Tout ce qui brille n’est pas or ! À Thiès, la course effrénée aux distinctions de prestige semble désormais être devenue l’une des activités de prédilection de certains hommes politiques.
Depuis le début de l’année, les soirées mondaines se multiplient dans la cité du Rail pour honorer des personnalités issues de divers milieux, dont des responsables politiques qui ne lésinent pas sur les moyens pour décrocher une place sur le podium. Ces distinctions, qui s’accompagnent souvent de dépenses de prestige pour recevoir, au bout du compte, un trophée, ne trouvent pas un écho favorable auprès de certains Thiessois.
Pour Samba Kane, un habitant de Thiès, le contexte ne s’y prête pas. « Les politiques qui se ruent vers ces cérémonies doivent savoir raison garder. Le Sénégal n’est même pas au rez-de-chaussée : il est au cinquième, voire au septième sous-sol. Les populations souffrent. Je pense donc qu’ils devraient plutôt s’intéresser au quotidien des plus démunis », regrette-t-il.
Lui emboîtant le pas, Ass Dieng renchérit : « L’argent que l’on dépense dans ces cérémonies devrait plutôt profiter aux Thiessois. Après, ce sont ces mêmes politiques qui retournent auprès des populations pour solliciter leurs votes. Déjà, rares sont ceux qui, durant les grands événements, participent aux élans de solidarité. Certains d’entre eux nous prennent pour des demeurés. Mais les électeurs ne sont pas dans ces cérémonies : ils sont dans les maisons, munis de leurs cartes d’électeur, à attendre le jour du vote », tonne-t-il.
Rencontrée aux alentours de la promenade des Thiessois, une dame portant un plateau rempli de cacahuètes sur la tête exprime son indignation. « Je suis vraiment choquée ! La vie est chère, les Sénégalais souffrent depuis plus de deux ans et ces derniers ne trouvent rien d’autre à faire que d’aller recevoir des distinctions, alors que c’est à la population elle-même de dire qui est qui et qui fait quoi. Les plus méritants n’iraient jamais recevoir des trophées tout en sachant que certaines familles n’arrivent même plus à assurer les trois repas quotidiens. C’est vraiment déplorable ! Vous me voyez avec mon plateau de cacahuètes : je circule du matin au soir dans les rues de la ville pour rentrer la nuit avec des miettes. Ces politiciens doivent penser à nous ! »
À l’approche de la rentrée scolaire, un autre interlocuteur, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, lance cet avertissement : « C’est bientôt l’ouverture des classes. Qu’ils ne viennent pas dans nos quartiers nous remettre deux ou trois cahiers : nous n’en avons pas besoin. Qu’ils sachent que nous avons pris acte. »
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