Le préfet du département de Rufisque, Maguette Diouck, a lancé une vaste opération de désencombrement et de nettoiement sur le boulevard Maurice Guèye, du tronçon situé à hauteur de la clinique Rada, à la sortie du tunnel, jusqu’à la mosquée Toucouleur. Selon l’annonce faite sur la page Facebook de la Préfecture, cette initiative vise à améliorer le cadre de vie des populations et à faciliter la fluidité de la circulation.
Cette opération s’inscrit dans une longue série d’interventions similaires menées par les autorités administratives successives, après plusieurs interpellations de populations qui assistaient, impuissantes, à la détérioration progressive de l’image de la vieille ville. Parmi les initiatives les plus remarquées figure celle de l’ancien préfet Abdou Khadre Diop, dont les opérations, alliant sensibilisation, dialogue et fermeté, avaient largement circulé sur les réseaux sociaux et suscité de nombreux éloges. Mais malgré ces efforts répétés, le problème reste entier. Rufisque est devenu, à bien des égards, l’épicentre de l’occupation anarchique de l’espace public dans la région de Dakar. Le véritable enjeu ne réside plus dans la capacité à déguerpir, mais dans le suivi et la pérennisation des résultats obtenus.
Il s’agit par ailleurs, d’identifier les responsabilités qui empêchent ces opérations de produire des effets durables. Les collectivités territoriales, et en particulier les maires, devraient être en première ligne de cette lutte. Or, dans certaines communes, des pratiques contribuent paradoxalement à entretenir le phénomène : la perception de taxes auprès d’occupants du domaine public, parfois dans des conditions contestables, laisse penser que l’occupation anarchique est tolérée, voire encouragée. Plus grave encore, certains élus vont jusqu’à aménager ou autoriser l’installation de cantines sur des emprises qui devraient rester libres, invoquant le manque de ressources financières pour faire fonctionner leurs municipalités, une attitude pour le moins irresponsable.
La responsabilité ne saurait toutefois être imputée aux seuls élus. Les populations elles-mêmes, qui dénoncent régulièrement l’état de leur cadre de vie, ont un rôle à jouer : le silence face à certaines pratiques contribue à leur banalisation. Se pose également la question des résistances locales, parfois manifestes, face aux opérations menées par les autorités administratives.
Au fond, le problème de Rufisque ne se résume pas à des opérations ponctuelles de déguerpissement ou de nettoiement : c’est un problème de gouvernance, de coordination et, surtout, de suivi. Tant que les espaces libérés seront réoccupés quelques semaines ou quelques mois plus tard, la mobilisation d’agents, de véhicules et de ressources financières importantes ne produira que des résultats éphémères.
Trouver une solution durable aux problèmes de mobilité et d’occupation de l’espace public à Rufisque suppose d’identifier sans complaisance ni parti pris, l’ensemble des responsabilités. Le désencombrement ne peut rester une opération ponctuelle portée par le seul préfet et ses services : il doit devenir une politique permanente, conjointement assumée par l’État, les collectivités territoriales et les populations. À défaut, poursuivre le désencombrement sans s’attaquer à ses causes profondes reviendrait à une perte de temps et d’argent.
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