Contribution- Soutenabilité de la dette publique extérieure et Plan Sénégal Emergent


Contribution- Soutenabilité de la dette publique extérieure et Plan Sénégal Emergent
 Les partenaires techniques et financiers du Sénégal ont pris l’engagement de contribuer au Plan Sénégal Emergent (PSE). Cet engagement chiffré à 3927,4 milliards FCA, une fois tenu, va se traduire par un alourdissement significatif de la dette publique extérieure du Sénégal. L’analyse de la dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire montre que le Sénégal s’est souvent endetté pour payer sa dette. Cette analyse fournit des enseignements utiles aux fins d’éviter « l’effet boule de neige » de la dette publique dans le Plan Sénégal Emergent.
 
           Dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire    
                
         La littérature relative à la solvabilité de la dette publique extérieure et à la soutenabilité de la politique budgétaire pose, entre autres, l’hypothèse de solvabilité en termes d’équilibre entre l’encours de la dette et la valeur actualisée des surplus primaires anticipés ou entre le taux d’intérêt réel et le taux de croissance du PIB dont dépend l’évolution de la dette.
         Si la production escomptée croît à un taux supérieur au taux d’intérêt réel, le gouvernement n’est soumis à aucune contrainte budgétaire. Il n’existe aucune borne à l’augmentation de la dette puisque la croissance du PIB permet de financer le service de la dette. Dans le cas contraire, l’Etat n’est pas solvable et sa politique budgétaire n’est pas soutenable.
         Sur le plan empirique, deux règles découlant de ce paradigme ressortent: pour que la dette publique extérieure soit soutenable, il faut alternativement que la balance commerciale soit excédentaire (valeur des exportations supérieure à celle des importations), que le taux de croissance de la production dépasse le taux d’intérêt réel.
         Nous allons illustrer nos propos en nous référant à deux grands groupes de régimes de croissance observés selon qu’ils sont caractérisés par la mise en œuvre ou non de réformes et en nous appuyant sur les statistiques de la BCEAO, de la Banque Mondiale et du FMI.
Le premier groupe correspond à la période 1965-1979, marqué par la crise en fin de période. Le deuxième groupe est marqué par la réforme sous pression des bailleurs de fonds et il correspond aux périodes suivantes : 1980-1985 ; 1986-1994 ; 1994-2001 ; 2002-2010.
           La question de la dette est incontournable dans ces réformes.
 
           Le régime de pré-réforme 1965-1979
 
Le Sénégal n’est pas en mesure de générer des excédents extérieurs avec lesquels il pourrait rembourser la dette publique. Ainsi, la première condition de solvabilité n’est pas remplie : le déficit commercial se chiffre à -155 millions de dollars US. L’effet « boule de neige » de la dette publique est vérifié : l’Etat a eu recours à la dette pour payer ses dettes
Deuxième condition (non significative dans ce régime) de solvabilité : le taux de croissance du PIB (2,2% en moyenne) est supérieur au taux d’intérêt réel (-3,8% en moyenne).
Remarquons que les taux d’intérêt ne sont pas un bon indicateur en cas de répression financière car il n’est pas déterminé par le marché mais par l’Etat. La libéralisation financière permet de relever les taux, restés fortement négatifs au Sénégal de 1965 à 1985.
       Concernant la dette, elle absorbe en moyenne 68,6 % des exportations et 23,6 % du PIB  entre 1965 et 1979. En juin 1979, le Sénégal se déclare en cessation de paiements.
 
  Les régimes de réforme
 
       De 1980 à 2010, le Sénégal a régulièrement enregistré un déficit de sa balance commerciale : -351 millions de dollars US en moyenne. La même tendance est observée pour les années suivantes.
        La chute des  exportations dans le PIB est couplée à l’augmentation ininterrompue des importations entraînée par l’accroissement des importations alimentaires.
L’effet « boule de neige » de la dette publique est observé : le Sénégal s’est endetté pour payer sa dette.
         Il en de même si on prend le second critère de solvabilité de la dette publique: le taux de croissance du PIB est souvent resté inférieur au taux d’intérêt réel.
         Ainsi dans la période 1980-1985, le taux d’intérêt (3,2% en moyenne) est resté supérieur au taux de croissance du PIB (2,1% en moyenne).
         Cependant, après la dévaluation du franc CFA, est enregistré un taux de croissance du PIB (5,3% en moyenne) supérieur au taux d’intérêt réel (2,1% en moyenne) en considérant la période 1995-2001 : l‘effet « boule de neige » n’est pas confirmé au regard du second critère de solvabilité de la dette publique. Ce résultat est corrélé à la libéralisation financière.
           Néanmoins, sur l’ensemble de la période 1980-2010, la dette publique extérieure du Sénégal n’a pas été soutenable. De 1995 à 2001, l’encours de la dette publique en pourcentage du PIB est supérieur à 70 %, la norme de convergence de l’UEMOA.
           La faible spécialisation du Sénégal et sa forte propension à importer entretenue par une logique de répartition irrationnelle et un recours excessif aux crédits commerciaux expliquent ses niveaux d’endettement.
          Les difficultés du Sénégal se concrétisent alors par un service de la dette extérieure qui  ,dans le régime 1986-1994, est quasiment égale au double (213 millions de dollars US) de ce qu’il était dans le régime 1980-1985 (116,5).
Malgré la baisse du service de la dette publique extérieure (admission au PPTE), le taux d’endettement extérieur (dette totale/PIB) a augmenté de 2007 à 2009 pour s’établir à 27,3% en moyenne
         Le cas du Sénégal illustre parfaitement les deux causes à l’origine de la dévaluation du franc CFA : l’endettement et les dé-ajustements commerciaux.
 
