Al Bayane : le média confessionnel qui a conquis le cœur des Ivoiriens.


Ce Mardi 22 février marquant le deuxième jour du séminaire d’Equal Acces International à l’intention des journalistes d’Afrique de l’Ouest et du Nord sur le rôle des médias dans la lutte contre l’extrémisme violent, une visite s’est effectuée au siège d’un média ivoirien et pas des moindres : Al Bayane. Logé au quartier Riviera Golfe, dans la commune de Cocody, à Abidjan, ce média est « vieux » de 20 ans. 

Arrivés un peu avant 14 heures, nous sommes accueillis et installés dans la salle de rédaction par le Directeur des Programmes. Quelques minutes après, nous sommes rejoints par l’Imam Djiguiba Cissé. 
Nicolas Pinault d’Equal Access International décline l’objet de la visite et introduit notre hôte dont les premiers mots ont été consacrés aux formules d’usage de bienvenue. 

Début incertain 

Ensuite, il prend le temps de revenir sur la naissance de notre lieu de « pèlerinage ». Il nous apprend sur un ton calme et à travers des mots soigneusement choisis que tout est parti des années 90 avec les vaines tentatives de créer un journal.

Suite à cela, une association connue aujourd’hui sous le nom de « Conseil national islamique » a été portée sur les fonts baptismaux. Il s’agissait à l’époque pour les musulmans de faire part de leurs « doléances » au président d’alors, Félix Houphouët Boigny. Ces demandes avaient pour nom l'obtention d’une fréquence pour une radio, d’une mosquée au quartier Plateau, la reconnaissance des écoles musulmanes comme des écoles confessionnelles. Il a été aussi réclamé que les fêtes musulmanes soient décrétées fériées et que la gestion du pèlerinage à la Mecque soit confiée à la communauté musulmane.

En 1993, le défunt chef de l’État accède à toutes ces demandes. Mais il faudra patienter huit ans pour que la radio Al Bayane émette. 
D’obédience religieuse, la radio qui s’est fixée comme objectif d’atteindre un large public, s’est doté de moyens devant lui permettre d’améliorer son contenu.

La formation étant primordiale selon son directeur général, Imam Djiguiba Cissé, des efforts colossaux ont été faits pour « professionnaliser le personnel ». Ce qui permet à la radio Al Bayaan de gagner en crédibilité d’autant plus que son ambition est de couvrir toute l’étendue du territoire. À cet effet, les langues de départ, à savoir le français, l’arabe et l’anglais ont été rejoints par au moins une vingtaine de langues locales. 


À la dixième année, se souvient le Directeur Général, le contact est établi avec des plateformes internationales suite à une suggestion du directeur de la Radio, Ibrahima Doucouré.  Radio France internationale (RFI) est la première à travailler avec Al Bayane qui multiplie les expériences en nouant des contacts avec d’autres structures médiatiques connues et reconnues mondialement. 

Cependant, la question qui peut tarauder plus d’un est de savoir comment une radio confessionnelle dont 60% des programmes sont théologiques est devenue la plus écoutée en Côte d’Ivoire où les musulmans représentent selon le dernier sondage 42% de la population ?

Une radio confessionnelle qui rassemble 

À l’occasion de son intervention, le Directeur général Imam Djiguiba Cissé a donné la clé de ce succès. L’idée dès le départ était de prôner le vivre-ensemble. « Nous avons une belle religion, pourquoi effrayer les gens », se demande-t-il. Pour cet imam qui a démarré sa carrière dans les médias en 1987, « le message doit être une contribution à l’essor de développement pour l’Afrique ». 

Dans sa compréhension du rôle d’un média, fut-il thématique, il est évident que les murs de la méfiance doivent être brisés. Pour gagner ce pari, l’Imam Cissé révèle qu’il n’a pas hésité à faire appel à la communauté chrétienne pour intervenir aux antennes d’Al Bayane pour « l’unité nationale ». Il se rappelle aussi du rôle joué par Al Bayane pour calmer les esprits lorsque des téméraires ont tenté de pousser les musulmans à la révolte suite à la destruction de certaines mosquées lors de la crise politique de 2010. 

D’après le Directeur Général, c’est le même esprit qui anime encore les employés de cette radio. Dans le choix des journalistes et des consultants, la crème est recherchée. Car selon lui, « le micro est une drogue pour certains ». Pour éviter une overdose, il fait savoir que tout est contrôlé pour éviter des dérapages à l’antenne. C’est d’autant plus nécessaire que l’unité ivoirienne est rudement mise à l’épreuve ces dernières années avec des attaques répétitives dans la partie nord du pays.

« Nous ne prenons pas l’argent de l’Étranger »

En mars 2016, le pays enregistrait sa première attaque terroriste, précisément à Grand Bassam. « On traite les sujets sur la violence », assume-t-il en précisant que l’accent est mis sur la promotion d’un Islam « médian » en vue de déconstruire le discours radical.

« L’extrémisme, c’est la voie de l’ignorance et de l’intolérance et l’Islam ne peut être acceptée par la voie de la violence », philosophe cet excellent communicant qui renseigne d’ailleurs que c’est pour ne pas se faire dicter sa ligne éditoriale que la radio n’accepte aucune aide des « pays arabes ». Al Bayane qui dispose d’une télévision depuis 2020, est présent depuis une semaine « sur la technologie IP ». Une belle avancée qui rend fier l’Imam Djiguiba Cissé, même s’il reste de grands défis à relever. 


À la fin de son exposé suivi de questions auxquelles il a répondu de manière précise, une visite guidée des lieux est organisée. On découvrira qu’Al Bayane compte trois studios modulables pour la radio et un studio télé où peuvent être tournées plusieurs émissions. C’est sur cette note que nous avons pris congé d’Al Bayane, accompagné par l’appel à la prière de la mosquée contiguë…
Mardi 22 Février 2022
Dakaractu



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