Colloque international du CHEDS : Alioune Sall préconise une résilience africaine fondée sur la prévention et la transformation


Le Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS) a ouvert, les 6 et 7 octobre 2026, son colloque international autour du thème « Repenser la résilience en Afrique: sécurité, gouvernance et développement durable ». À la tribune de la conférence introductive, le Professeur Alioune Sall, vice président de la Commission du droit international de l’ONU et ancien juge à la Cour de justice de la CEDEAO, a livré une réflexion critique sur la manière dont l’Afrique pense et pratique la résilience.

 

Pour le juriste, l’enjeu n’est plus de glorifier la capacité des sociétés africaines à encaisser les crises, les chocs et les difficultés. Il appelle plutôt à rompre avec une conception qu’il qualifie de « résilience conservatrice », fondée essentiellement sur l’endurance et le retour à la situation antérieure. À ses yeux, une telle approche risque de transformer la survie en véritable projet politique, alors qu’une société ne peut durablement se développer en se contentant de supporter l’insupportable.

 

Le Professeur Alioune Sall propose ainsi de privilégier une « résilience transformatrice ». Celle ci ne consiste pas seulement à réagir lorsque la crise survient, mais à agir en amont sur les vulnérabilités et les causes structurelles. L’objectif serait de faire de la prévention, de la transformation des institutions et du renforcement des capacités des États les piliers d’une nouvelle conception de la résilience africaine.

 

Sur le terrain de la gouvernance, l’universitaire insiste particulièrement sur la question de la confiance. Une élection jugée peu crédible, une justice perçue comme dépendante, la corruption ou encore l’abandon de certains territoires constituent, selon lui, autant de facteurs susceptibles d’affaiblir silencieusement les États. La confiance des citoyens envers les institutions publiques devient alors, dans cette perspective, une véritable « infrastructure stratégique » de la résilience.

 

Autre remise en cause, réduire la démocratie au seul processus électoral. Pour Alioune Sall, l’élection ne saurait être « l’alpha et l’oméga » de la démocratie. Il défend au contraire l’idée d’une démocratie continue, dans laquelle la qualité de la gouvernance se mesure également au fonctionnement des institutions, à leur représentativité, à leur légitimité et à leur capacité à maintenir un lien de confiance avec les populations au delà des périodes électorales.

 

La réflexion s’étend également à la cohésion nationale. Le Professeur Alioune Sall estime que certaines conceptions trop rigides de l’unité nationale peuvent devenir contre-productives lorsqu’elles refusent de reconnaître les particularismes existant au sein des États. Pour lui, reconnaître les différences ne signifie pas nécessairement remettre en cause l’unité nationale. Au contraire, une organisation équitable de ces différences peut contribuer à consolider la paix et la cohésion.

 

« La cohésion nationale, ce n’est pas le silence », soutient il en substance, appelant à dépasser les approches qui assimilent systématiquement diversité et menace pour l’unité de l’État. Cette lecture prend une dimension particulière dans les contextes où certaines tensions territoriales ou communautaires ont été alimentées par le sentiment d’abandon, l’absence de l’État ou encore la négation de certaines réalités locales.

 

Pour étayer son propos, le juriste s’appuie sur plusieurs expériences africaines, notamment les évolutions constitutionnelles ayant cherché à prendre en compte la pluralité au sein des États. Il évoque également les mécanismes africains de protection des droits de l’homme et des peuples, considérant que le système continental présente une particularité importante, la reconnaissance de droits attachés non seulement aux individus, mais également aux peuples en tant qu’entités collectives.

 

À travers ces exemples, le Professeur Alioune Sall refuse donc une lecture fataliste d’une Afrique condamnée à « être résiliente ». Il considère au contraire que le continent dispose déjà d’expériences institutionnelles et juridiques susceptibles d’alimenter une nouvelle pensée de la résilience. Pour lui, l’enjeu consiste désormais à identifier, renforcer et adapter ces acquis afin qu’ils répondent aux transformations sécuritaires, politiques, sociales et environnementales auxquelles les États africains sont confrontés.

 

Au terme de son intervention, une idée centrale se dégage, l’Afrique ne devrait plus faire de sa capacité à supporter les crises une finalité en soi. La résilience, selon cette approche, doit devenir un levier de transformation. C’est donc une véritable rupture conceptuelle que propose le Professeur Alioune Sall, passer d’une Afrique qui apprend à survivre aux chocs à une Afrique capable d’agir sur leurs causes, de renforcer la confiance dans ses institutions et de transformer ses vulnérabilités en capacités de développement durable.

Jeudi 8 Octobre 2026
Dakaractu



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