un pays qui enregistre pas moins de 60 homicides quotidiennement, soit l’un des taux les plus élevés au monde.

Un suspect avait été arrêté deux jours plus tard. Il a comparu en justice mercredi, a indiqué la police. Mme Mosikili a précisé que l’homme était étranger, sans pouvoir indiquer sa nationalité.

La deuxième victime, âgée de 32 ans, avait été retrouvée partiellement vêtue le 24 août, tandis qu'une troisième avait été découverte nue et en état de décomposition avancée le 10 septembre.

Le Premier ministre provincial, Panyaza Lesufi, a déclaré jeudi: “Quelqu’un nous a déclaré la guerre, et nous riposterons, nous ne capitulerons pas.” Le président Cyril Ramaphosa avait assuré mardi que “tout sera mis en œuvre” pour élucider ces meurtres, reconnaissant que “ces incidents sèment la peur et l’incertitude au sein de nos communautés, et particulièrement parmi les femmes”.

Les meurtres ont suscité l’indignation de la société civile et des instances sportives, tandis que se multiplient les appels à agir contre les violences sexistes. L’Afrique du Sud, pays de 62 millions d’habitants, affiche l’un des taux de violences à l’égard des femmes et des enfants les plus élevés au monde, selon les Nations unies.

Les habitants se mobilisent

Samedi matin, des centaines de coureurs se sont recueillis devant une plate-bande herbeuse où le corps d’Elizabeth Moselakgomo a été retrouvé. Ces derniers jours, de Kempton Park au Cap, en passant par le grand township de Tembisa, des citoyens ordinaires ont organisé des rassemblements de toutes tailles en leur mémoire, avec comme mot d'ordre récurrent: "ça suffit!"

Samedi matin, plusieurs centaines de coureurs ont parcouru 13 km à Kempton Park, à l’appel de clubs de course à pied déjà très mobilisés au moment de la disparition d’Elizabeth.

“On ne devrait pas avoir à regarder derrière soi. On devrait être protégés en permanence. Nous voulons reconquérir nos rues”, explique à l’AFP Hlompho Matji, analyste de données et coureuse de 47 ans, qui vit dans le même quartier qu’Elizabeth.
 

“Toute la semaine dernière, je n’ai pas couru (...) Nous sommes devenus paranos, nous avons peur”, poursuit-elle. En l’état, la police se refuse à indiquer si elle traque un tueur en série ou plusieurs suspects. L’enquête a déterminé que certaines des victimes n’avaient pas été tuées sur le lieu de la découverte de leur corps.

“Liberté volée”

“Il faut que ça s’arrête parce qu’ils (le ou les auteurs des meurtres, NDLR) nous volent notre liberté et notre confiance en nous”, assure Busisiwe Pakati, ingénieure en informatique et “coureuse confirmée” de 53 ans.

De nombreux hommes se sont joints au rassemblement de samedi, dont Mkhuleko Tshabalala, lui aussi habitant de Kempton Park. “Elizabeth, c’était l’une d’entre nous. Je la voyais courir ici” et “aujourd’hui, c’était très, très émouvant. Nous sommes passés à l’endroit où elle est décédée”, témoigne ce conseiller financier de 50 ans.

Sur place, quelques bougies éteintes couchées au sol et un bouquet de fleurs signalent l’emplacement exact, le long d’une discrète allée carrossable, coincée entre une voie rapide bordée d’une clôture en béton et l’arrière d’un hôtel.
 

Vendredi soir, au Cap, à plus de 1.400 km de là, plus d'un millier d'étudiants ont participé à une émouvante veillée sur le campus de l'université. Sur une pancarte, une étudiante a écrit: "Je veux vivre, pas survivre".

“Il y a toujours cette pensée que ce pourrait être ma mère, ma sœur, une cousine, une camarade de classe (...) et le pays continue de garder le silence”, explique Kitso Majapelo, président d’une association d’étudiants. “Les échecs s’enchaînent du côté du gouvernement, de la police, des politiques censés nous protéger, censés changer cette situation. Et ça suffit”, accuse-t-il.
 

Lundi 21 Septembre 2026
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