L’Allocution prononcée par M. Ousmane Tanor Dieng à la réunion du Comité Afrique de l'Internationale socialiste à Praia


L’Allocution prononcée par M. Ousmane Tanor Dieng  à la réunion du Comité Afrique de l'Internationale socialiste à Praia
Cher camarade, Secrétaire général de l’Internationale Socialiste,
Mes chers camarades,
Chers amis, Chers invités,

Si nous aimons tant cette belle terre bercée de toutes parts par l’Océan Atlantique au point d’y revenir six ans après pour y tenir la réunion annuelle du Comité Afrique de l’Internationale Socialiste, ce n’est pas seulement pour son hospitalité et pour la beauté de ses paysages. C’est aussi parce que l’archipel du Cap-Vert représente un exemple et un symbole dans notre combat pour la démocratie en Afrique. En effet, depuis l’instauration du multipartisme à la fin des années 80, le peuple cap-verdien administre au monde la leçon d’une démocratie exemplaire. Nous retrouver ici à nouveau est donc une manière pour nous socialistes de rendre hommage à ce pays qui, comme le Ghana et le Sénégal, connait des avancées démocratiques et les préserve.

Je saisis cette occasion pour présenter à nos camarades et au peuple ghanéens, nos condoléances attristées à la suite de la disparition du Président John ATTA MILLS.

Il faut se féliciter comme il faut saluer les progrès remarquables enregistrés par d’autres pays africains dans la voie de la normalisation démocratique. C’est le cas du Niger, de la Guinée, de la Zambie et du Botswana qui ont connu des élections libres et transparentes qui ont porté au pouvoir des régimes démocratiques. C’est le lieu pour moi de renouveler, à mon nom propre et à votre nom, nos vives félicitations à nos camarades, les Présidents Mahamadou ISSOUFOU et Alpha CONDE pour leur élection qui, du reste, constitue la juste reconnaissance de leur engagement déterminé depuis plusieurs années au service de leur pays et des valeurs de démocratie, de justice sociale et de solidarité. C’est également le cas de l’Afrique du Sud et du Mozambique qui réalisent des réformes démocratiques prometteuses. En Tunisie et en Egypte, les révolutions citoyennes de 2011 ont ouvert la voie à des perspectives intéressantes en matière de démocratie même si en Egypte, le jeu ambigu de l’Armée, qui fait tout pour désarmer les forces démocratiques avec l’idée de conserver ses positions de pouvoir, laisse planer le doute sur une issue conforme aux aspirations du peuple égyptien.

Chers camarades,
Chers amis,

Ces exemples ne font pas la règle. Pour beaucoup d’autres pays du continent, la démocratie reste encore une chimère soit parce que tout processus démocratique y est impossible à cause des conflits (République Démocratique du Congo), soit parce que l’État y est déliquescent et ne contrôle qu’une partie de son territoire (Somalie). Ailleurs encore, les simulacres d’élections et le relatif desserrement de l’autoritarisme ne sont qu’un vernis destiné à la consommation de la communauté internationale.

Mais les situations au Mali et en Guinée-Bissau sont, sans doute, les plus sérieuses. S’agissant du Mali, alors que l’on croyait ce pays définitivement engagé dans un authentique projet démocratique, un coup d’État militaire est venu nous rappeler que la démocratie prohibe, par essence, le confort des certitudes et constitue une quête perpétuelle. Au fond, le coup de frein à l’expérience démocratique au Mali démontre que la construction démocratique sur le continent africain est loin d’être achevée, et qu’elle demeure encore fragile sous les coups de boutoir de l’armée.

Pour ce qui concerne la Guinée-Bissau, le processus électoral a été interrompu par un coup d’Etat militaire entre les deux tours, quasiment à la veille de l’organisation du second tour.

Il nous faut être clair et rappeler, conformément à la Déclaration du Sommet d’Alger de 1999 de notre Organisation continentale, qu’il y a une tolérance zéro contre les coups d’Etat et que la conquête du pouvoir par la force est totalement prohibée.

Donc au Mali comme en Guinée-Bissau, il s’agit d’une bataille de principe pour le retour à l’ordre constitutionnel dans ces pays et celui des militaires dans les casernes.

Mais si la situation au Mali nous préoccupe particulièrement, c’est parce qu’elle nous donne la preuve de la vulnérabilité de notre continent face aux menaces de toutes sortes. En plus de porter atteinte à la démocratie et de menacer l’unité et la stabilité de ce pays, elle compromet durablement la paix et l’équilibre de la sous région ouest africaine.

La crise au Mali, et plus globalement la situation au Sahel, met en exergue l’un des périls les plus pernicieux auxquels l’Afrique doit faire face : il s’agit bien entendu du terrorisme qui étend ses tentacules sur plusieurs territoires et se moque des frontières. La présence d’AQMI, d’ANSARDINE, du MNLA et même d’Al Quaïda dans le Sahel, les attentats perpétrés par Boko Haram contre les Chrétiens au Nigéria et le climat de terreur instauré par les Chébabs en Somalie constituent une menace pour la paix, la sécurité et la stabilité du continent africain.


Chers camarades,
Chers amis,

L’autre défi auquel l’Afrique doit faire face, c’est, bien sûr, la crise financière et économique mondiale. Même si notre continent n’a été jusqu’ici que faiblement affecté par les effets de cette crise, il est à craindre une contraction de la demande mondiale et une profonde récession des économies africaines. Car, nul ne sait ce qu’il adviendra de l’euro et de la politique de change de la banque centrale européenne. De cette politique dépendra l’avenir du franc CFA. Quel niveau de déficit en découlera pour les pays africains ? Le cas échéant, quelle modalité d’ajustement – à commencer par les plus vigoureuses - peut-on anticiper pour les économies africaines ?

