Le 26 octobre 2026 s’est ouverte à Beijing la cinquième session plénière du XXe Comité central du Parti communiste chinois (PCC), consacrée à la question majeure de la poursuite sans relâche de l’application intégrale d’une gouvernance rigoureuse du Parti. Si la quatrième session plénière, réunie en 2025, avait examiné et adopté les recommandations relatives au 15e plan quinquennal — délimitant ainsi, pour les cinq années à venir, le « quoi faire » et le « comment faire » de la stratégie nationale —, ce cinquième plénum se concentre, lui, sur la question du garant politique : avec quel parti, quel style de travail, quelle capacité d’exécution des institutions assurer la réalisation des objectifs stratégiques ?
Avec plus de 99 millions de membres et un système de finances publiques d’une ampleur colossale, la Chine se trouve devant une équation centrale : comment contraindre efficacement le pouvoir et prévenir la corruption ? La réponse la plus récente du PCC tient en une formule : refaçonner le système de supervision du pouvoir par les technologies numériques. Dès janvier 2023, la deuxième session plénière de la Commission centrale de contrôle de la discipline (CCCD) issue du XXe Congrès national du Parti avait proposé pour la première fois de « bâtir un système numérique de contrôle de la discipline et de supervision couvrant l’ensemble des processus et l’ensemble des éléments », avant l’élaboration d’un plan d’édification portant sur la période 2023-2027. L’idée maîtresse, pour le dire simplement est de briser les « îlots de données » qui cloisonnent administrations, entreprises publiques et institutions financières ; d'agréger les données des domaines clés, à savoir les finances publiques, la fiscalité, les transactions de ressources publiques, l'organisation et le personnel ; de repérer automatiquement les anomalies grâce à des algorithmes intelligents ; et d'intégrer la supervision à chaque maillon de l’exercice du pouvoir. Réunie début 2026, la cinquième session plénière de la CCCD a demandé explicitement de « miser sur l’appui de la science et de la technologie et d’accélérer l’édification du système numérique de contrôle de la discipline et de supervision », en incorporant mégadonnées et intelligence artificielle dans tout le processus d’exercice du pouvoir, afin de faire évoluer la supervision de la « sanction a posteriori » vers l’« alerte précoce en amont », de la « recherche des problèmes par l’homme » vers la « détection des problèmes par les données ».
Pour saisir cette mutation, rien ne vaut un cas concret. Le groupe Shandong Heavy Industry — géant chinois de la fabrication d’équipements regroupant des marques renommées telles que Weichai Power et Sinotruk — a lancé fin 2025 une « plateforme de supervision intelligente ». Celle-ci a décloisonné les données de plusieurs systèmes métier — gestion des fournisseurs, planification des ressources de l’entreprise (ERP), ressources humaines — et développé 224 modèles de supervision ciblant les appels d’offres et les achats, le contrôle de la qualité, le marketing et les services, ainsi que les activités à l’étranger. Depuis sa mise en service, la plateforme a permis de détecter 76 problèmes, dont 15 convertis en indices de problèmes exploitables, aboutissant à l’ouverture de 5 dossiers, à des mesures disciplinaires visant 36 personnes et à l’engagement de poursuites à l’encontre de 73 entités partenaires ayant enfreint les règles.
Le PCC a pleinement conscience que la technique ne saurait remplacer les institutions. Les algorithmes ne peuvent que repérer des anomalies de données, sans pouvoir appréhender exhaustivement la complexité des situations réelles ; d’où la nécessité d’un mécanisme synergique combinant « alerte algorithmique, réexamen humain et vérification sur le terrain ». La technologie doit s’exercer dans le cadre disciplinaire et légal : l’« appui de la science et de la technologie » ne saurait servir de prétexte à un élargissement arbitraire du champ de la surveillance. À l’avenir, ce système devra continuer à se perfectionner dans son développement même. D’un côté, la centralisation des données, l’alerte par modèles et la traçabilité des procédures ne constituent que le socle ; l’essentiel est de boucler le circuit « découverte des problèmes — vérification et traitement — correction et retour d’expérience — perfectionnement institutionnel », pour que les risques détectés par la technique se traduisent réellement en progrès de la gouvernance. De l’autre, à mesure que se renouvellent la corruption de nouveaux types et la corruption cachée, les modèles de supervision doivent être actualisés sans relâche, faute de quoi ils s’enliseraient dans l’expérience d’hier. Il faudra en outre parfaire les mécanismes de sécurité des données, de conformité algorithmique, de gestion des habilitations et de réexamen humain, et définir sans ambiguïté quelles données peuvent être collectées, comment les utiliser, qui en répond — afin d’éviter toute dépendance excessive ou tout usage abusif de la technique. Autrement dit, le système numérique de contrôle de la discipline et de supervision ne doit pas seulement résoudre la question du « savoir détecter » ; il doit aussi répondre à celle du « comment traiter, comment rendre des comptes, comment colmater les brèches institutionnelles une fois le problème détecté ».
