Mbour : Les paysans de Ndengler, dépouillés de leurs terres par Babacar Ngom Sedima, se disent déterminés à faire face...


Le ton continue de monter à Ndegler. Le patron de l’entreprise Sedima, Babacar Ngom, aidé de l’administration, en est la cause principale. Dans cette localité située dans le département de Mbour, arrondissement de Fissel Mbadane, les populations sont une nouvelle fois montées au créneau pour hausser le ton. Ce, afin d’alerter les autorités étatiques sur leurs frustrations de voir M. Ngom les dépouiller de leur seul moyen de subsistance : la terre. Et ce, avec le soutien des services de l’Etat qui, à travers le décret n°2015-548 en date du 23 avril 2015 a octroyé, des terres d’une superficie de plusieurs hectares, situées à Djilakh (dans la Commune de Sindia, dans le département de Mbour), au patron de Sedima en prononçant sa désaffectation. Et ce, sans aucune indemnité, alors qu’elles étaient exploitées par les populations de Ndengler qui y cultivaient du sorgho et de l’arachide. Ces dernières, réunies ce samedi 8 février 2020, pour se faire entendre, ont désigné des représentants. Ceux-ci ont dénoncé, avec leur dernière énergie, le sort qui s’accable sur leurs parents. 
 
‘’Lui, si riche, nous disputer nos maigres terres, nous qui n’avons même pas 25 francs dans nos poches’’
 
Natif du terroir, Mbaye Diouf qui se dit notable dans le quartier, par ailleurs, enseignant, a été le premier à exposer le problème qui, aujourd’hui, empêche la localité de dormir. ‘’Un promoteur veut récupérer nos terres sans l’aval de la population. Mon village est menacé. Mes parents n’ont que les terres. Nous n’entendons pas croiser les bras et laisser faire ces gens qui veulent nous déposséder de nos terres. Le promoteur s’appelle Babacar Ngom, c’est bien du patron de Sedima qu’il s’agit. Il est venu un jour nous montrer des documents en nous signifiant que c’est un titre foncier de ces terres et que ce sont les autorités qui le lui ont donné. Aujourd’hui, cela fait des années que nous engageons le bras de fer avec lui, mais sans succès. Nous allons nous battre pour qu’on ne nous dépouille pas de nos terres. Nous sommes aujourd’hui, réunis pour lui barrer la route. Nous avons fait toutes les démarches nécessaires pour que nos autorités entendent nos cris du cœur. Nous avons beaucoup de personnes impliquées dans ce dossier et qui nous soutiennent. C’est le cas, entre autres, avec les membres de l’Association pour le développement de Sandock (Ads), Bruno d’Erneville et Bassirou Diomaye Faye (porte-parole de Pastef de Ousmane Sonko). Mais seul ce dernier est venu. 
 
Cependant, dans ses explications, Mb. Diouf ajoute : ‘’Babacar Ngom a des documents signés par le président Macky Sall. Il a un titre foncier et nous demandons comment a-t-il pu faire pour en avoir sans notre aval ? Nous le dénonçons. Encore que Ndengler, dépourvu d’électricité, d’eau potable n’a rien de plus que ses terres pour offrir à sa population de quoi survivre. (…) Nous n’allons pas céder nos terres’’, a-t-il confié. 
 
‘’S’il nous prend notre terre, nous saurons que faire de lui’’’
 
Yoro Diouf, un des représentants de la population de Ndengler, lui n’a pas mis de gants pour dire ses 4 vérités. Et si le patron de Sedima est riche de ses sous, lui estime que la localité a sa force traditionnelle qu’elle entend utiliser sans aucune hésitation pour lui opposer une résistance. ‘’Il a des ressources financières considérables, mais nous, nous avons une force que nous avons hérité de nos ancêtres. S’il nous prend notre terre, nous saurons que faire de lui’’, a-t-il prévenu. 
 
Du nombre des acteurs qui ont pris la parole, le vieux Gor Dione s’est lui apitoyé sur le sort de ses enfants et petits-enfants. Âgé de plus de 70 ans, il a évoqué les échecs cuisants de Babacar Ngom et son enfant alors qu’ils étaient venus, tour à tour, négocier les terres aujourd’hui objet du litige. ‘’Quand il est venu la première fois, il nous a manifesté son désir d’acquérir nos terres en échange d’électricité, de l’eau potable et des routes. Il disait vouloir construire une usine qui produit des aliments de volaille. Nous lui avions dit que nous préférons nos terres et que nous, on cultive pour nourrir des humains’’, a-t-il déclaré. 
 
Dans son récit, le vieux Dione a expliqué quelques actes posés par le patron de la Sedima pour leur barrer la route de leurs champs. À titre d’exemple, il a fait état d’une grande tranchée d’une largeur d’un mètre et d’une profondeur d’égale mesure. Laquelle s’étend à perte de vue. Mais aussi des tracasseries dont certains de ses proches ont fait l’objet, à cause de l’engagement ferme de M. Ngom à exploiter ces terres. ‘’Nous avons hérité ces terres de nos ancêtres. C’est sur ces terres où s’étaient implantées les premières habitations de nos grands-parents. C’est la sécheresse qui nous avaient chassé de ces terres et qui nous a conduit ici’’, a indiqué le vieux Ngor Dione. Celui-ci, dépité par cette situation de s’interroger sur la personne de Babacar Ngom. ‘’On ne comprend pas ce qui nous arrive. Lui, si riche se permettre de nous disputer nos maigres terres, nous les pauvres qui n’avons que n’avons même pas 25 francs dans nos poches’’.
 
’’Il cherche des terres pour nourrir de la volaille, nous on cultive pour nourrir des humains’’ 
 
L’un des derniers porte-parole des populations locales, c’est Mbaye Faye. Celui-ci, représentant de Ads (Association pour le développement de Sandock), une localité forte de 15 villages, dit en vouloir terriblement à l’État. À l’en croire, c’est l’État qui est le seul responsable de leur malheur. ‘’Notre localité ne vit que d’agriculture, d’élevage et de commerce. Aujourd’hui, un certain B. Ngom venu de son Diourbel veut nous priver de nos sols. Ce bien qui constitue notre seule richesse. Ça non ! Et comme il a un Tf nous savons que ce sont les services de l’État qui le lui ont donné. Ce que nous regrettons, d’autant que nous avons, dans le passé, adressé des correspondances au président sans succès. Si aujourd’hui, l’État nous prive de ces titres en donnant un Tf à B. Ngom, nous estimons qu’il n’a pas fait ce qui lui revenait de faire (…). Il veut nous priver de nos terres. On n’aura plus alors où cultiver. Nos bœufs n’auront plus où paître. C’est à croire qu’il veut nous pousser à l’exode. Il ne lui reste qu’à nous tuer, alors...’’
 


 
Dimanche 9 Février 2020
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :