Thierno Alassane Sall défie Ousmane Sonko et dénonce une restriction de la parole des députés : " Vous n’avez pas le droit… Si on continue comme ça, on n’aura plus d’Assemblée nationale…Vous acceptez l’inacceptable…Ne nous laissons pas faire"

La tension est encore montée à l’Assemblée nationale entre Thierno Alassane Sall et le président de l’institution, Ousmane Sonko. Alors qu’il intervenait sur la protection du Sénégal contre les cyberattaques, le député a rapidement élargi son propos au fonctionnement de l’Assemblée et aux questions de transparence. Plusieurs fois sommé de rester dans le thème, il a contesté l’autorité du président de séance à lui retirer la parole et dénoncé ce qu’il considère comme une dérive dans la conduite des débats.


Nouvelle passe d’armes électrique à l’Assemblée nationale entre Thierno Alassane Sall et Ousmane Sonko. Prenant la parole devant le ministre concerné par le texte examiné, le député a d’abord abordé la question de la cybersécurité, un sujet sur lequel il affirme avoir déjà interpellé le prédécesseur du ministre.


Thierno Alassane Sall a plaidé pour des « mesures hardies » afin de mieux protéger le Sénégal contre les cyberattaques. Tout en reconnaissant les difficultés auxquelles font face les pays africains dans ce domaine, il a insisté sur le potentiel des compétences sénégalaises, notamment celles présentes dans les universités et au sein de la diaspora.


« Je sais que c’est un combat difficile, que nos pays ne sont pas suffisamment armés, mais que nous disposons de ressources humaines extrêmement compétentes qui pourraient nous aider », a-t-il déclaré. Le député a ainsi appelé à mobiliser « toutes les ressources sénégalaises disponibles » pour renforcer les capacités nationales en matière de cybersécurité.


Mais son intervention a rapidement pris une tournure politique. Thierno Alassane Sall a estimé que l’examen de ce texte ne constituait pas, à ses yeux, la véritable urgence ayant justifié la convocation de la session extraordinaire.


Selon lui, les travaux de cette session ont été marqués par plusieurs dossiers touchant à la transparence, alors que les députés de l’opposition seraient, affirme-t-il, empêchés d’en débattre librement.


« On a beaucoup de questions liées à la transparence et l’on veut nous interdire de parler de ces questions de transparence, alors même qu’elles sont au cœur de cette session extraordinaire », a-t-il accusé.


Le parlementaire s’est alors interrogé sur la place laissée à la liberté d’expression des députés. « Qu’est-ce que serait notre Assemblée nationale si on veut nous restreindre dans nos prises de parole et nous diriger comme des écoliers ? », a-t-il lancé.


Cette digression a provoqué une première intervention d’Ousmane Sonko : « Restez sur le thème », lui a intimé le président de l’Assemblée nationale.


Thierno Alassane Sall n’a cependant pas abandonné son argumentaire. Il a cité une déclaration attribuée à l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, selon laquelle « les grands bandits ne se chamaillent, ne se disputent que lors du partage du magot et du butin », avant d’établir un parallèle avec les débats de la session extraordinaire.


« Cette session extraordinaire-là, les questions qu’on nous a amenées ici, ce sont des questions de magot. On ne veut pas qu’on parle des fonds politiques. Vous ne voulez pas qu’on parle des fonds politiques », a-t-il martelé.


La réaction d’Ousmane Sonko a été immédiate : « Vous restez sur le thème ou vous rejoignez votre place. »


Thierno Alassane Sall a alors directement contesté cette injonction. Revenant sur le rappel au règlement qu’il avait effectué précédemment, le député a soutenu que le président de séance pouvait faire retirer certains propos du procès-verbal ou rappeler un parlementaire à l’ordre, mais qu’il ne pouvait pas, selon son interprétation du règlement intérieur, l’empêcher de poursuivre son intervention.


« Vous n’avez pas le droit de faire sortir les gens. Vous n’avez pas ce droit », a-t-il insisté.


Le député a poursuivi en dénonçant ce qu’il présente comme une concentration excessive de l’autorité politique, évoquant notamment le risque d’un « parti-État ». Des propos qui ont de nouveau provoqué l’intervention du PAN.


« Vous restez sur le thème ou vous rejoignez votre place. Apparemment, vous n’avez rien à dire sur le thème », lui a répondu Ousmane Sonko.


Thierno Alassane Sall a rétorqué qu’il entendait précisément parler « du fonctionnement de notre Assemblée nationale ». Dans une sortie particulièrement virulente, il a interpellé ses collègues sur leur attitude face au président de séance.


« Pourquoi, soudainement, tous d’ici, on veut se comporter comme des moutons et obéir à un homme qui accepte de nous imposer ce que nous n’avons jamais accepté depuis que cette Assemblée nationale est Assemblée nationale ? », a-t-il lancé, répétant à plusieurs reprises : « Pourquoi ? »


Ousmane Sonko lui a alors demandé de rejoindre sa place.


Le député a néanmoins poursuivi en établissant une comparaison avec la 14e législature. Il a reproché à certains parlementaires d’accepter aujourd’hui des pratiques auxquelles ils se seraient opposés auparavant.


« Ce que vous, à la quatorzième législature, vous avez refusé, vous voulez l’accepter aujourd’hui », a-t-il accusé, citant notamment Ayib Daffé et dénonçant à plusieurs reprises « l’inacceptable ».


La tension a atteint son point culminant lorsque Thierno Alassane Sall est revenu sur un précédent échange au cours duquel, selon lui, Ousmane Sonko l’aurait traité de « malhonnête ».


Le président de l’Assemblée nationale lui a une nouvelle fois ordonné de regagner sa place, ajoutant : « Vraiment, honteux. Vous faites un show inutile. »


Thierno Alassane Sall a immédiatement saisi la formule pour répliquer : « Show inutile ? Mais j’essaie de vous imiter. J’essaie de vous imiter dans vos shows inutiles, dans vos débats inutiles qui cassent le pays. »


Avant de quitter la tribune, le député a affirmé que son « message est passé » et a lancé un appel à ses collègues de l’opposition.


« Si on continue comme ça, on n’aura plus d’Assemblée nationale. Et j’espère que les députés de l’opposition, là, vous ne vous laisserez pas faire. Ne nous laissons pas faire. Je vous en supplie », a-t-il conclu.


Ousmane Sonko a répondu sur un registre ironique : « Je suis au moins heureux de savoir que je suis son idole puisqu’il m’imite. Mais imiter ne veut pas dire atteindre le même niveau. Il y a du chemin à faire », avant de donner la parole à l’orateur suivant.
Jeudi 20 Août 2026
Dakaractu



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