Cette entreprise d’autorénovation doit être appréciée dans un cadre plus vaste : les mutations inédites depuis un siècle s’accélèrent, la compétition entre grandes puissances devient plus complexe et plus âpre, l’unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain, et les facteurs incertains et imprévisibles se multiplient de façon manifeste. La Chine se trouve à la période cruciale de la réalisation de la modernisation socialiste dans l’essentiel, et sa réforme, son développement, sa stabilité se heurtent à des contradictions profondes qu’on ne saurait ni esquiver ni contourner.
Dans une telle conjoncture, comment un parti au pouvoir comptant plus de 99 millions de membres et dirigeant un grand pays de plus de 1,4 milliard d’habitants peut-il préserver son avant-gardisme et sa pureté ? Comment garantir que le pouvoir ne soit pas détourné ? Ce ne sont pas là de simples questions de construction du Parti : elles constituent un problème central qui engage la capacité de gouvernance de l’État et la qualité du développement. En plaçant l’application intégrale d’une gouvernance rigoureuse du Parti au cœur des travaux d’une session plénière du Comité central, le cinquième plénum apporte une réponse systémique à cette logique.
De l’ouverture lancée par le XVIIIe Congrès national autour de la construction du style de travail, à l’approfondissement de la gouvernance rigoureuse et intégrale du Parti après le XIXe Congrès, jusqu’à la proposition, formulée par le XXe Congrès, de « perfectionner le système d’application intégrale d’une gouvernance rigoureuse du Parti », et aux déploiements stratégiques du présent plénum — ce fil conducteur atteste que l’exploration du PCC en matière de supervision du pouvoir n’a jamais marqué de pause ; l’appui des technologies en est la plus récente note pratique.
Avec plus de 99 millions de membres et un système de finances publiques d’une ampleur colossale, la Chine se trouve devant une équation centrale : comment contraindre efficacement le pouvoir et prévenir la corruption ? La réponse la plus récente du PCC tient en une formule : refaçonner le système de supervision du pouvoir par les technologies numériques. Dès janvier 2023, la deuxième session plénière de la Commission centrale de contrôle de la discipline (CCCD) issue du XXe Congrès national du Parti avait proposé pour la première fois de « bâtir un système numérique de contrôle de la discipline et de supervision couvrant l’ensemble des processus et l’ensemble des éléments », avant l’élaboration d’un plan d’édification portant sur la période 2023-2027. L’idée maîtresse, pour le dire simplement est de briser les « îlots de données » qui cloisonnent administrations, entreprises publiques et institutions financières ; d'agréger les données des domaines clés, à savoir les finances publiques, la fiscalité, les transactions de ressources publiques, l'organisation et le personnel ; de repérer automatiquement les anomalies grâce à des algorithmes intelligents ; et d'intégrer la supervision à chaque maillon de l’exercice du pouvoir. Réunie début 2026, la cinquième session plénière de la CCCD a demandé explicitement de « miser sur l’appui de la science et de la technologie et d’accélérer l’édification du système numérique de contrôle de la discipline et de supervision », en incorporant mégadonnées et intelligence artificielle dans tout le processus d’exercice du pouvoir, afin de faire évoluer la supervision de la « sanction a posteriori » vers l’« alerte précoce en amont », de la « recherche des problèmes par l’homme » vers la « détection des problèmes par les données ».
