Yaakaar-Teranga : Diomaye saisit l’IGE sur les 55 millions de dollars, l’ex-DG de Petrosen conteste toute créance

Le dossier Yaakaar-Teranga prend une nouvelle dimension. Après les déclarations du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô devant l’Assemblée nationale sur un supposé « manquement grave » qui aurait privé l’État d’environ 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de FCFA, le président Bassirou Diomaye Faye a activé l’Inspection générale d’État (IGE). Mais Alioune Guèye, ancien directeur général de Petrosen, rejette catégoriquement l’idée d’une créance abandonnée et affirme que « personne ne doit 55 millions de dollars à l’État ».


L’affaire Yaakaar-Teranga, relancée au plus haut niveau de l’État lors de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, devrait désormais faire l’objet d’investigations administratives approfondies. Selon L’Observateur, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye a donné instruction à l’Inspection générale d’État de faire la lumière sur les circonstances ayant entouré le retrait de Kosmos Energy et, surtout, sur le sort des 55 millions de dollars évoqués devant les députés.
 
À l’Assemblée nationale, le Premier ministre avait présenté le dossier comme suffisamment sérieux pour nécessiter des éclaircissements. Répondant à une question de l’honorable député Babacar Ndiaye, il avait indiqué que les « 55 millions de dollars », soit environ 30 milliards de FCFA, « existent bel et bien ».
 
Ahmadou Al Aminou Lô a notamment fait état d’une lettre datée du 1er juin, adressée par le ministre sortant Biram Souleye Diop au directeur général de Petrosen de l’époque, Alioune Guèye. Selon les explications rapportées par L’Observateur, cette correspondance faisait référence à un « manquement grave » au Code pétrolier, notamment à son article 19.
 
Le Premier ministre a soutenu que lorsqu’une concession ou une licence arrivée à échéance comporte des sommes déclarées comme dépenses mais finalement non dépensées, celles-ci doivent être reversées à l’État. Il a ensuite porté une accusation particulièrement lourde en estimant que quelqu’un se serait « cru en droit de se substituer à l’État » pour faire grâce à Kosmos de cette somme.
 
Ces déclarations ont immédiatement fait basculer le dossier du terrain politique vers celui du contrôle administratif. D’après L’Observateur, la saisine de l’IGE avait d’ailleurs déjà été évoquée en Conseil des ministres. Abdourahmane Diouf, qui a hérité du portefeuille chargé du Pétrole, aurait officiellement saisi l’Inspection générale d’État à travers une correspondance confidentielle afin de l’informer de l’ouverture de la mission d’investigation.
 
Petrosen et les services du ministère concernés devraient ainsi mettre à la disposition des inspecteurs les pièces, actes et correspondances susceptibles d’éclairer les conditions dans lesquelles le retrait de Kosmos du projet Yaakaar-Teranga a été conduit, avec une attention particulière portée à la question des 55 millions de dollars.
 
Pour L’Observateur, plusieurs interrogations restent au cœur de l’affaire. Il faudra notamment déterminer comment les décisions ont été prises, sur quelle base juridique et à quel niveau de responsabilité. Le journal s’interroge également sur les circonstances ayant conduit l’ancien ministre Biram Souleye Diop à formaliser ses réserves par écrit à quelques jours de son départ, ainsi que sur l’existence éventuelle d’un désaccord avec la direction de Petrosen.
 
Mais l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Guèye, oppose une lecture radicalement différente à celle exposée devant l’Assemblée nationale.
 
Dans une longue réponse relayée par L’Observateur, il affirme que « personne ne doit 55 millions de dollars à l’État ». Selon lui, le montant évoqué correspondrait non pas à une créance exigible, mais à un engagement minimum de dépenses prévu dans le cadre de la période de prorogation destinée aux études de développement.
 
Alioune Guèye s’appuie notamment sur le décret n°2024-713 du 13 mars 2024. Il explique qu’un engagement de dépenses ne saurait automatiquement être assimilé à une dette envers l’État. À ses yeux, les obligations du titulaire en cas de non-réalisation de certains travaux sont celles définies dans les contrats et conventions applicables, et non le simple remboursement d’un budget non consommé.
 
L’ancien responsable de Petrosen soutient également que Kosmos avait déjà investi plus de 300 millions de dollars et que les mécanismes d’indemnisation prévus par les textes auraient été épuisés. Il conteste ainsi l’interprétation de l’article 19 du Code pétrolier selon laquelle Kosmos aurait dû verser les 55 millions de dollars à l’expiration du contrat.
 
Selon lui, l’accord négocié avant le retrait devait notamment permettre à l’État de bénéficier d’engagements de Kosmos sur le transfert des données, des bandes, de certains actifs et sur une coopération permettant d’achever proprement le processus. Il assure que cet accord n’aurait rien coûté au Sénégal et affirme que l’expiration naturelle du contrat aurait apporté moins de garanties.
 
Alioune Guèye relève par ailleurs ce qu’il considère comme une contradiction : si une créance de 55 millions de dollars existe effectivement contre Kosmos et si l’accord conclu ne serait pas opposable à l’État, rien n’empêcherait, selon lui, les autorités de la réclamer aujourd’hui directement à la compagnie.
 
L’ancien DG se dit prêt à répondre devant toutes les institutions compétentes, notamment l’Assemblée nationale, la Cour des comptes ou la justice, et à produire l’accord, le Code pétrolier, le CRPP, le décret et les différentes correspondances liées au dossier.
Jeudi 10 Septembre 2026
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :