PLFI 2027 / Commission des finances de l’AN : « Croissance à 1,5 %, déficit en baisse, subventions énergétiques réformées », Cheikh Diba défend les arbitrages du gouvernement


Le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a défendu ce samedi devant la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale le projet de loi de finances initiale (PLFI) pour 2027. Il le présente comme « un budget de responsabilité », qui fait des choix « difficiles, mais justes et nécessaires ». Son principal objectif est de ramener le déficit budgétaire de 7,6 % du PIB, niveau retenu dans le projet de loi de finances rectificative 2026 rejeté par les députés, à 4,7 % en 2027. Cela représente un effort de près de trois points de PIB en un an.
 
Le ministre, devant les députés, a tenu à replacer ce budget dans un contexte international incertain. Il estime que le conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février 2026 et la fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz ont fait flamber les cours de l'énergie et durci les conditions de financement. Le FMI a ramené sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,0 %. Le Sénégal, importateur de produits pétroliers et fortement endetté, se dit « doublement exposé », d'autant que l'accès aux marchés internationaux de capitaux lui est fermé. Après une croissance de 6,75 % en 2025, portée par Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim (2,2 % hors hydrocarbures), l'activité ralentirait à 2,7 % en 2026, puis à 1,5 % en 2027. Cheikh Diba assume ce chiffre : « Il est le prix assumé du redressement », a-t-il dit, préférant « la vérité des chiffres » à des hypothèses flatteuses. Il a rappelé l'accord technique conclu le 1er septembre 2026 avec le FMI, qui ouvre la voie à un programme triennal 2027-2029 de 2,2 milliards de dollars (1 243 milliards FCFA) au titre de la Facilité élargie de crédit. Cet accord s'accompagne du Plan de traitement de la dette, mis en œuvre depuis octobre 2026.
 
Relativement aux chiffres, le budget général prévoit 5653,9 milliards FCFA de recettes et 7005,6 milliards FCFA de dépenses, soit un déficit de 1351,7 milliards FCFA. Par rapport au projet de loi de finances rectificative rejeté, les dépenses baissent de 246,3 milliards FCFA et les recettes progressent de 137,2 milliards FCFA. Le déficit primaire, hors intérêts de la dette, passe de 450 milliards FCFA en 2026 à 47,7 milliards FCFA, soit 0,2 % du PIB. Hors hydrocarbures, il revient de 2,8 % à 1,5 % du PIB. Les recettes intérieures hors hydrocarbures progresseraient de 5,8 %, une projection que le ministre juge « volontairement prudente » après les leçons de 2026. Il refuse d'inscrire des recettes dont le recouvrement n'est pas certain.
 
Du côté des dépenses, les arbitrages portent sur la santé, l'eau et l'assainissement, l'éducation, la mobilité et la protection sociale. Le projet prévoit la construction de cinq grands hôpitaux, la poursuite du Grand Transfert d'Eau sur 270 kilomètres, 12 lycées LYNAQE, 15 000 salles de classe connectées, le second pont de Ziguinchor, le pont de Rosso et la réhabilitation de la ligne Dakar-Tambacounda. Il prévoit aussi l'aménagement de 320 000 hectares hydro-agricoles d'ici 2029. Les Bourses de sécurité familiale doublent, de 70 à 140 milliards FCFA, au bénéfice de 1 000 649 ménages vulnérables. Le budget consacre 480 milliards FCFA au règlement des arriérés dus au secteur privé, portant à 1 280 milliards FCFA les montants apurés entre 2025 et 2027. Le gouvernement s'engage à ne plus accumuler de nouveaux arriérés.
 
Pour financer ces priorités, le gouvernement mise sur la réforme fiscale et la rationalisation des dépenses. Un nouveau Code général des impôts et un nouveau Code des douanes doivent entrer en vigueur en 2027. Les mesures annoncées comprennent la réforme de la fiscalité foncière et immobilière, l'audit des grands contribuables, la taxation des services numériques fournis par des entreprises étrangères, la réduction ciblée des exonérations et le marquage fiscal sur cinq catégories de produits. S'y ajoutent la généralisation de la facture électronique et une Stratégie de recettes à moyen terme, attendue au plus tard en octobre 2027. Les dépenses de fonctionnement et la masse salariale seront maîtrisées, et les agences dont l'utilité n'est plus démontrée seront rationalisées. Cheikh Diba a qualifié de « réforme la plus importante » celle des subventions énergétiques, dont une part importante profite, selon lui, aux ménages aisés, ce qui n'est « ni juste, ni soutenable ». Le gaz butane domestique, en particulier les petites bouteilles, sera préservé et un tarif social protégera les petits consommateurs d'électricité. La protection sera mise en place « avant ou en même temps que chaque ajustement, jamais après ». L'objectif est de ramener le coût des subventions énergétiques à 1 % du PIB d'ici 2029. Le ministre annonce aussi la restructuration de la SONACOS, de la SODEFITEX, de la SAED, de la SODAGRI et d'Air Sénégal. Un fonds de relance de 22 milliards FCFA a été créé pour les entreprises en difficulté. Il a également annoncé une Direction générale du Financement et de la Dette, ainsi que l'exécution via SYSBUDGEP de toutes les dépenses financées sur ressources extérieures. Aucun prêt ni don ne pourra plus être exécuté hors du circuit budgétaire.
 
Le ministre a aussi répondu aux députés sur la procédure. Il soutient que la comparaison avec le projet rectificatif rejeté « ne remet nullement en cause » le projet de loi de finances initiale et ne peut entraîner son retrait. Selon lui, les chiffres ajustés ne figurent ni dans l'exposé des motifs, ni dans le projet de loi, ni à l'article 12 sur l'équilibre budgétaire. Les motifs de retrait évoqués par la commission ne concernent pas, a-t-il dit, les parties soumises au vote, à savoir l'évaluation des recettes et les crédits du budget général. Le gouvernement a introduit des erratas pour corriger l'anomalie relevée.
 
Enfin, le MEFP a présenté les dotations des institutions constitutionnelles. La Présidence de la République voit son budget passer à 223,86 milliards FCFA (+9,44 %), mais en baisse de 6,52 % hors comptes spéciaux du Trésor (183,36 milliards FCFA). Celui de la Primature atteint 32,37 milliards FCFA (+9,58 %). L'Assemblée nationale recule de 5,33 % à 21,11 milliards FCFA. Le Conseil constitutionnel progresse de 10,59 % à 1,50 milliard FCFA, avec 100 millions FCFA pour les élections de 2027. La Cour suprême baisse de 1,64 % à 4,69 milliards FCFA et la Cour des comptes de 2,81 % à 13,07 milliards FCFA. Cheikh Diba a invité les députés à accorder leur confiance à un budget qui, a-t-il dit, ne valide pas « simplement un équilibre comptable » mais « un engagement national ».
Samedi 7 Novembre 2026
Cheikh Sadibou Fall



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