Melbet au cœur d’une enquête tentaculaire : 29,5 milliards de francs CFA encaissés et un différentiel de près de 6 milliards

Une information judiciaire est en cours devant le Pool judiciaire financier après une enquête de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité. Six personnes ont été inculpées et placées sous contrôle judiciaire dans un dossier mêlant jeux en ligne, publicités trompeuses présumées, circuits financiers opaques, usurpation d’images et interrogations sur l’existence juridique des structures gravitant autour de Melbet.


Un dossier ouvert devant le Pool judiciaire financier
 
L’affaire dépasse largement les précédentes procédures visant certaines plateformes de jeux en ligne. Selon Libération, un dossier qualifié de « tentaculaire » est pendant depuis la fin du mois de janvier 2026 devant le premier cabinet du Pool judiciaire financier.
 
L’enquête trouve son origine dans les investigations de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité, dans un contexte marqué par une plainte déposée par la Loterie nationale sénégalaise contre des plateformes de jeux en ligne soupçonnées d’exercer dans l’illégalité.
 
Le journal présente l’affaire Mégapari et les interpellations déjà effectuées comme la partie visible d’un phénomène plus vaste.
 
Six personnes inculpées sous contrôle judiciaire
 
Dans le cadre de l’information judiciaire, six personnes ont été inculpées et placées sous contrôle judiciaire.
 
Il s’agit du ressortissant russe Filipp Mkhailin, âgé de 29 ans, de l’Ivoirienne Mécapeu Catherine Prisca Droh, 36 ans, ainsi que de ses compatriotes Beugre Modeste Edgar Loue, 34 ans, et Bénédicte Akissi Kan Konan, 31 ans.
 
La Sénégalaise Malia Dores, âgée de 37 ans, et la Moldave Margereta Candu, 32 ans, figurent également parmi les personnes mises en cause.
 
Les qualifications retenues, selon Libération, sont l’association de malfaiteurs, l’atteinte à la représentation de la personne et le blanchiment de capitaux.
 
Ces inculpations ne préjugent pas de la culpabilité définitive des personnes concernées, l’information judiciaire étant toujours en cours.
 
Des publicités promettant des gains immédiats
 
L’unité de cyberpatrouille de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité avait détecté des activités jugées illicites en lien avec des publicités sponsorisées diffusées sur Facebook.
 
Les annonces promettaient notamment des gains financiers importants et immédiats à travers des formules telles que des « millions à gagner chaque jour » ou un « jackpot à chaque clic ».
 
Les utilisateurs étaient ensuite redirigés vers des plateformes accessibles par l’intermédiaire de noms de domaine non institutionnels.
 
Certains contenus utilisaient la vidéo d’une présentatrice de la Radiodiffusion télévision sénégalaise ainsi que l’image du footballeur international sénégalais Sadio Mané.
 
La RTS et Sadio Mané utilisés sans autorisation présumée
 
En réponse à une réquisition, la RTS a indiqué aux enquêteurs qu’elle n’avait conclu aucun partenariat avec Melbet.
 
La chaîne publique aurait également précisé n’avoir accordé aucune autorisation permettant l’utilisation de son logo ou de sa marque.
 
Libération rapporte qu’aucun contrat de partenariat n’existerait entre la RTS et Melbet. L’entreprise publique envisageait, selon le journal, d’engager une action en justice.
 
L’image de Sadio Mané aurait également été utilisée dans des publicités renvoyant vers une plateforme de téléchargement liée à Melbet Sénégal.
 
Des gains virtuels suivis de demandes de paiement
 
Les interfaces examinées par les enquêteurs reposaient sur des mécanismes présentés comme des roulettes ou des roues de gains.
 
Des montants de 10 000 francs, 400 000 francs ou encore 1 418 850 francs CFA pouvaient apparaître à l’écran, donnant à l’utilisateur l’impression d’avoir remporté une somme.
 
Toutefois, l’enquête aurait établi qu’aucun crédit réel n’était immédiatement disponible. Le gain affiché demeurait virtuel.
 
Après la phase de jeu, l’utilisateur était invité à effectuer un paiement préalable présenté comme une condition nécessaire pour récupérer le gain annoncé.
 
Des captures d’écran montrent notamment des demandes de paiement par Wave, portant sur de faibles montants tels que 600 ou 1 000 francs CFA.
 
