Guinée : 70 morts, 35 disparitions forcées et plusieurs fosses communes découvertes depuis le coup d'État de 2021


De passage à Dakar à l'occasion du Forum des ONG et de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP), Alseny Farinta Camara, coordinateur de Tournons La Page (TLP) Guinée, a fait le bilan de la situation des droits humains dans son pays. Selon lui, elle est « critique » depuis le coup d'État du 5 septembre 2021, orchestré par le général Mamadi Doumbouya et l'espace civique est « complètement fermé ».
 
Les chiffres avancés par TLP-Guinée sont lourds. L'organisation affirme avoir documenté la mort d'au moins 70 personnes, tuées par les forces de défense et de sécurité, sans que la justice se saisisse d'office pour enquêter et établir les responsabilités. Elle recense aussi au moins 35 cas de disparition forcée, touchant des défenseurs des droits humains, des journalistes, des agents de l'État soupçonnés de déloyauté, mais aussi des enfants et des familles, ainsi que des voix critiques contraintes à l'exil. À cela s'ajoutent au moins 12 enlèvements arbitraires. TLP signale enfin la découverte récente d'une fosse commune à 60 km de Conakry, qui pourrait avoir un lien direct avec les disparitions forcées documentées.
 
Le militant Guinéen des droits humains déplore le silence imposé à la population guinéenne, que la plupart des chancelleries en poste en Guinée n'osent pas, selon lui, briser. Il juge cette situation « extrêmement regrettable et surtout inquiétante », les Guinéens ne sachant pas vers qui se tourner pour obtenir justice et pour que l'espace civique soit rouvert, afin de s'exprimer librement sans craindre arrestation arbitraire, détention illégale ou disparition forcée.
 
À la communauté internationale et aux partenaires techniques et financiers de la Guinée, il demande d'abord de « se réveiller » et de ne pas abandonner la population guinéenne. Il estime que le silence face aux violations graves, lorsque sont en jeu des marchés publics ou des permis miniers, est regrettable pour tous. TLP appelle au déploiement d'une mission d'établissement des faits sur l'ensemble des violations documentées, afin que les responsables et coresponsables soient traduits devant les cours et tribunaux.
 
L'organisation ne s'oppose ni à la coopération, ni aux prêts, ni aux dons. Elle demande en revanche de les conditionner au respect des droits humains et à l'ouverture d'enquêtes crédibles, indépendantes et impartiales, dont le gouvernement devrait rendre compte. Alseny Farinta Camara souligne que de nombreuses enquêtes ont été ouvertes, mais qu'aucune n'a été rendue publique à ce jour, et qu'aucune communication officielle n'a émané d'un procureur ou d'une autorité publique.
Il appelle enfin à une mobilisation pour la libération des défenseurs des droits humains victimes de disparitions forcées et toujours détenus, afin qu'ils puissent rejoindre leurs familles dans les meilleurs délais.
 
À Dakar, la délégation de TLP, qui réunit six coalitions nationales (Burundi, Guinée, Sénégal, Bénin, Gabon et Tchad), doit aussi présenter MémoireGuinée, une plateforme dédiée à la mémoire des victimes des violations des droits humains en Guinée depuis le 5 septembre 2021. Alseny Farinta Camara en assure la présentation, lors d'un side event modéré par Layibé Tourdjoumane, trésorier adjoint de TLP.
Vendredi 9 Octobre 2026
Dakaractu



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