Mali: que change la reprise de Kidal par l'armée?


En reprenant mardi la ville stratégique de Kidal, dans le nord du Mali, l'armée malienne appuyée par les paramilitaires russes de l'Africa Corps a remporté un succès hautement symbolique, près de six mois après en avoir perdu le contrôle au profit des indépendantistes touareg.

Mais c'est une ville fantôme désertée par ses habitants que l'État central malien a récupérée sans combats, alors que Bamako peine à contrôler son territoire dans ce vaste pays désertique en proie à une insurrection jihadiste et aux revendications indépendantistes de groupes touareg.

Que change réellement la reprise de Kidal?

 

- Succès réel ou symbolique ? -

 

Kidal a une portée hautement symbolique pour qui veut asseoir son emprise sur le nord du pays.

En reprenant en avril dernier le contrôle de cette ville, bastion historique de la rébellion, les indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) et leurs alliés jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al Qaïda, avaient infligé un camouflet à la junte malienne.

Mais la reprise de Kidal par l'armée "ne change rien au rapport de force", estime Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l'International Crisis Group (ICG), soulignant la portée "symbolique" de ce succès qui "permet de nourrir l'idée que le régime n'est pas autant à terre que certains l'ont prétendu".

"Même si la perte de bastions symboliques et stratégiques tels que Kidal constitue un revers pour le FLA, cela ne signifie pas pour autant que ce dernier sera anéanti", relève de son côté Hasret Kargin, chercheur spécialiste du Sahel.

Ce n'est en effet pas la première fois que la ville change de main. Kidal avait été contrôlée par des groupes rebelles pendant près d'une décennie avant de repasser sous l'autorité de l'État malien en novembre 2023.

Ce nouveau succès mardi de l'armée malienne lui permet de retrouver la face après des mois de montée en puissance des jihadistes du JNIM, qui ont infligé un blocus à la capitale l'an dernier et mené de nombreuses attaques d'ampleur à travers le pays.

Dernier revers en date, l'attaque du camp de Dioura (centre) par le JNIM en septembre a fait au moins 100 morts parmi les militaires maliens. Un bilan d'une ampleur inédite dans ce conflit qui dure depuis 2012.

 

- Une reprise sans combats -

 

L'armée est entrée mardi dans Kidal sans combattre après que le FLA a annoncé un "repli stratégique et maîtrisé de ses forces" de la ville pour "préserver des vies humaines", tout en précisant que cette mesure est "temporaire".

"Nous n'avons rencontré aucune résistance. Nous avons fait le travail en amont en bombardant les positions de l'ennemi et desserré progressivement son emprise", a déclaré un officier de l'état-major de l'armée à l'AFP.

Mardi, l'armée avait annoncé avoir lancé des "opérations aéroterrestres d'envergure" dans la région de Kidal, avec comme objectif notamment "de neutraliser les groupes armés terroristes opérant dans toute la région" et de restaurer "la sécurité des populations".

Plusieurs sources contactées par l'AFP ont indiqué que la ville est largement vidée de ses habitants.

"Il n'y a plus un chat", a confirmé à l'AFP un chef de famille ayant quitté Kidal lundi avec ses proches.

 

- Quel est le rôle d'Alger ? -

 

L'Algérie, longtemps en froid avec le Mali, semble avoir joué un rôle important dans la reprise de Kidal.

A la faveur d'un dégel des relations et d'une reprise des contacts diplomatiques avec Bamako, Alger aurait demandé aux rebelles de ne pas réagir pour se poser en médiateur de la crise, selon plusieurs sources contactées par l'AFP.

"Pour obtenir ce réchauffement des relations et pour jouer un rôle de médiateur, il n'est pas du tout exclu qu'Alger ait demandé aux FLA de ne pas réagir militairement", a indiqué à l'AFP mardi une source diplomatique régionale.

Une source sécuritaire régionale a confié de son côté à l'AFP que "des sources rapportent effectivement qu'Alger a encouragé les rebelles à ne pas combattre". "Alger est sur une ligne de crête. Comment continuer à s'entendre avec les rebelles et réchauffer véritablement les relations avec Bamako ?", s'est interrogée cette source.

 

- Que contrôle encore l'État au Mali ? -

 

Le pouvoir central peine à garder le contrôle de son vaste territoire (1.241.238 km²), mais maintient son assise sur les villes.

Dans le nord, l'État conserve des emprises militaires à Gao, Tombouctou et désormais Kidal, et contrôle les grandes villes dans le centre et le sud.

Mais ces derniers mois, des camps ont été abandonnés par l'armée, et plus de 2.000 écoles dans des localités du centre ont dû fermer.

A la faveur d'accords avec les chefs locaux, de nombreuses localités rurales du centre sont sous contrôle des jihadistes.

"L'État malien et ses partenaires (les paramilitaires russes d'Africa Corps), ce qu'ils contrôlent, ce sont les villes", résume Jean-Hervé Jézéquel. "Pour le reste, les campagnes, l'État ne fait qu'y circuler".

Mercredi 7 Octobre 2026
Dakaractu



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