Si les effets indirects des politiques menées dans le Nord sont encore incertains, les conséquences directes des déficits publics dans les pays développés sur les économies africaines sont, quant à elles, prévisibles.

Il faudra s’attendre à une chute des flux de capitaux, notamment à une réduction de l’aide publique au développement, à la diminution drastique des produits des exportations avec les effets annoncés sur les prix des matières premières, à la baisse des transferts de fonds des émigrés et à d’éventuels déficits publics ; des déficits dont les effets d’éviction sur le financement de l’investissement privé pourraient être significatifs.

Une analyse plus approfondie des impacts de la crise financière mondiale en Afrique laisse présager un effet domino sur l’économie réelle, ce d’autant que cette crise financière vient se greffer à la crise économique. En effet la crise de liquidités entraînant la raréfaction des crédits, le problème du financement des investissements productifs ne va pas tarder à se poser pour les entreprises africaines. Les difficultés d’accès aux crédits, combinées à la baisse de la demande, vont provoquer la chute de la production et subséquemment le ralentissement de l’activité économique ainsi que des pertes d’emplois. Outre le risque de voir une baisse de la compétitivité des économies africaines, il y a les effets liés à l’inflation sur les produits, denrées et services de consommation courante. La probabilité d’une hausse de l’inflation est donc une hypothèse qu’il faut envisager avec sérieux, en rapport avec ses effets sur la famine et sur la pauvreté en Afrique.

Chers camarades,
Chers amis,

Par ces temps troublés, et face aux défis de tous ordres, il faut une réponse globale. En effet, les interdépendances entre les problèmes actuels du monde sont telles que les relations internationales doivent davantage être régulées par le multilatéralisme qui ne devrait pas se limiter à un dialogue entre les pays les plus puissants. Si l’histoire du monde devait nous servir de leçon pour l’avenir, nous n’aurons aucune peine à faire de cette séquence inédite une opportunité pour refonder la gouvernance mondiale dans une approche durable, inclusive et solidaire.

Cette approche globale est nécessaire pour combattre un fléau comme le terrorisme car, il faut le souligner, aucun pays ne pourra venir à bout d’un ennemi si puissant. La lutte contre le terrorisme exige que nous fassions front commun. En effet, il ne suffit pas, pour lutter contre le terrorisme, de sécuriser l’intérieur de nos frontières, il faut développer une stratégie sous régionale, voire régionale, avec une approche multilatérale qui implique les Etats-Unis d’Amérique et les pays de l’Union européenne à travers un système d’échanges d’informations et de coordination des actions.

La coopération multilatérale doit être également le fil conducteur dans l’analyse et le traitement des problèmes de l’économie mondiale. L’Afrique doit peser de tout son poids dans l’agenda mondial et dans la définition de nouveaux paradigmes et de nouveaux modèles autour desquels doit s’ordonner l’économie mondiale. Ce n’est pas trop de dire que l’Afrique représente pour l’économie mondiale des marges de croissance parce qu’elle offre des marges d’investissements publics et privés socialement productifs et économiquement rentables à moyen et long termes.

Mais nous le savons tous, chers camarades, pour saisir les opportunités qui s’offrent à notre continent, il faut une volonté politique forte et capable d’impulser ce processus avec détermination et constance dans toutes ses étapes. Car il faut le dire, il n’y a pas de développement sans bonne gouvernance. La bonne gouvernance se définit comme la manière dont le pouvoir en exercice gère les ressources économiques et sociales d’un pays en faveur de son développement. Elle se caractérise habituellement par un ensemble de principes tels que le respect de la primauté du droit, la bonne gestion des affaires publiques, la lutte contre la corruption, le respect des droits humains ou la promotion de la démocratie et d’un développement participatif.

La mise en œuvre renforcée de la bonne gouvernance doit être impérativement l’une des orientations stratégiques pour permettre à nos Etats d’affirmer, avec force, la voix de l’Afrique dans une reprise en main durable, inclusive et solidaire de l’économie mondiale, dans la régulation multilatérale et dans la consolidation d’une véritable communauté mondiale dépassant la juxtaposition d’intérêts nationaux.

C’est la responsabilité des socialistes que nous sommes d’engager l’Afrique dans cette voie et de proposer le développement et la paix, à partir des réalités, contraintes et projets africains. Et c’est à notre famille politique de donner à ce mouvement un caractère international plus marqué, de consolider ce regain de multilatéralisme et de l’adosser à des valeurs de progrès, de solidarité et de justice sociale.

Je vous remercie de votre aimable attention./-
Vendredi 3 Août 2012




1.Posté par miche le 03/08/2012 22:58
bne analyse et proposition. seul le socialisme peut sauver le monde

2.Posté par gorgus le 04/08/2012 00:12
bof...de la part du dindon de la farce....

3.Posté par fayiz le 04/08/2012 00:26
C'est quoi un dindon de la farce? gorge profonde et nullard, qui joue au nihilisme... Trop facile! Il existe une race de méchants qui ne reconnaissent jamais le mérite des autres. de petits types! une reconnaissance de ton leadership par les camarades socialistes africains... il y en a qui ne cesseront de maigrir....

4.Posté par gorgus le 04/08/2012 18:52
fayiz, va au diable ! je cause au dindon de la farce....



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