Journée mondiale de l'Alimentation : la sécurité alimentaire à l'épreuve des conflits et du changement climatique


Les conflits qui secouent certaines régions du monde avec leur corollaire de perturbations du transport maritime et le changement climatique affectent la sécurité alimentaire à travers la planète. En cette Journée mondiale de l'Alimentation, le constat est des plus alarmants au regard du nombre de personnes menacées par la faim. Les données officielles du rapport 2026 des Nations Unies sur l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde indiquent qu'à peu près 5,8 % à 25,9 % de la population mondiale (soit plus de 2 milliards de personnes) ne disposent pas d'un accès régulier à une alimentation suffisante. L'Afrique concentre la part critique de cette crise alimentaire avec 20 % de la population touchée par la sous-alimentation. Les statistiques du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Rapport mondial sur les crises alimentaires stipulent que 266 millions de personnes sont confrontées à une faim aigüe dans plusieurs dizaines de pays. Les conflits, notamment au Moyen-Orient et au Soudan, demeurent le principal facteur aggravant.

Comment parer au pire en accentuant la sensibilisation sur les enjeux de la sécurité alimentaire et en encourageant des pratiques de production et de consommation responsables ? Nécessairement en adoptant de nouveaux réflexes pour mieux s'adapter au contexte qui est soumis non seulement aux aléas climatiques, mais aussi aux cycles des conflits. Le thème de la présente Journée mondiale de l'Alimentation intitulée « Innover aujourd'hui pour assurer la sécurité alimentaire de demain » se justifie à bien d'égards dans la mesure où il importe de se réinventer pour mieux affronter le défi de la sécurité alimentaire.

Innover suppose de s'inscrire dans une dimension d'anticipation en ayant une maîtrise des données. Grâce à une technologie comme l'intelligence artificielle, l'on peut avoir une estimation en temps réel des besoins des populations et prévoir l'aide appropriée. L'utilisation de l'intelligence artificielle peut aider à fournir un appui efficient aux acteurs du système alimentaire que sont, entre autres, les agriculteurs, les transformateurs et les transporteurs.

L'innovation peut se déployer également dans une gestion plus intelligente des données météorologiques. Grâce à l'IA, l'on peut optimiser l'analyse desdites données afin d'aider les agriculteurs à mieux s'adapter aux aléas climatiques. Une bonne utilisation de ces informations permet de faire le meilleur choix des cultures adaptées en tenant compte de la pluviométrie. Un phénomène comme El Nino perturbe sérieusement les cycles des saisons, occasionnant des inondations et des sécheresses dans plusieurs régions du monde. Pour lutter un tant soit peu contre ses effets dévastateurs, il sied d'encourager l'utilisation d'un outil comme l'IA. En ce sens, une assistance technique devrait être suffisamment apportée au monde agricole afin qu'il puisse surmonter les contraintes du changement climatique.

Innover revient par ailleurs à renforcer les capacités de résilience des systèmes alimentaires à travers une collecte des données sur le terrain. Par exemple, un système d'assistance alimentaire à des populations en difficultés obtiendra des résultats satisfaisants dans la mesure où il arrive à mieux collecter les données, à les analyser et à planifier l'aide. Comme l'a indiqué Jean-Martin Bauer, directeur de la Division de l'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition du PAM, « nous vivons à une époque où il est possible de suivre l'évolution de la situation en temps réel, à condition d'investir en permanence dans ces systèmes de données, non seulement pour continuer à mettre en place les plateformes nécessaires, mais aussi pour garantir que celles-ci puissent accéder en permanence aux données requises. »

Au regard de la récurrence des crises à travers le monde, pour œuvrer en faveur d'une sécurité alimentaire, il apparaît également judicieux de soutenir les économies locales afin qu'elles puissent réussir le pari de la transformation des produits. Transformer localement les produits permet de diversifier leur usage alimentaire. À titre illustratif, une expérience chinoise a permis d'utiliser le manioc pour faire du pain au Congo. Cette initiative a permis d'augmenter le potentiel d'utilisation de la filière manioc. Désormais, les populations savent qu'en plus de la farine de blé, l'on peut obtenir également du pain à partir du manioc. En plus d'offrir une alternative alimentaire, cette expérience permet une culture exponentielle du manioc et une augmentation des revenus des producteurs.

La sécurité alimentaire ne sera effective que dans une dynamique d'adaptation. S'adapter suppose que l'on puisse soutenir de manière structurée les économies locales en finançant la transformation des produits agricoles. Cela implique également de suppléer aux perturbations des cycles normaux des saisons en développant davantage les cultures de contre-saison par le biais de méthodes comme l'irrigation et la culture goutte-à-goutte. Tout cela conjugué à une assistance technique apportée au monde agricole et à une utilisation de l'IA pourrait ouvrir des passerelles vers une alimentation de qualité et une sécurité alimentaire. Toutefois, le véritable défi demeure la cessation des conflits stériles qui exposent les populations à la vulnérabilité. 

Vendredi 16 Octobre 2026
CGTN



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