«Rien n’oblige le Premier ministre à faire sa déclaration 3 mois après sa nomination»

La déclaration de politique générale du Premier ministre, jugée tardive par l’opposition, n’est pas une violation de la Constitution. Du moins, c’est l’avis du Pr Ahmet Ndiaye. À entendre cet éminent constitutionnaliste, interrogé par L’Office, rien n’oblige le chef du gouvernement, Abdoul Mbaye, de faire sa déclaration quelques mois après sa nomination.


«Rien n’oblige le Premier ministre à faire sa déclaration 3 mois après sa nomination»
La semaine dernière l’Assemblée nationale s’est réunie, donnant le feu vert à Abdoul Mbaye pour faire sa déclaration de sa politique générale. Quelle lecture faites-vous de cet acte ?

Pr Ahmet Ndiaye : C’est une question dont la périodicité ne pose aucun problème en réalité. L’Assemblée dispose de deux sessions ordinaires durant l’année. Maintenant, une possibilité est donnée au président de la République, sur proposition du Premier ministre, de réunir en session extraordinaire l’Assemblée pour un ordre du jour déterminé. Donc en réalité, la jurisprudence de l’acte posé par l’Assemblée ne pose aucun problème. À mon avis, la déclaration de politique générale est bien dans la légalité.

Le Premier ministre ne s’est il pas présenté tard au regard de l’article 97 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui lui fait obligation de passer dans les trois mois après son installation ?

Ceux qui défendent cette violation invoquent les dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui est une loi organique. Nous autres constitutionnalistes nous référons d’abord à la Constitution, la norme fondamentale, qui est une norme suprême. Et au regard de l’article 55 de la Constitution, l’obligation faite au Premier ministre est de faire une déclaration de la politique générale. Mais rien ne l’oblige de la tenir dans 3,4 ,5 mois après sa nomination par décret présidentiel. À mon avis, l’interprétation des membres de l’opposition est erronée. Au regard de la hiérarchie des normes, les règles inférieures doivent trouver leur validité dans le respect des règles supérieures. Par conséquent, la Constitution prime sur le règlement intérieur de l’Assemblée.

Donc le recours adressé par les députés libéraux n’a aucune chance ?

Ce recours peut être envisagé de façon plus politique que juridique. Cela peut donner l’impression que l’opposition s’agrippe sur cette arme pour exister. Le bien fondé de la prétention ne saurait prospérer devant la juridiction constitutionnelle.

Pouvez-vous revenir sur le déroulement de la cérémonie de la déclaration de politique générale ?

La déclaration de politique générale comporte 4 phases : l’ouverture de la séance, la déclaration du Premier ministre, la discussion générale et la clôture de la séance. Le président de l’Assemblée nationale est la personne habilitée à ouvrir la séance et à la clore. Après la déclaration du Premier ministre, les députés vont poser des questions auxquelles le Premier ministre apporte des éclairages. Tout sera soumis au contrôle du président de la séance qui assure la sérénité des débats, avant de procéder à sa clôture.

Des voix s’élèvent pour dire que le Pm a déjà reçu l’approbation de sa politique en raison de la majorité dont dispose le Gouvernement à l’Assemblée. Est ce votre avis ?

C’est l’avis de tous les experts. Le parti au pouvoir dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. Surtout avec le phénomène majoritaire, certains voient la déclaration comme une tribune pour décliner les orientations.

A part Moustapha Niasse en 2000, y-a-t-il des cas ou un Premier ministre aurait fait sa déclaration de politique générale dans une Assemblée dans laquelle son camp est minoritaire ?

Non, Moustapha Niasse est un exemple unique, que de présenter une déclaration devant une Assemblée qui n’est pas majoritairement de la même coloration politique. Peut-être parce que la Constitution n’encadre pas les délais de la politique générale, qu’Abdoul Mbaye a choisi d’éviter ce risque pour les nouvelles autorités, il est beaucoup plus sûr de se présenter devant une légitimité nouvellement acquise, que de prendre le risque de faire face à majorité libérale qui ne partage pas les mêmes points de vue.
Samedi 8 Septembre 2012
loffice




1.Posté par Djiné Diakhité le 08/09/2012 16:01
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2.Posté par Regret le 08/09/2012 16:08

Je regrette mais ce constitutionnaliste est nul. Même un étudiant de première année de droit n'aurait pas tenu un pareil raisonnement. Voilà pourquoi nos diplômés sont nuls. A suivre son raisonnement si on condamne un délinquant à 1 an de prison, ce n'est pas valable pare ce que la constitution n'a pas prévu la peine. La constitution prévoit les grands principes et la loi règle les détails et ici la constitution a prévu que la déclaration doit être faite et c'est la loi qui organise comment et quand elle doit être faite et c'est le règlement intérieur de l'assemblée nationale. C'est trop NUL M. Le professeur. Vous êtes tellement politique que vous défendez le diable par tous moyens. En dehors de toute règle juridique, le bon sens veut que cette politique soit déclinée dans les 100 premiers jours du Président élu. Aujourd'hui personne ne sait où va ce gouvernement, aucune stratégie, aucune politique claire. Prends la France dans les 2 mois de l'élection de François Hollande, le PM a fait sa déclaration de politique générale et la cour des comptes a fait l'état des lieux du pays. Et c'est le boulot.

3.Posté par Babacar le 08/09/2012 22:17
Je suis vraiment sidéré de lire les propos que le journaliste prête au professeur de droit, "éminent constitutionnaliste" relativement l'obligation faite Premier Ministre de faire une déclaration de politique générale dans les délais prescrits par la loi organique 2002-20 du 15 mai 2002.
Monsieur Ndiaye vous tronquez manifestement les dispositions légales qui encadrent la DPG quand vous affirmez: "Et au regard de l’article 55 de la Constitution, l’obligation faite au Premier ministre est de faire une déclaration de la politique générale". Plus loin vous qualifiez d'erronée l'interprétation des membres de l'opposition vous vous fondez sur l'évidence de la hiérarchie des normes enseignée en première année de droit et semblez ignorer que le dernier alinéa de l'article 62 de la constitution dont vous faites allusion stipule: "les règlements intérieurs des assemblées (Assemblée Nationale et Senat) ne peuvent être promulgués que si la Conseil Constitutionnel, obligatoirement saisi par le Président de la République, ne les a déclarés conformes à la Constitution". D'où cette valeur suprême de la loi organique portant Règlement Intérieur de l'Assemblée Nationale, loi d'Etat qui s'impose à tous les citoyens, y compris le President de la République et son Premier Ministre. Qui plus est l'article 97 du Règlement Intérieur reprend textuellement les dispositions de l'article 55 de la Constitution de 2001 que nous avons corsé en y ajoutant un dernier troisième alinéa qui stipule: " La Déclaration de Politique Générale doit intervenir au plus tard trois mois après l'entrée en fonction du Gouvernement. L'Assemblée Nationale doit être informée huit jours au moins avant la date retenues". Vous remarquerez que dans le texte le législateur a utilisé deux fois "doit" pour en faire une obligation non négociable.

Je suis a l'aise pour en parler d'autant que je fus l'un des pères de cette loi organique, avec le soutien total de Maitre Abdoulaye Wade.


Personne ne remets en cause le principe de la supériorité de la Constitution sur les lois organiques, mais avoue que cette fois vous êtes passé à côté. Le Juge Constitutionnel a donné au Règlement Intérieur de l'Assemblée nationale toutes ses lettres de noblesses en le déclarant conforme à la Constitution. C'est rare de trouver une loi dont la promulgation est assujettie au Visa du Conseil Constitutionnel. Le législateur a voulu anticiper sur des conflits qui pourraient advenir d'un comportement aussi anti républicain d'autorités publiques comme le Premier Ministre qui viole la loi avec la complicité de "constitutionnalistes-tailleurs".

Aucune crainte d'une majorité hostile ne devrait justifier cela. C'est comme si le Senegal ne pourrait pas vivre une cohabitation harmonieuse entre un Exécutif et un Législatif qui ne seraient pas du même bord politique. Mon pays mérite plus que ça.


Cordialement.



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