Passer des ressources aux solutions, et des prototypes à l'impact : c'est la ligne commune que se fixe l’État du Sénégal, Vie Publique Sénégal et IA hub. Ce rendez-vous du numérique qui a réuni le représentant du ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, des représentants de l'Ambassade de France, ainsi que des mentors, des experts et les équipes participantes, a été le lieu pour les acteurs d’éplucher les sujets relatifs à l’Intelligence Artificielle et ses missions.
Au nom du ministre, son représentant a salué une initiative qui vise à « mettre l'intelligence artificielle au service de nos populations, dans les langues qu'elles parlent et comprennent au quotidien ». Il a replacé l'initiative dans la Vision Sénégal 2050 et le New Deal Technologique, qui font de la souveraineté numérique, de l'innovation et de l'inclusion les piliers de la transformation du pays. Son message : le Sénégal ne doit pas seulement consommer l'IA développée ailleurs, mais aussi en construire une qui lui ressemble. Le président d'AI Hub Sénégal a défendu la même conviction, avec un accent sur la méthode : l'avenir de l'IA en Afrique ne se construira pas uniquement avec les technologies des autres, mais aussi par la capacité du continent à développer ses propres ressources et à mobiliser ses talents. Il a fixé une trajectoire pour l'écosystème : de la sensibilisation à l'expérimentation, de l'expérimentation au prototype, puis du prototype à l'impact. Selon lui, le Sénégal ne doit pas être seulement un marché pour l'IA, mais un territoire où l'on conçoit, teste et déploie des solutions. Il a justifié le choix de la voix par son caractère naturel : elle peut faciliter l'accès à l'information dans la santé, aux conseils dans l'agriculture, aux nouveaux apprentissages dans l'éducation, et aux services dans la finance et l'administration, y compris pour les personnes peu à l'aise avec l'écrit ou avec les langues dominantes du numérique. Mais, a-t-il prévenu, un modèle performant n'a de valeur que s'il résout un problème réel : la prochaine étape est de construire « des solutions qui comprennent nos besoins ».
L'intervenant qui a pris la parole au nom de l'ensemble des personnes impliquées dans le programme SEN Hub IA a, lui, détaillé le travail réalisé sur les données. Porté par un partenariat entre le ministère, AI Hub Sénégal et l'Ambassade de France, le programme repose sur trois piliers : le renforcement des compétences et de l'employabilité des jeunes, le développement des usages de l'IA, et le soutien à l'écosystème entrepreneurial et à l'innovation. C'est dans ce dernier cadre qu'a été soutenue une campagne de collecte et d'annotation de données vocales en wolof, pulaar et sérère, menée avec le Centre de Linguistique Appliquée de Dakar. Le bilan s'élève à 210 heures de données, dont 150 pour la reconnaissance automatique de la parole et 60 pour la synthèse vocale. Deux modèles en sont issus, M-Kiriku ASR et M-Kiriku TTS. Ils sont, avec les jeux de données et les benchmarks, disponibles en open source sur la plateforme Hugging Face d'AI Hub Sénégal. « Sans données linguistiques de qualité, il ne peut y avoir de solutions IA adaptées », a-t-il souligné, estimant qu'en leur absence, l'IA exclut automatiquement les locuteurs des langues locales.
Le challenge devait transformer ces ressources en usages concrets. Il a enregistré 74 candidatures, retenu 15 équipes et abouti à 10 finalistes. Plus de 2 millions de FCFA de prix ont été attribués, et les projets bénéficient d'un accompagnement de un à deux mois pour les pérenniser. Les solutions touchent la santé, l'agriculture, l'éducation, la finance et la mobilité.
Les trois discours ont convergé sur la suite à donner. Pour le représentant du ministre, le défi est que ces innovations deviennent des services accessibles, utiles et durables, ce qui suppose une mobilisation des pouvoirs publics, des chercheurs, des entreprises et des partenaires techniques et financiers. Le président d'AI Hub Sénégal a présenté la restitution comme le point de départ d'un nouveau cycle, fait de tests en conditions réelles, d'amélioration des prototypes et de recherche de partenaires, et il a invité entreprises, institutions publiques et société civile à s'intéresser aux solutions présentées. Il a résumé la démarche par une formule : « Nos voix. Nos langues. Nos talents. Notre IA. Notre avenir. »
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