Wade, ou la déchéance pathétique d’un vieillard (Mamadou Oumar NDIAYE)

Sur la route menant à la présidentielle de 2017, le Parti démocratique sénégalais (Pds) pense forcément aux meilleures stratégies à mettre en place pour battre le Président Macky Sall. Pour cela, ses plus hauts responsables cherchent le meilleur profil. Toutefois, force est de reconnaître que le futur candidat ne sera forcément le prochain Secrétaire général national appelé à succéder à Me Abdoulaye Wade


Wade, ou la déchéance pathétique d’un vieillard (Mamadou Oumar NDIAYE)
Le général De Gaulle disait que la vieillesse est un naufrage. Il ne pensait pas si bien dire ! A preuve par le vieillard Abdoulaye Wade qui a visiblement perdu toute raison et qui divague grave. Abdoulaye Wade, c’était quelqu’un dans ce pays. Un universitaire dont le mérite était d’autant plus grand qu’il a rampé en ce sens qu’il a commencé comme instituteur et pion avant de gravir l’échelle du savoir jusqu’à son sommet, jusqu’à devenir professeur titulaire de chaire. Et qui a choisi ensuite, malheureusement, d’aller exercer comme avocat parce qu’il y avait plus d’argent dans cette profession. Alors que presque partout en Afrique régnaient les partis uniques et que les cadres désireux de faire carrière s’y bousculaient, lui, après être passé par l’Union progressiste sénégalaise (UPS) de l’époque, qui était un parti unique, avait eu le courage de démissionner pour fonder un parti, d’opposition. Durant 26 ans, il a incarné l’opposition légale et démocratique en Afrique, usant de ruses, d’astuces et de sacrifices pour faire tomber le Parti Socialiste au pouvoir, lequel fut déraciné au bout de 40 ans de règne sans partage. Le Sénégal, pays de Senghor, venait de réaliser une Alternance politique exemplaire. Devenu président de la République,  l’ancien socialiste travailliste devenu opportunément — pour ne pas dire par pur opportunisme — « libéral » a transformé le Sénégal, notamment sur le plan des infrastructures. Libérant les énergies, défiant les Occidentaux, élargissant le cercle de nos partenaires aux pays asiatiques, faisant venir des capitaux du monde entier, il a fait faire à notre pays des pas de géant. Il prétend avoir réalisé en 12 ans ce que les socialistes n’ont pas pu faire en 40 ans. C’est discutable mais enfin il a transfiguré positivement ce pays.   Hélas, son règne comportait aussi une face sombre, hideuse, faite de corruption, de clientélisme, de népotisme, de génuflexions devant les marabouts, de gaspillage de l’argent public. Wade, surtout, adulait son fils, Karim, au point de l’avoir perdu. Car pour lui, ce gamin était ce qu’il y a de plus intelligent que le Sénégal ait jamais produit. Comme lui, Wade, était « l’Africain le plus diplômé de Casablanca au Cap » ainsi qu’il le déclara un soir de 1985 devant le fameux bureau politique de son parti qui décida l’exclusion de Serigne Diop, Sidy Ardo Sow, Alassane Cissokho et compagnie — j’étais présent ce  jour-là —, il considère également que son fils, Karim, un garçon brillant il est vrai, est tout simplement le plus brillant sujet et le financier le plus doué que le Sénégal ait jamais eu. En dépit de tout bon sens et imprudemment, il a installé ce fils au cœur des affaires de l’Etat, traitant avec des  chefs d’Etat et des souverains étrangers, négociant des contrats de millions de dollars, se déplaçant en jet, gérant et le Ciel et la Terre du Sénégal, faisant et défaisant ministres, directeurs généraux de sociétés, rabrouant ambassadeurs et plénipotentiaires étrangers. Bref, régnant sans partage. Et enrichissant au passage ses copains et les coquins. Cela ne suffisant pas, le vieux monarque a entrepris de manœuvrer pour se faire succéder par ce fils prodigue, le seul à ses yeux capable de diriger le Sénégal après lui. Un gamin qui avait tant fait que son vieux père, ravi, n’a pas manqué de dire à sa mère qu’il a bien travaillé. Un rejeton qui était en route pour le Sommet.Et qui l’a perdu en définitive, lui Wade. En effet si, malgré son bon bilan en matière d’infrastructures, il a été congédié de la manière que l’on sait par les Sénégalais, Wade le doit surtout à sa tentative de dévolution monarchique du pouvoir. Peuple mur, connaissant la démocratie de longue date, ayant envoyé ses cahiers de doléances aux Etats-généraux français de 1789, les Sénégalais ne pouvaient pas accepter un tel affront. Ils ont donc chassé Wade et plébiscité un jeune homme qu’il avait écrasé et humilié parce qu’il avait osé demander à son fils de venir s’expliquer à l’Assemblée nationale sur l’utilisation des fonds de l’Anoci (Agence nationale pour l’Organisation de la Conférence islamique) qu’il gérait. Un crime de lèse-majesté et un casus belli qui ont valu à Macky Sall, alors président de l’Assemblée