Dame-Republique du Sénégal la supposée courtisane: dans une satire enjouée de haute facture littérature Khalifa Dia, le maire honoraire de Guéoul se paye la tête de pas mal de monde


Dame République du Sénégal, la supposée garce ! Dame-République, n’es-tu pas une fille aguicheuse faisant le clin d’œil au moindre passant? Sinon comment comprendre que tout ce monde hétéroclite, bigarré, bariolé sans commune classe crie sur tous les les toits, si bruyamment, leur intention d’aller taper à ta porte, dans une course folle où les uns arriveront, qui en voiture, qui à dos d’âne, qui à pied. Il y en aura même qui arriveront en béquilles et d’autres qui, sans l’aide de pousse-pousse ou de fauteuils roulants n’y arriveront jamais?
 
Oui, une Marie-couche-toi-là n’attirerait pas plus de soupirants tocards que toi.
 
- He toi, pour qui te prends-tu pour me traiter ainsi , moi Dame-Répqublique, de femme facile? Moi Dame-Republique, la vertueuse parmi les vertueuses, la plus fidèle parmi les fidèles qui ne sers jamais deux hommes à la fois.
 
Que l’on en juge !
 
En plus de 60 ans d’existence combien d’hommes peuvent se vanter d’avoir franchi en maîtres le seuil de mon palais et d’y avoir été reçus avec les honneurs dus au seigneur des lieux? 
Comptez avec les doigts d’une seule main car vous n’en trouverez que quatre et ce n’est certainement pas faute de soupirants transis n’ayant pu contenir leurs flammes. 
Et demandez leur, à ces heureux élus de mon cœur, quand ils ont cru que dans ma demeure, ils étaient venus pour s’installer à demeure, ce qu’il leur en a coûté. 
 
Le premier d’entre eux, un vieux sage s’est retiré sans  résistance, sans complication. Mais tout sage qu’il fut, vivre dans mon royaume, à côté de moi sans plus me côtoyer lui fut insupportable à tel point qu’il s’exila de dépit dans la patrie de ses premières amours où il mourut de sa belle mort.
 
Le quatrième, tout jeune qu’il fut, a été divinement inspiré de rester sourd aux sirènes mélodieuses de ses laudateurs de partisans,  en se retirant avec élégance et dignité, auréolé de gloire, évitant ainsi, contrairement à certains de ses prédécesseurs, de créer ma réaction de rejet et de goûter aux dards  de mon courroux. 
De son annonce de congé dans sa brillante adresse à mes sujets j’aurais été fière si l’émotion avait été de ma nature.
 
A contrario, le deuxième et le troisième, qui n’ont su compter avec la lassitude dont mon amour si exclusif est fatalement victime au bout de deux termes consécutifs et qui se croyaient maîtres de mon cœur à jamais, je ne leur ai pas laissé le temps de demander leur reste pour déguerpir, c’est un tourbillon de cartes adverses qui les a éjectés sans ménagement de mon palais. Ils n’y ont vu que du feu. 
Ne jamais me prendre pour une courtisane comblée est la bonne règle car du renouveau je renais, de l’espoir je me repais.
 
Et je ne parlerais même pas de ce vieux sympathique, affable aussi juvénile dans l’âme qu’un jouvenceau et qui, après avoir bénéficié si généreusement de mes services m’a prise pour une pouffiasse tout bonne à refiler à son rejeton de fils. 
Mal lui en a pris; il continue à s’en mordre les doigts et à y perdre son sommeil. Comme le premier il s’est réfugié dans sa patrie de prédilection mais son attachement viscéral à mon royaume l’oblige à y séjourner de temps à autres.
 
Quelle manque de respect tout cela!
Mais en réalité c’est vous, pauvres sujets, qui vous faites manquer de respect. En effet il suffit qu’un quidam quelconque, sans pedigree justificatif ait le toupet de vous déclarer sa flamme éhontée pour moi, un quidam qui n’a aucune chance d’être reçu chez moi,  ne serait-ce que pour une place de laquais , pour que vous en fassiez un sujet de conversation, pour que vous l’installiez à la une de ce qui tient lieu chez vous de journaux.
 
Il est vrai qu’il arrive des fois que je me sente vexée que le premier nigaud se permette de vouloir me faire la cour comme à une vulgaire gourgandine, mais la surprise passée, je me console en me disant que l’on ne saurait ôter au sot cette liberté contraignante qui est la sienne, celle d’étaler sa sottise à la face du monde.
 
En tout état de cause je tiens à vous rassurer sur un point: dans mon palais, celui qui sera reçu aura montré patte blanche. 
 
Et l’heureux bénéficiaire de ce gros lot que constitue l’insigne honneur que je lui ouvre la porte de mon palais faute de mieux, faute de mieux, devrait être assez intelligent pour ne pas chercher à barricader la porte derrière lui, car sa sortie inéluctable à terme n’en serait que plus problématique, plus mouvementée.
 
La vérité est que vous semblez avoir du mal à me comprendre là où moi je vous comprends à merveille. En un mot comme en cent votre problème est le suivant:  de nos jours, très souvent la relève ne vaut pas les anciens.
 
A bon entendeur salut!
 
Khalifa Dia, maire honoraire de Guéoul
Vendredi 21 Juillet 2023
Dakaractu




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