Les Américains se rendront aux urnes mardi pour les élections de mi-mandat. En coulisses, la Maison-Blanche se prépare déjà à une défaite des républicains. Selon Reuters, l’administration Trump élabore depuis des mois des plans visant à poursuivre sa politique au cas où les démocrates prendraient le contrôle du Congrès. Elle examinerait ainsi quelles décisions le président pourrait prendre sans l’accord du pouvoir législatif.
En avril dernier, certains des principaux collaborateurs de Trump se sont réunis avec les juristes de la Maison-Blanche. Parmi eux figuraient Stephen Miller, qui a été désigné chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche dès janvier 2025, et Russell Vought, le directeur du Bureau de la gestion et du budget. Leur mission: déterminer quels projets le président pourrait mener à bien de manière autonome si les démocrates remportaient la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat.
Ces conseillers se penchent notamment sur les dossiers de l’immigration, des droits d’importation, du logement et des dépenses publiques. Des juristes examinent également dans quelle mesure Trump peut étendre légalement ses pouvoirs présidentiels et comment ils pourraient défendre ses décisions si celles-ci étaient contestées devant les tribunaux, indique l’agence Reuters.
Et si les démocrates gagnaient?
Mardi, les Américains éliront une nouvelle Chambre des représentants et renouvelleront une partie du Sénat. Actuellement, les républicains contrôlent les deux chambres du Congrès. Mais selon les sondages, les démocrates ont de bonnes chances de reconquérir la majorité à la Chambre. Au Sénat, la bataille reste serrée, même si l’avantage serait également côté démocrate à en croire les intentions de vote. Afin d’éviter une défaite cuisante, Donald Trump a donc tout mis en œuvre au cours du mois dernier pour peser lors d’une tournée électorale intensive dans plusieurs États clés.
Une victoire des démocrates paralyserait en bonne partie Trump, que ce soit en bloquant ses plans budgétaires ou en empêchant des nominations cruciales au niveau judiciaire. Mais même face à un Congrès hostile, le président ne serait pas tout à fait impuissant. Depuis son retour au pouvoir début 2025, Trump a déjà prouvé à plusieurs reprises qu’il savait contourner le Congrès grâce à des décrets présidentiels. Qu’il s’agisse de droits de douane, de la suppression de postes de fonctionnaires ou d’une politique d’immigration plus stricte, il impose sa volonté d’un simple trait de plume dans le Bureau ovale, peu importe que les parlementaires n’aient pas voté sur ces sujets.
Davantage de pouvoirs pour l’exécutif
En coulisses, la Maison Blanche poserait d’ores et déjà les bases nécessaires pour poursuivre sa politique en solitaire. Parmi les mesures envisagées figureraient notamment de nouveaux droits de douane sur les minerais stratégiques et les éoliennes, un durcissement des règles en matière de visas pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires, ainsi que des mesures visant à réduire les coûts dans le secteur de la construction. Plusieurs proches de Donald Trump sont connus pour avoir des intérêts dans le domaine des minerais, des combustibles fossiles et de l’immobilier.
Afin de financer ces projets en contournant le Congrès, Russell Vought étudierait comment l’exécutif pourrait puiser dans des fonds déjà approuvés par le Congrès par le passé. Il souhaiterait par ailleurs réécrire les règles régissant les subventions fédérales, afin que les responsables nommés pour des raisons politiques aient beaucoup plus leur mot à dire dans l’attribution des deniers publics.
Trump lui-même participerait à ces réunions stratégiques et envisagerait ces préparatifs avec confiance. Selon des sources bien informées interrogées par l’agence de presse Reuters, le président se sentirait “particulièrement à l’aise” à l’idée de contourner le Congrès grâce au pouvoir que lui confère sa seule signature.
Enquêtes sur Trump
Donald Trump ne peut toutefois pas se protéger par décret contre une menace pourtant non négligeable: celle des enquêtes parlementaires. Si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants, la voie sera ouverte à l’ouverture d’enquêtes et d’auditions musclées menées par des commissions parlementaires sur d’éventuels abus de pouvoir au profit d’alliés ou de donateurs de Trump.
En coulisses, des juristes préparent donc depuis des mois la Maison-Blanche à une guerre juridique de tranchées. Les collaborateurs impliqués auraient ainsi reçu des instructions précises sur la manière de traiter les assignations à comparaître et les demandes de documents, avec la recommandation pressante de consigner par écrit le moins possible d’informations sensibles. Ces juristes examinent également si Trump peut garder secrètes certaines conversations avec des conseillers extérieurs à la Maison Blanche en invoquant ses prérogatives présidentielles.
Officiellement, la Maison-Blanche reste pour l’instant sur la défensive. La porte-parole Lauren Bis a catégoriquement rejeté les spéculations concernant une défaite, a dénoncé la couverture médiatique faite des élections de mi-mandat et a assuré que Trump poursuivrait sans relâche sa ligne de conduite.