Selon l’analyse citée par Libération, ces montants limités favorisaient l’acceptation du paiement par l’utilisateur. De nouveaux frais pouvaient ensuite être réclamés sous différents prétextes, transformant le mécanisme initial en une succession répétée de paiements.
 
Un compte marchand identifié sous le nom de « Lonase Melbet »
 
Dans le cadre des investigations financières, une réquisition judiciaire adressée à l’opérateur Wave a permis d’obtenir le détail des transactions associées à un compte marchand identifié sous l’intitulé « Lonase Melbet ».
 
Les données examinées couvraient la période allant du 12 septembre au 1er décembre 2025.
 
Un premier ensemble de transactions faisait apparaître 18 427 885 144 francs CFA de paiements effectués par des clients.
 
Un second document, portant sur une autre période du même intervalle, mentionnait des flux complémentaires d’un montant total de 11 130 635 204 francs CFA.
 
L’addition des deux périodes aboutissait ainsi à 29 558 520 348 francs CFA de paiements envoyés par les utilisateurs, avant déduction des frais techniques.
 
Près de six milliards de francs CFA de différence
 
Concernant les sommes transférées vers les comptes marchands bénéficiaires, les données mentionnaient 15 070 996 885 francs CFA pour la première période.
 
Pour la seconde période, le montant net reversé s’élevait à 8 488 241 852 francs CFA.
 
Le total des fonds redistribués atteignait ainsi 23 559 238 737 francs CFA.
 
La différence entre les 29 558 520 348 francs CFA encaissés auprès des clients et les 23 559 238 737 francs CFA reversés faisait apparaître un différentiel de 5 999 281 611 francs CFA.
 
Ce montant est présenté comme distinct des frais techniques déclarés par l’opérateur.
 
Pour les enquêteurs cités par Libération, un tel différentiel sur une période limitée à quatre mois constitue un indicateur financier majeur nécessitant l’identification des circuits utilisés, des bénéficiaires effectifs et des modalités de conservation ou de redistribution des fonds.
 
Des moyens de paiement en dehors du circuit de la Lonase
 
L’analyse technique des redirections publicitaires aurait montré que l’accès à la plateforme officielle pouvait être dissimulé derrière des contenus neutres, des sites intermédiaires ou des pages Facebook anonymes et non affiliées.
 
Une publicité utilisant le logo de la RTS et l’image de Sadio Mané redirigeait notamment vers le téléchargement d’un programme présenté comme « Melbet Sénégal ».
 
Après son installation, ce programme faisait apparaître deux applications, dont « Game Sawa » et « Melbet Sénégal ».
 
Les vérifications auraient permis d’établir que « Game Sawa » disposait, à l’issue de manœuvres considérées comme frauduleuses, de moyens de paiement agréés par Wave Sénégal sous une autre dénomination.
 
Ces paiements se seraient retrouvés en dehors du circuit supervisé et autorisé par la Lonase.
 
Un dépôt de 1 000 francs crédité six mois plus tard
 
Entendu comme témoin, un agent commercial de Sonatel a raconté avoir effectué, le 29 septembre 2023, un dépôt de 1 000 francs CFA sur Melbet.
 
Il aurait attendu plusieurs mois sans recevoir le crédit correspondant. Une réponse ne lui serait parvenue que le 16 février 2024, soit environ six mois après l’opération.
 
Le message reçu indiquait que son dépôt avait finalement été crédité sur son compte de jeu.
 
Le témoin aurait également déclaré avoir effectué plusieurs autres dépôts du même type, restés sans réponse au moment de son audition.
 
Des structures aux responsabilités difficiles à établir
 
L’enquête s’intéresse également aux relations entre Melbet, Vikhreda, Truemédia et d’autres sociétés évoquées dans le dossier.
 
Les auditions réalisées n’auraient pas permis d’identifier clairement une entité juridique unique assumant directement l’exploitation de la marque Melbet au Sénégal.
 
Selon Libération, certains responsables interrogés ont évoqué des contrats, des licences ou des relations commerciales sans toujours pouvoir produire des documents établissant précisément la nature des liens entre les différentes sociétés.
 
Truemédia aurait obtenu une licence auprès de la Lonase, tandis que certains témoins ont soutenu que la Lonase ne traitait pas directement avec Melbet.
 
