Rien ne peut justifier une détention au secret, affirme le Secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho). Mouhamadou Seck appelle à la libération de Moussa Kaka. « On a d'abord des questions, souligne-t-il au micro de Magali Lagrange. Est ce qu'il est en vie ? Heureusement que le ministre nigérien de la Justice a dit qu'il est en vie. Et la seconde question est : pourquoi Moussa Kaka est incarcéré ? Personne ne le sait… »
Le dirigeant de cette ONG panafricaine insiste : « Il serait bon aujourd'hui qu'on puisse localiser le lieu où il est détenu, mais aussi s'occuper de son assistance par un avocat, s'enquérir de son état de santé et que la présomption d'innocence prévale tout au long de la procédure qu'on voudrait vraiment publique. »
Il ajoute : « Donc, nous lançons un appel aux pouvoirs pour qu’il donne beaucoup plus d'informations sur Moussa Kaka, notamment son lieu de détention, mais également les motifs pour lesquels il est arrêté. Quelque soient les motifs, nous osons dire que ce sont des motifs fallacieux. Il y a une atteinte aux droits fondamentaux de Moussa Kaka. Sa place n'est pas en prison, mais sa place est devant le micro. »
Le journaliste congolais Stanis Bujakera Tshiamala, qui a lui-même été emprisonné plusieurs mois à Kinshasa entre 2023 et 2024, abonde : « Ça fait deux mois que Moussa Kaka a disparu derrière un mur de silence. On nous dit qu'il est en vie. Mais qu'est-ce qu'une vie quand personne ne peut la voir, ni sa famille, ni son avocat, ni un juge ? Et donc, il y a des sérieuses inquiétudes. Et je rappelle que la détention d'un journaliste ne doit pas être la règle. Moussa Kaka n'est pas un dossier, ce n'est pas un nom sur un communiqué. C'est un homme. Un homme qu'on attend. Un homme dont les proches comptent les jours sans savoir s'il dort, s'il mange, voir s'il tient. »
Il glisse : « Je sais ce que c'est une cellule. Je sais ce que pèse chaque jour quand on ignore ce qu'on vous reproche. Mais moi, au moins, le monde savait où me trouver. Moussa, lui, n'a même pas ses droits. »
Stanis Bujakera conclut : « Aux autorités du Niger, je dis ceci : "Si vous avez quelque chose contre lui, alors présentez-le à un juge. Sinon, libérez-le très vite." Que Moussa Kaka puisse retrouver sa famille, sa rédaction et tous ses confrères. »
« Disparition forcée »
Où et dans quelles conditions Moussa Kaka est-il détenu ? Qu'est ce qui lui est reproché ? Deux mois après, ces questions restent en effet sans réponse. Alors que les autorités de Niamey gardent le silence sur ces points, organisations internationales et voix du continent demandent toujours des explications, et dénoncent une disparition forcée et la violation des droits de notre confrère.
Moussa Kaka exerce comme journaliste depuis plusieurs décennies, une profession qui lui a déjà valu de nombreuses pressions, et des ennuis avec la justice.
Il y a un an, cette figure du journalisme nigérien avait été arrêtée avec cinq confrères, inculpée de complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public, en vertu de la loi sur la cybercriminalité. Il était depuis en liberté provisoire.
Moussa Kaka a aussi connu la prison sous la présidence de Mamadou Tandja. Arrêté en 2007 pour ses liens supposés avec la rébellion touarègue du Nord, accusé de complicité d'atteinte à l'autorité de l'État, il avait été relâché plus d'une année après, suite à une mobilisation nationale et internationale.
Depuis, Moussa Kaka poursuivait son travail, notamment à la tête de la Radiotélévision Saraounia (RTS), qui emploie aujourd'hui plusieurs dizaines de personnes au Niger.
« Les autorités nigériennes devraient d'urgence révéler où se trouve l'éminent journaliste Moussa Kaka, victime d'une disparition forcée il y a deux mois », estimait le 29 octobre Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué. Son cas « met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger », notait HRW.
À l'ONU, on suit également la situation de Moussa Kaka, comme le souligne Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. « Il est temps qu'il soit libéré, que sa famille ait plus d'informations sur son état, déclare-t-il au micro de Christophe Boisbouvier, dans un entretien qui sera diffusé le 2 novembre sur RFI, « Que ce soit au Niger ou dans tout autre pays, plus les journalistes sont bloqués dans leurs efforts pour faire leur travail, plus la démocratie le paye et plus les droits de l'homme sont violés. Nous continuerons à parler haut et fort de la défense des journalistes. Le Secrétaire général le fait publiquement, mais je l'ai déjà vu le faire aussi en privé, dans des discussions avec des dirigeants pour pousser pour la libération de journalistes. Souvent, il y a des États qui utilisent le prétexte de protection des journalistes pour entraver leur liberté et leur marge de manœuvre. Ce qu'il faut, c'est que les États laissent les journalistes faire leur travail et le faire librement. »
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