5 octobre 2003 - 5 octobre 2022 / Il y a 19 ans, Talla Sylla se faisait agresser devant le Régal à coups de marteau : Entre souvenirs, prières et pardon !

Connu pour son opposition farouche au régime libéral d’alors, quelques années après l’arrivée du Président Wade au pouvoir, Talla Sylla s’était distingué comme le principal opposant du président Wade du fait de ses sorties acerbes et répétées. La sortie en 2003, de son album hostile à Wade dans lequel il l’invite à quitter le pouvoir en est la parfaite illustration. C’est ainsi que le leader du parti Jëf-Jël, Talla Sylla est agressé nuitamment à Dakar le 5 octobre 2003. Talla Sylla reçoit des coups de marteau en représailles contre sa posture « antisystème libéral ». Entre temps beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et aujourd’hui 05 Octobre 2022, dix-neuf ans après cette agression, les souvenirs restent toujours.


Une vie de Combat

Agé de 37 ans à l’époque, Talla Sylla fut un politicien turbulent qui refuse de tomber dans l’inertie mécaniquement engendré par le fonctionnement des grands partis politiques. Et cette logique de contestation et d’éternelle remise en cause le conduisent souvent à des prises de position spectaculaires dont se délecte la presse locale. Ex-militant du PDS (Parti démocratique sénégalais) au pouvoir, il a créé en son sein un mouvement « Jeunesse pour l’alternance » pour soutenir la candidature de l’actuel président Abdoulaye Wade, dont les thèmes de campagne ont souvent été en faveur de l’alternance politique à la tête de l’État. Il crée par la suite l’Alliance pour le progrès et la justice / Jëf-Jël. Élu député et porté à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, Talla Sylla ne se sent plus frappé par une obligation de réserve et un devoir de solidarité envers ses amis du PDS. « Notre démocratie marche à reculons », dit-il en prédisant un chaos pour le peuple sénégalais si rien n’est fait pour mettre un frein aux pratiques actuelles de ceux qui ont été portés au pouvoir à la faveur de l’alternance politique. En décembre 2001, il démissionne de tous ses mandats électifs obtenus sous la bannière libérale. « J’ai échappé à une logique carriériste, qui voulait que je rentre dans le rang et que j’attende mon tour. J’ai démissionné le 8 décembre du PDS. C’est encore à cette date que j’ai claqué la porte à l’Assemblée nationale. J’ai refusé de me courber pour des avantages visant à préserver ma carrière politique », avait-il dit, dans une interview avec la presse nationale.
 
L’album de trop
 
Poursuivant sa logique de farouche opposant de Wade, Talla Sylla ne manquait aucune occasion de marquer sa différence avec le régime en demandant par exemple l’instauration d’une d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur le différend qui opposait l’ancien pouvoir d’Abdou Diouf à celui d’Abdoulaye Wade au sujet de l’utilisation des recettes de la privatisation de la SENELEC. Le bouillant député s’était aussi indigné d’une ligne budgétaire aux sommes astronomiques affectées aux fêtes et cérémonies de la présidence de la République. Talla Sylla s’est opposé à une tradition républicaine qui admet le vote du budget de la présidence et de l’Assemblée sans débat. Il justifie sa position par des priorités plutôt en faveur des populations sinistrées par des inondations à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Mais c’est la dernière foucade de l’ex-député qui a apparemment exaspéré certaines personnes qui sont passées à l’acte. En effet, alors qu’il vient de faire paraître un disque intitulé « Ablaye abal nu » (Abdoulaye Wade » bouge de là) dans lequel il critique les trois années du pouvoir du président Abdoulaye Wade président. Le chef du parti politique Jëf-Jël est agressé à Dakar dans la nuit du 5 au 6 octobre 2003. Ses agresseurs l’ont roué de coups de marteau au visage, au crâne et dans les côtes avant de prendre la poudre d'escampette à bord d’une voiture banalisée, laissant le leader politique grièvement blessé avec de nombreuses fractures. Il est ainsi interné à l’hôpital Principal de Dakar avant d’être évacué à Paris à l’Hôpital européen Georges Pompidou pour un meilleur suivi des traitements.
 
05 Octobre 2022, entre souvenirs, prières et pardon
 
Entre 2003 et 2022 beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Dix-neuf ans après cette agression les souvenirs restent toujours chez le concerné Talla Sylla même s’il refuse tout commentaire sur cet évènement pour avoir déjà accordé son pardon à « ses agresseurs ». De l’autre côté, ses proches collaborateurs gardent aussi jalousement en souvenir la date du 05 Octobre 2022. C’est le cas de Serigne Saliou Bousso, proche collaborateur de Talla Sylla. L’ancien vice-président de la coalition Faal Askan Wi garde en mémoire de profonds souvenirs du 05 Octobre 2003. « C’est une date que n’oublierai jamais si facilement dans la vie », témoigne-t-il au téléphone de Dakaractu, avant de poursuivre sa narration. « A l’époque j’étais à Dakar. Talla m’a appelé le 04 Octobre au téléphone, parce que je devais retourner à Mbacké le 06 Octobre. Il avait prévu qu’on se voit pour qu’il puisse me remettre un lot de K7 de son nouvel Album « Baye Gorgui », pour le distribuer aux militants et sympathisants. Malheureusement il est agressé dans la nuit du 05 octobre », se souvient encore Saliou Bousso.
 
Une nouvelle terrible qui l’affecte profondément au petit matin du 06 Octobre 2003, que les médias avaient fini de faire répandre un peu partout sur la planète. « Le leader du parti Jëf-Jël, Talla Sylla a été agressé à coups de marteau au restaurant le Régal ».  Saliou Bousso n’en revient toujours pas. « C’était une triste nouvelle qui avait secoué tout le pays et même le monde entier. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est lorsqu’il a été interné à l’hôpital Principal de Dakar, je faisais partie des rares personnes qui avaient accédé à lui. Lorsque je suis entré dans sa salle d’hospitalisation, il a voulu me serrer la main. Mais il ne pouvait pas parce que son corps était attaché de bandage un peu partout. Et là je ne pouvais plus me retenir. L’image me revient toujours à l'esprit esprit d’ailleurs », se souvient encore le proche collaborateur de Talla. Dix neuf ans après cette agression, « aujourd’hui l’heure est au souvenir, à la prière et au pardon », a laissé entendre Saliou Bousso qui précise que cette date est maintenant retenue comme une journée de pardon et de prière. « Depuis le 05 Octobre 2010, lorsque Talla Sylla a pris la décision de pardonner à toutes les personnes impliquées dans cette affaire, il m’a confié l’organisation des prières à chaque anniversaire du 05 octobre. C’est maintenant devenu une journée de prière pour ses anciens proches qui ne sont plus dans ce bas monde y compris même ceux qui l’avaient agressé », conclut Saliou Bousso joint par Dakaractu…
Mercredi 5 Octobre 2022



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