[ Reportage ] Dakar : Quand les chevaux des charretiers sont confrontés au manque de nourriture, aux difficultés d’hébergement et aux frais vétérinaires


Indispensables au transport de marchandises, de matériaux de construction et au ramassage des ordures, les chevaux occupent une place importante dans le quotidien de nombreux charretiers. Mais derrière cette activité se cachent des difficultés souvent méconnues : alimentation coûteuse, manque d’espaces pour héberger les animaux et dépenses vétérinaires. Une réalité qui interroge également les conditions de protection de ces équidés.

Des charretiers venus de plusieurs régions

Originaires notamment de Kaolack, Fatick, Kaffrine et Diourbel, plusieurs charretiers rejoignent la capitale à la recherche de meilleures opportunités de travail. Pour effectuer le trajet, certains organisent des convois et parcourent plusieurs jours de route avec leurs chevaux et leurs charrettes. D’autres utilisent des camions pour acheminer les animaux et le matériel jusqu’à Dakar. Le marché hebdomadaire de Touba Toul constitue également un lieu important pour cette activité, en mettant en relation acheteurs et vendeurs de chevaux.

Nourrir un cheval, une dépense quotidienne

À Golf Sud, dans la commune de Guédiawaye, Cheikh Ndour, connu sous le nom de Cheikh Charrette dans son quartier, a acheté son cheval à 450 000 francs CFA. Il commence généralement son travail à 7 heures et le termine vers 18 heures, avec une pause autour de 14 heures. Pour nourrir son animal, il dépense entre 4 000 et 4 500 francs CFA par jour, nous dit-il. Sa ration comprend notamment du mil, du maïs et de la fane d’arachide. Le kilogramme de mil ou de maïs coûte entre 300 et 400 francs CFA, tandis que le sac de fane d’arachide se vend actuellement entre 4 000 et 6 000 francs CFA à Dakar. Au-delà de ces charges, il déplore l’absence d’espaces aménagés pour accueillir les chevaux et les difficultés auxquelles les charretiers sont confrontés, notamment en cas d’accident sur la route.

À Cambérène, la plage comme dernier refuge

À Cambérène 2, Ibrahima Niang, surnommé Mbarass, vient de décharger du ciment sur un chantier situé non loin de la mosquée du quartier. Originaire de Kaffrine et âgé d’une trentaine d’années, il porte une casquette pour se protéger du soleil. La poussière de ciment reste visible sur son visage. Son cheval, Malaw, lui permet d’assurer ses activités quotidiennes. Son alimentation lui coûte entre 4 000 et 5 000 francs CFA par jour. Mais trouver un endroit où le garder pendant la nuit constitue une autre difficulté.

Les charretiers attachent souvent leurs animaux sur des terrains inoccupés ou à proximité des chantiers. Lorsque les propriétaires récupèrent leurs espaces, ils sont contraints de chercher un autre refuge. Pour Ibrahima Niang, la plage devient alors une solution de fortune, malgré les risques liés à l’insécurité nocturne. « Nous sommes fatigués en ville parce qu’actuellement, il y a peu d’espace, surtout à Dakar. Nous ne disposons pas d’endroit pour mettre nos chevaux. Nous sommes obligés de les amener à la plage de Cambérène pour les attacher là-bas jusqu’au petit matin. C’est difficile et, la nuit, il n’y a pas de sécurité », déplore-t-il.

Les soins vétérinaires, une charge supplémentaire

L’entretien des chevaux passe également par le suivi sanitaire. Ibrahima Niang fait appel à un vétérinaire toutes les deux semaines ou parfois une fois par mois. La consultation lui coûte 5 000 francs CFA et la dépense peut atteindre 6 000 francs CFA avec les médicaments.

Nous nous sommes rapprochés d'un vétérinaire pour savoir si exactement les chevaux bénéficient de soins. Sur ce, le vétérinaire M. Seck indique réaliser plus de 60 diagnostics par mois. Il précise que huit charretiers sur dix respectent les rendez-vous de suivi de leurs animaux.

Les conducteurs de charrettes regrettent cependant la baisse des opérations de vaccination. Ils rappellent que certaines séances leur coûtaient auparavant 1 000 francs CFA et déplorent le manque de déplacement des équipes sur le terrain.

Le ministère annonce des mesures

Face à ces préoccupations, Dr Alphonse Sène, directeur chargé du développement des équidés au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, assure que le programme de vaccination se poursuit. Sur un cheptel national estimé à plus de 600 000 chevaux, 263 452 ont été vaccinés en 2026. La campagne de 2027, lancée le 24 octobre à Ndiaganiao, vise 300 000 animaux. Concernant l’hébergement, il reconnaît les difficultés liées à la pression foncière et à l’urbanisation. Il préconise la création de zones réservées au transport hippomobile, aménagées avec des équipements adaptés aux chevaux et aux charretiers. Il cite notamment l’expérience de l’ONG Brooke à Mékhé, dans la région de Thiès, et à Sokone, dans celle de Fatick. Avec les municipalités et les associations, des refuges dotés de boxes et de points d’eau y ont été aménagés.

Sur le plan réglementaire, le responsable rappelle qu’un décret de 1996, actualisé en 2016, encadre le transport hippomobile et la protection des équidés contre les mauvais traitements. Un nouveau texte, élaboré avec les acteurs du secteur, est soumis à l’approbation des ministères signataires. Il prend notamment en compte le bien-être animal et l’assurance.

Il annonce également un programme pilote de sécurisation des équidés à Dakar et à Thiès. Les chevaux seront identifiés à l’aide d’un livret sanitaire et signalétique ainsi que d’une puce électronique implantée sous leur peau, permettant de les reconnaître grâce à un numéro d’identification unique. Il invite enfin les propriétaires et les charretiers à se regrouper en associations pour faciliter leur encadrement.

Une filière encore peu reconnue

Le recensement national de l’élevage de 2023 fait état de plus de 600 000 chevaux et d’environ 900 000 ânes au Sénégal. La région de Dakar compte près de 10 000 chevaux. Malgré leur contribution au transport de proximité, aux activités commerciales et aux chantiers, les charretiers restent confrontés au manque d’espaces adaptés et au poids des dépenses liées à leurs animaux. Les mesures annoncées par les autorités sont désormais attendues sur le terrain. Car derrière chaque cheval, il y a aussi un travailleur et une famille qui dépendent de cette activité...









Vendredi 6 Novembre 2026
Idy Sow



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