HOMMAGE À SERIGNE KOSSO ASTOU LÔ / 20 ans après sa disparition - "L'impétuosité du temps est un galop infini " (Serigne Bassirou Kosso)


HOMMAGE À SERIGNE KOSSO ASTOU LÔ / 20 ans après sa disparition - "L'impétuosité du temps est un galop infini " (Serigne Bassirou Kosso)
Au moment d'écrire ces lignes, tel un ressac, se bousculent dans ma tête des flots d'images, des récits authentiques : moments de bonheur, des larmes de chagrin. Notre peine fut immense. La vie est décidément cruelle, mais elle nous offre en même temps le bonheur de connaitre des êtres exceptionnels.

Serigne Kosso est assurément un don de Dieu, à la fois pour sa famille, mais aussi pour toute la communauté nationale. On dit que la vie arrive à bout de tout, même de nos repères les plus séculiers. Seule la mémoire permet de figer les symboles et d'ériger des épitaphes indéboulonnables.

Serigne Kosso était d'une dimension incommensurable et sa vie fut un miroir qui lui renvoya la bonté et l'altruisme.

La mort, hélas, hante nos âmes vagabondes mais elle ne saurait atteindre les élus qui ont consacré chaque instant de leur vie aux recommandations divines. Cheikhoul Khadim affirmait dans « Les Itinéraires du Paradis » que '' la chose la plus souhaitable, aux yeux des morts, est de pouvoir revenir à la vie. Ne serait-ce qu'un tout petit laps de temps qui serait pour eux l'occasion d'accomplir un bienfait qui leur serait utile à leur retour dans l'autre monde. Profite donc du reste de ta vie en regrettant le passé non utilisé dans les bonnes actions et précipite-toi dans la direction des œuvres pies. ''

Ainsi notre obsession quasi existentielle devrait être la quête du bien et le renoncement à la fatuité. Serigne Kosso s'engagea toute sa vie dans ce credo.

Il battit des ponts entre les différentes communautés religieuses et s'occupa du sort de son prochain. Il rapprocha le monde politique et reçût la société civile ainsi que le monde économique. Son ouverture d'esprit lui a permis de compter parmi les siens. Rien, rien ne lui était étranger. Son urbanité n'avait d'égal que sa ruralité. Né aux confins du Baol et du Ndiambour, il fut associé au banquet du pouvoir sans aucune compromission.

Il fut la voix des sans-voix. Serigne Kosso était avant tout un musulman achevé et un mouride sadikh.

Je me rappelle ses Zikrs interminables, ses retraites spirituelles, son chapelet sur la poitrine au soir de sa vie. Quid des soirées passées à nous raconter la vie de Cheikh Ibra Faty, Serigne Modou Awa Balla? Il était ému aux larmes. C'est aujourd'hui, quand tout va à vau-l'eau que je mesure le sens de ses discours. Plus qu'un sermon, il était l'acteur de sa vie.

Je fus témoin de ses innombrables ziares auprès des khalifs de Serigne Touba et de ses addiyas  auprès de la descendance de Bamba. Il aimait dire qu'il était le rempart de la famille de Serigne Modou Awa Balla. En talibé dévoué, il contribua à raffermir les liens dans la Mouridiya. Serigne Modou était tout pour lui. Et pour preuve, il disait souvent que Mame khadim et Baye Djily (ses jeunes frères) étaient ses serignes. Il avait des liens féconds avec les différentes familles religieuses du Sénégal et comptait parmi ses amis des chérifs émérites : Cherif Abiboulah était son intime. C'est lui qui m'annonça, le jour de sa disparition, au soir, que Serigne Kosso ne serait plus de ce monde, demain.

Qu'Allah soit loué.

Serigne Kosso avait beaucoup d'estime pour Serigne Fass Touré et Mame Abdou Dabakh. Combien de fois, avons-nous été à Tivaouane? El hadji Cosso Bèye était le messager fidèle. Il lui offrait souvent un bélier pour la Tabaski. Il en était de même avec El hadji Abdoualye Thiaw Laye. Il participa aussi au dialogue inter religieux. D'où son invitation au Palais de la République lors de la fameuse visite du Pape Jean-Paul II au Sénégal. J'ai déjà parlé ici de son rôle de régulateur social, de pacificateur. Grâce à son entregent, il contribua à l'établissement d'un Sénégal de paix et de fraternité.

On retiendra, en définitive, sa propension à aider les autres, à vivre pour les autres.

Sa maison était la maison des gueux, des malades, des opprimés. Il donna un logis et des mets aux nécessiteux et aux sans-grades. Les mendiants étaient reçus dans ses salons, la procession de démunis a fait le lit de sa patience. Son écoute envers tous sans discrimination, ses dons anonymes ont bâti sa réputation de bienfaiteur. Aucune intimité, peu de protocole, des audiences nocturnes et des apartés aux aurores.

Permettez-moi de relever la relation singulière qu'il avait avec ses enfants.

Serigne Kosso n'était pas seulement notre père, il était surtout notre référence.

Je me rappelle son regard foudroyant et limpide, son élégance sans pareil. Je me rappelle nos soirées  autour d'un verre de Café Touba, ou encore les petits déjeuners hilarants et succulents. Personne, je dis personne, sans aucune prétention, ne pouvait résister à l'attrait de cet homme. Il était d'une prestance, d'une élégance et d'une éloquence inégalées. On était subjugué d'avoir la chance dans une vie de sentir son parfum, d'entendre sa voix. C'est ce cœur pétri de sagesse que j'avais en partage.

Pour que nous, jeunes générations, nous nous débarrassions des futilités bassement matérielles. Et que nous nous consacrions  à l'adoration de Dieu, au travail et à l'amour de  notre prochain.

Serigne Kosso était l'étoile d'une vie.

Que Cheikhoul Khadim, Cheikh Ibra Faty et Ndayanne soient ses hôtes éternels.

Serigne Kosso est célébré ce vendredi à Darou Moukhty et à Touba.

Repose en paix ''Bou Diaffe''

Bassirou Mbacké
Vendredi 19 Janvier 2018
Dakaractu



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