nationale, d’être défénestré du perchoir avant que lui-même ne démissionne de toutes ses fonctions au Parti démocratique sénégalais. Et Dieu qui ne dort pas, qui est le meilleur des Juges, qui répare toutes les injustices et est le maître du monde, a fait de ce proscrit qu’était Macky Sall, le quatrième président de la République du Sénégal. Enfant issu d’une famille extrêmement pauvre — un père gardien, une mère vendeuse de cacahuètes , Macky Sall s’est, grâce à la République, et, notamment, à son école publique laïque et gratuite, fait à la force du poignet. Grâce à cette République qui avait le visage d’un Etat-providence dans les années 60 à 80, il a pu aller à l’école dans des conditions extrêmement difficiles. Mais doté d’une vive intelligence, travailleur, combatif, il a su réaliser de bonnes études qui ont fait de lui un ingénieur. Sa réussite, il la doit à son seul mérite puisque, on l’a vu, il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche et n’a pas roulé sur l’or. Il n’a pas bénéficié de bras longs de parents puissants. Après s’être battu dans la politique, il a gravi les échelons du pouvoir administratif et politique : directeur de société nationale, ministre, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale et président de la République après un passage dans l’opposition. Un vrai exemple de méritocratie républicaine qui montre qu’à condition qu’on soit talentueux et travailleur, on peut tout réussir et que l’ascenseur social fonctionne très bien dans un pays comme le Sénégal où les citoyens naissent libres et égaux. Aux Etats-Unis d’Amérique, la success story de Macky Sall aurait inspiré des sagas, des livres, des films. Et puis, d’ailleurs, les Etats-Unis, première puissance économique et militaire mondiale, ne sont-ils pas dirigés aujourd’hui par un Noir après avoir pratiqué pendant des siècles l’esclavagisme ? Des siècles pendant lesquels les Noirs n’avaient aucun droit, sinon celui de se faire exploiter dans les plantations du Sud, fouettés pour un oui ou un non, terrorisés par le Ku Klux Klan, interdits de fréquenter les écoles ou même de s’asseoir dans les bus ! Et pourtant, ce pays ségrégationniste est aujourd’hui dirigé par un Noir, autrement dit quelqu’un qui, aux yeux des Blancs de l’Amérique profonde, ne peut être qu’un descendant d’esclave. C’est dire que le président Abdoulaye Wade tombe bien bas en traitant Macky Sall de « descendant d’esclaves ». A supposer que ce soit vrai, où est le problème ? Macky Sall a été élu sur la base du programme qu’il a présenté aux Sénégalais et qu’ils ont plébiscité. En 2017, il sera jugé sur le bilan qu’il aura présenté aux électeurs qui se foutront pas mal, dans leur immense majorité, de savoir s’il est « geer » (noble), ou « guéwel »  (griot)ou « teugue » (forgeron) ou  « diam » (esclave). Cinquante-cinq ans après l’indépendance du Sénégal, voir Abdoulaye Wade, qui se gargarise pourtant d’être un homme moderne féru de technologies de l’information et de la communication (Tic) ramener le Sénégal à de considérations aussi éculées, ne peut qu’inspirer le dégoût. Et tout ce langage ordurier, ces accusations grotesques et archaïques pourquoi ? Tout simplement pour obtenir la libération de son fils, Karim, qu’il avait imprudemment placé au cœur du pouvoir, le laissant manipuler l’argent public à sa guise, ivre de pouvoirs et d’honneurs. Pour Wade, qu’importe que le Sénégal tout entier brûle, pourvu que son fils puisse tranquillement exercer son métier de banquier à la City de Londres. Un fils dont il ne permettra pas qu’il soit condamné car une telle tache infamante sur son Cv ruinerait assurément sa carrière de banquier international ! Hélas, ce fils prodigue ayant manipulé des fonds publics, notre vieil Attila devra bien souffrir de le voir rendre des comptes. Il devra surtout souffrir de voir un « fils d’esclaves » né de parents très pauvres, devenir le président de la République — et non du Royaume ! — du Sénégal, côtoyer les plus grands de ce monde à l’image des présidents Barack Obama (qui est venu le voir au Sénégal là o% Wade avait échoué à obtenir une telle faveur), François Hollande et autres, tandis que son fils Karim, meilleur banquier sinon de la planète du moins de notre pays, croupit sur la paille humide d’une prison. Que c’est donc triste un vieillard qui radote et qui délire, qui ressasse les images de sa gloire perdue, qui joue au commando à 90 ans et qui est prêt à brûler son pays pour les beaux yeux de son fils ! Oui, la vieillesse est un naufrage, hélas, et il est temps d’emmener Wade à l’asile…

Mamadou Oumar NDIAYE

Edito paru dans le quotidien « Le Témoin »
Mercredi 25 Février 2015
Dakar actu




1.Posté par thierz le 26/02/2015 12:40
Bien di



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