Les enquêteurs se sont également intéressés à des moyens de paiement non autorisés, à l’utilisation présumée de cryptomonnaies et à des portefeuilles électroniques difficilement accessibles.
 
Employés, comptables et communicants entendus
 
Plusieurs personnes travaillant pour les structures citées ont été interrogées sur leur rôle.
 
Catherine Prisca Droh aurait expliqué avoir travaillé comme assistante et avoir reçu des délégations de signature lui permettant de gérer certains documents. Elle aurait toutefois déclaré ne pas connaître précisément les conditions de certains contrats.
 
Malia Dores aurait indiqué exercer dans le domaine du marketing et de l’achat d’espaces publicitaires. Elle aurait participé à la gestion de campagnes, à l’identification des cibles et à la préparation de contenus destinés aux réseaux sociaux.
 
Bénédicte Akissi Kan Konan, présentée comme comptable, aurait détaillé des missions relatives aux achats, aux factures, aux salaires et aux déclarations fiscales. Elle n’aurait toutefois pas été en mesure d’apporter toutes les réponses sur l’origine de certains fonds ou sur les autorisations liées à la plateforme.
 
Beugre Modeste Edgar Loue, présenté comme responsable marketing, aurait également été interrogé sur les activités publicitaires, les contrats et l’utilisation de personnalités connues.
 
Une présence massive sur les réseaux sociaux
 
Des pages portant le nom de Melbet Média Sénégal auraient été ouvertes sur Facebook, TikTok, Instagram, Meta et YouTube.
 
Des publicités, des logos et des images de personnalités publiques y étaient diffusés. Certains contenus redirigeaient les utilisateurs vers des plateformes de jeux ou vers un compte WhatsApp attribué à la société.
 
Les enquêteurs ont cherché à savoir si ces contenus avaient été soumis à la Lonase avant leur diffusion et si les personnes dont les images étaient utilisées avaient donné leur accord.
 
Les réponses recueillies lors des auditions auraient révélé plusieurs contradictions sur les procédures de validation et sur l’identité des responsables ayant commandé ou autorisé les campagnes.
 
Melbet Limited visée par une procédure à Chypre
 
L’enquête a également porté sur la situation juridique de Melbet Limited à Chypre.
 
Selon les documents cités par Libération, une procédure de radiation aurait été engagée contre cette société conformément à la législation chypriote, avec un délai de trois mois pour une éventuelle régularisation.
 
Aucun document attestant d’une réhabilitation ou d’une régularisation complète n’aurait été présenté aux enquêteurs.
 
Cette situation renforce les interrogations sur la capacité juridique de la structure à servir de support à des activités contractuelles et commerciales dans le secteur des jeux de hasard.
 
Batnesto Ltd, les marques et les noms de domaine
 
Les enquêteurs se sont également penchés sur Batnesto Ltd, présentée comme détentrice de certains droits liés à la marque Melbet.
 
Un document du Bulletin officiel de la propriété industrielle daté du 11 juillet 2025 mentionnerait des dépôts de marque « Melbet » dans les classes 9 et 28, couvrant notamment des équipements électroniques, des consoles, des jeux et des jouets.
 
Toutefois, ces classes ne couvriraient pas explicitement l’exploitation de services de jeux de hasard en ligne.
 
Pour la DSC, l’existence d’une marque déposée ne suffirait donc pas à établir la légalité de l’activité de paris exercée au Sénégal.
 
Une décision de l’OMPI citée dans le dossier
 
Les investigations ont aussi mis en avant une décision rendue le 14 avril 2025 par le Centre d’arbitrage et de médiation de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.
 
Cette décision concernait l’utilisation de noms de domaine considérés comme trompeurs et susceptibles d’imiter une marque légitime.
 
Le mécanisme décrit reposait sur la création de plateformes ressemblant à des sites officiels, avant de rediriger les utilisateurs vers une autre plateforme commerciale.
 
Les enquêteurs rapprochent ce procédé des redirections constatées dans le dossier Melbet, où l’utilisateur est d’abord exposé à un contenu présenté comme légitime avant d’être orienté vers un opérateur qui n’est pas immédiatement identifiable.
Mardi 4 Août 2026
Dakaractu



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