Pour saisir cette mutation, rien ne vaut un cas concret. Le groupe Shandong Heavy Industry — géant chinois de la fabrication d’équipements regroupant des marques renommées telles que Weichai Power et Sinotruk — a lancé fin 2025 une « plateforme de supervision intelligente ». Celle-ci a décloisonné les données de plusieurs systèmes métier — gestion des fournisseurs, planification des ressources de l’entreprise (ERP), ressources humaines — et développé 224 modèles de supervision ciblant les appels d’offres et les achats, le contrôle de la qualité, le marketing et les services, ainsi que les activités à l’étranger. Depuis sa mise en service, la plateforme a permis de détecter 76 problèmes, dont 15 convertis en indices de problèmes exploitables, aboutissant à l’ouverture de 5 dossiers, à des mesures disciplinaires visant 36 personnes et à l’engagement de poursuites à l’encontre de 73 entités partenaires ayant enfreint les règles.
Le PCC a pleinement conscience que la technique ne saurait remplacer les institutions. Les algorithmes ne peuvent que repérer des anomalies de données, sans pouvoir appréhender exhaustivement la complexité des situations réelles ; d’où la nécessité d’un mécanisme synergique combinant « alerte algorithmique, réexamen humain et vérification sur le terrain ». La technologie doit s’exercer dans le cadre disciplinaire et légal : l’« appui de la science et de la technologie » ne saurait servir de prétexte à un élargissement arbitraire du champ de la surveillance. À l’avenir, ce système devra continuer à se perfectionner dans son développement même. D’un côté, la centralisation des données, l’alerte par modèles et la traçabilité des procédures ne constituent que le socle ; l’essentiel est de boucler le circuit « découverte des problèmes — vérification et traitement — correction et retour d’expérience — perfectionnement institutionnel », pour que les risques détectés par la technique se traduisent réellement en progrès de la gouvernance. De l’autre, à mesure que se renouvellent la corruption de nouveaux types et la corruption cachée, les modèles de supervision doivent être actualisés sans relâche, faute de quoi ils s’enliseraient dans l’expérience d’hier. Il faudra en outre parfaire les mécanismes de sécurité des données, de conformité algorithmique, de gestion des habilitations et de réexamen humain, et définir sans ambiguïté quelles données peuvent être collectées, comment les utiliser, qui en répond — afin d’éviter toute dépendance excessive ou tout usage abusif de la technique. Autrement dit, le système numérique de contrôle de la discipline et de supervision ne doit pas seulement résoudre la question du « savoir détecter » ; il doit aussi répondre à celle du « comment traiter, comment rendre des comptes, comment colmater les brèches institutionnelles une fois le problème détecté ».
Cette entreprise d’autorénovation doit être appréciée dans un cadre plus vaste : les mutations inédites depuis un siècle s’accélèrent, la compétition entre grandes puissances devient plus complexe et plus âpre, l’unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain, et les facteurs incertains et imprévisibles se multiplient de façon manifeste. La Chine se trouve à la période cruciale de la réalisation de la modernisation socialiste dans l’essentiel, et sa réforme, son développement, sa stabilité se heurtent à des contradictions profondes qu’on ne saurait ni esquiver ni contourner.
Dans une telle conjoncture, comment un parti au pouvoir comptant plus de 99 millions de membres et dirigeant un grand pays de plus de 1,4 milliard d’habitants peut-il préserver son avant-gardisme et sa pureté ? Comment garantir que le pouvoir ne soit pas détourné ? Ce ne sont pas là de simples questions de construction du Parti : elles constituent un problème central qui engage la capacité de gouvernance de l’État et la qualité du développement. En plaçant l’application intégrale d’une gouvernance rigoureuse du Parti au cœur des travaux d’une session plénière du Comité central, le cinquième plénum apporte une réponse systémique à cette logique.
De l’ouverture lancée par le XVIIIe Congrès national autour de la construction du style de travail, à l’approfondissement de la gouvernance rigoureuse et intégrale du Parti après le XIXe Congrès, jusqu’à la proposition, formulée par le XXe Congrès, de « perfectionner le système d’application intégrale d’une gouvernance rigoureuse du Parti », et aux déploiements stratégiques du présent plénum — ce fil conducteur atteste que l’exploration du PCC en matière de supervision du pouvoir n’a jamais marqué de pause ; l’appui des technologies en est la plus récente note pratique.
Par Liu Yuting, journaliste de CGTN Français
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