La tension monte à la frontière entre l'Éthiopie et l'Érythrée. Après plus de deux semaines de combats, l'armée fédérale éthiopienne a repris les principales villes de la région du Tigré, repoussant vers le nord les rebelles du Front de libération du Tigré et les soldats érythréens déployés dans la région. Mercredi, elle a notamment repris Zalambessa, à la frontière avec l'Érythrée.
Selon l'observatoire des conflits ACLED, les forces fédérales y ont déployé un important convoi de chars et d'armes lourdes. Les autorités ont également interdit aux habitants de sortir de la ville. Une situation qui fait craindre à la communauté internationale un affrontement entre les deux pays.
C'est dans ce contexte que le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a téléphoné au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, dans la nuit de jeudi 15 à vendredi 16 octobre, rapporte notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix. Il s'agit de leur premier entretien direct depuis la dégradation de la situation entre Addis-Abeba et Asmara.
Plusieurs interprétations
D’après un communiqué du département d’État américain, Marco Rubio a appelé à « la désescalade des tensions entre les deux parties […] et à la reprise d’un dialogue ». Le secrétaire d’État a également rappelé que « tous les pays de la Corne de l’Afrique doivent respecter l’intégrité territoriale de leurs voisins et éviter les incursions transfrontalières ».
De son côté, Abiy Ahmed salue sur X une conversation très « fructueuse ». À aucun moment, le Premier ministre éthiopien ne mentionne son voisin érythréen. Il interprète cet appel comme « un engagement des deux pays à transformer leur relation durable en un partenariat plus stratégique et pratique ».
« Aucun point commun entre les deux comptes rendus », ironise sur X Yemane Gebre Meskel, ministre de l’Information érythréen, qui dénonce la propension à la tromperie du gouvernement éthiopien.
Pour Cameron Hudson, ancien conseiller aux affaires africaines de la Maison Blanche, ce coup de fil arrive un peu tard. Il pointe du doigt le manque de cohérence de la diplomatie américaine. Juste avant le retour des tensions, Washington avait laissé expirer les sanctions contre des responsables érythréens et levé des restrictions sur les ventes d’armes à Addis-Abeba.
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