Jusqu'ici, seuls les Maliens naturalisés pouvaient se voir retirer leur nationalité. C'est désormais du passé. Le jeudi 22 octobre 2026, le Conseil national de Transition (CNT) a ratifié à l'unanimité une ordonnance qui étend la déchéance de nationalité aux Maliens d'origine, c'est-à-dire à ceux qui sont nés maliens. Un tournant juridique majeur qui redéfinit les contours de la citoyenneté dans le pays.
Un vote unanime au CNT
La séance plénière s'est tenue au Centre international de conférences de Bamako, sous la présidence de Malick Diaw, président du CNT. Les 119 membres présents ont voté en faveur du texte, sans une seule voix contre. L'ordonnance modifiant le Code des personnes et de la famille avait été adoptée en Conseil des ministres le 17 juillet 2026, à l'initiative du ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, avant d'être formellement adoptée le 13 août 2026. Sa ratification par le CNT la rend désormais pleinement effective et évite sa caducité.
Ce que dit le texte
Avant cette réforme, les conditions de perte et de déchéance de la nationalité malienne étaient encadrées par la loi du 30 décembre 2011. Les autorités maliennes estimaient ce cadre juridique insuffisant face à ce qu'elles considèrent comme des agissements hostiles à l'État.Le nouveau texte autorise désormais l'État à sanctionner tout Malien, qu'il soit d'origine ou naturalisé, dans trois cas précis : l'allégeance à un État étranger, la collaboration avec des organisations hostiles, sécessionnistes ou terroristes, et la participation à des actes de terrorisme. Une précision importante toutefois : la déchéance ne peut être prononcée si elle rend la personne concernée apatride, c'est-à-dire sans aucune nationalité.
Un outil juridique au service de la souveraineté
Pour les autorités maliennes, cette réforme s'inscrit dans une logique de protection de l'intégrité nationale. Dans un pays qui fait face depuis plusieurs années à des rébellions armées, à des menaces terroristes et à des tensions diplomatiques avec plusieurs États, la question de la loyauté des citoyens envers la nation est devenue un enjeu central.En étendant la déchéance de nationalité aux Maliens de naissance, le gouvernement de transition envoie un signal clair : aucun citoyen, quelle que soit son origine, n'est au-dessus de ses obligations envers la nation malienne.
Une mesure qui suscite des interrogations
Si la mesure est présentée comme un outil de protection nationale, elle soulève inévitablement des questions sur ses conditions d'application. Qui décidera qu'un acte est contraire aux intérêts du Mali ? Quelles garanties procédurales seront offertes aux personnes visées ? Ces questions restent ouvertes, dans un contexte où les libertés civiles et politiques sont déjà sous pression.Ce qui est certain, c'est que le Mali vient de franchir un cap juridique inédit. La nationalité malienne, longtemps considérée comme un droit intangible pour ceux qui y sont nés, devient désormais une condition soumise au respect des intérêts de l'État.
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