         Quels enseignements pour le Plan Sénégal Emergent ?
 
         L’analyse de la dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire conduit à affirmer que la dette publique extérieure du Sénégal, dans l’ensemble, n’a jamais été soutenable aussi bien sur le plan économique que social. D’où les difficultés de ce pays à être émergent.
          Ainsi, dans le PSE, il s’avère nécessaire :
- de réaliser un taux de croissance du PIB supérieur au taux d’intérêt réel. Pour cela il convient d’abord d’intégrer les conditions définies dans notre contribution récemment publiée « Succès sous conditions du Plan Sénégal Emergent » : mettre en place un cadre institutionnel amélioré et sécurisé, prendre en compte le rôle de l’Etat pour instaurer une économie mixte et la soutenabilité politique et sociale des réformes. Il convient ensuite d’inciter les autorités compétentes à rechercher des crédits à des taux concessionnels et à mener une politique prudente d’expansion monétaire pour baisser les taux d’intérêt réel.
- de donner la priorité aux exportateurs : vu l’importance des exportations pour la croissance, le Sénégal devrait être attentif aux besoins des exportateurs et se fixer pour règle de leur donner la priorité. Un moyen facile de le faire est de supprimer les réglementations superflues, en leur donnant automatiquement accès aux devises, en supprimant les monopoles d’exportation et en facilitant leur accès aux intrants intermédiaires et aux biens d’équipement.
- de rationaliser les barrières aux importations : le Sénégal doit poursuivre la libéralisation des importations en levant les barrières non tarifaires dans l’intérêt de la rationalisation du régime commercial et de la transparence. L’effort devrait porter sur l’établissement d’un calendrier réaliste de substitution des droits de douane aux barrières non tarifaires.
De même, il faudrait simplifier la structure tarifaire, ramener les taux les plus élevés à des niveaux plus modérés et instaurer une taxe minimale pour les exportateurs ayant accès aux importations en franchise. Souvent, ces réformes peuvent générer suffisamment de recettes pour compenser un abaissement relativement important de l’ensemble des droits, tout en contribuant à la création d’un environnement plus compétitif et à la réalisation des gains de productivité.
-d’opérer des changements dans la politique économique et sociale afin de diversifier l’économie et de faire jouer efficacement à la dette extérieure son rôle d’accélérateur de la croissance et non de facteur d’appauvrissement économique et social.
         Ainsi, il est impératif que l’endettement extérieur dans le PSE s’accompagne d’un processus d’accumulation du capital favorable à la croissance, avec les vingt-sept projets du PSE qui doivent être rentables, managés par des compétences techniques avérées comme le demande Monsieur le Président de République lors du conseil des ministres du 27 mars 2014, au lieu de favoriser la consommation.
          Le PSE doit être attentif au fait que la persistance des déficits budgétaires, les défauts de paiements, la faiblesse relative des remboursements et la multiplicité des mesures d’allégement de la dette créent un risque de stagnation (voire une contraction) des crédits extérieurs et la suspension du financement extérieur privé.
         Il est aussi utile d’intégrer les corrélations entre la dette publique extérieure et le taux de change effectif réel : tout endettement supplémentaire s’accompagne d’une dépréciation du taux de change réel.       
 Le surendettement peut donc avoir un effet néfaste sur le taux de change réel du Sénégal, ce qui peut être à l’origine des faibles performances économiques qui en fin de compte poussent au défaut de paiement (crise d’endettement, crise monétaire) et compromettent l’émergence.
 
 
 
Soutenabilité de la dette publique extérieure et Plan Sénégal Emergent 
 
 
 
         Les partenaires techniques et financiers du Sénégal ont pris l’engagement de contribuer au Plan Sénégal Emergent (PSE). Cet engagement chiffré à 3927,4 milliards FCA, une fois tenu, va se traduire par un alourdissement significatif de la dette publique extérieure du Sénégal. L’analyse de la dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire montre que le Sénégal s’est souvent endetté pour payer sa dette. Cette analyse fournit des enseignements utiles aux fins d’éviter « l’effet boule de neige » de la dette publique dans le Plan Sénégal Emergent.
 
           Dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire    
                
         La littérature relative à la solvabilité de la dette publique extérieure et à la soutenabilité de la politique budgétaire pose, entre autres, l’hypothèse de solvabilité en termes d’équilibre entre l’encours de la dette et la valeur actualisée des surplus primaires anticipés ou entre le taux d’intérêt réel et le taux de croissance du PIB dont dépend l’évolution de la dette.
         Si la production escomptée croît à un taux supérieur au taux d’intérêt réel, le gouvernement n’est soumis à aucune contrainte budgétaire. Il n’existe aucune borne à l’augmentation de la dette puisque la croissance du PIB permet de financer le service de la dette. Dans le cas contraire, l’Etat n’est pas solvable et sa politique budgétaire n’est pas soutenable.
         Sur le plan empirique, deux règles découlant de ce paradigme ressortent: pour que la dette publique extérieure soit soutenable, il faut alternativement que la balance commerciale soit excédentaire (valeur des exportations supérieure à celle des importations), que le taux de croissance de la production dépasse le taux d’intérêt réel.
         Nous allons illustrer nos propos en nous référant à deux grands groupes de régimes de croissance observés selon qu’ils sont caractérisés par la mise en œuvre ou non de réformes et en nous appuyant sur les statistiques de la BCEAO, de la Banque Mondiale et du FMI.
Le premier groupe correspond à la période 1965-1979, marqué par la crise en fin de période. Le deuxième groupe est marqué par la réforme sous pression des bailleurs de fonds et il correspond aux périodes suivantes : 1980-1985 ; 1986-1994 ; 1994-2001 ; 2002-2010.
           La question de la dette est incontournable dans ces réformes.
 
           Le régime de pré-réforme 1965-1979
 
Le Sénégal n’est pas en mesure de générer des excédents extérieurs avec lesquels il pourrait rembourser la dette publique. Ainsi, la première condition de solvabilité n’est pas remplie : le déficit commercial se chiffre à -155 millions de dollars US. L’effet « boule de neige » de la dette publique est vérifié : l’Etat a eu recours à la dette pour payer ses dettes
Deuxième condition (non significative dans ce régime) de solvabilité : le taux de croissance du PIB (2,2% en moyenne) est supérieur au taux d’intérêt réel (-3,8% en moyenne).
Remarquons que les taux d’intérêt ne sont pas un bon indicateur en cas de répression financière car il n’est pas déterminé par le marché mais par l’Etat. La libéralisation financière permet de relever les taux, restés fortement négatifs au Sénégal de 1965 à 1985.
       Concernant la dette, elle absorbe en moyenne 68,6 % des exportations et 23,6 % du PIB  entre 1965 et 1979. En juin 1979, le Sénégal se déclare en cessation de paiements.
 
  Les régimes de réforme
 
       De 1980 à 2010, le Sénégal a régulièrement enregistré un déficit de sa balance commerciale : -351 millions de dollars US en moyenne. La même tendance est observée pour les années suivantes.
        La chute des  exportations dans le PIB est couplée à l’augmentation ininterrompue des importations entraînée par l’accroissement des importations alimentaires.
L’effet « boule de neige » de la dette publique est observé : le Sénégal s’est endetté pour payer sa dette.
         Il en de même si on prend le second critère de solvabilité de la dette publique: le taux de croissance du PIB est souvent resté inférieur au taux d’intérêt réel.
         Ainsi dans la période 1980-1985, le taux d’intérêt (3,2% en moyenne) est resté supérieur au taux de croissance du PIB (2,1% en moyenne).
         Cependant, après la dévaluation du franc CFA, est enregistré un taux de croissance du PIB (5,3% en moyenne) supérieur au taux d’intérêt réel (2,1% en moyenne) en considérant la période 1995-2001 : l‘effet « boule de neige » n’est pas confirmé au regard du second critère de solvabilité de la dette publique. Ce résultat est corrélé à la libéralisation financière.
           Néanmoins, sur l’ensemble de la période 1980-2010, la dette publique extérieure du Sénégal n’a pas été soutenable. De 1995 à 2001, l’encours de la dette publique en pourcentage du PIB est supérieur à 70 %, la norme de convergence de l’UEMOA.
           La faible spécialisation du Sénégal et sa forte propension à importer entretenue par une logique de répartition irrationnelle et un recours excessif aux crédits commerciaux expliquent ses niveaux d’endettement.
          Les difficultés du Sénégal se concrétisent alors par un service de la dette extérieure qui  ,dans le régime 1986-1994, est quasiment égale au double (213 millions de dollars US) de ce qu’il était dans le régime 1980-1985 (116,5).
Malgré la baisse du service de la dette publique extérieure (admission au PPTE), le taux d’endettement extérieur (dette totale/PIB) a augmenté de 2007 à 2009 pour s’établir à 27,3% en moyenne
         Le cas du Sénégal illustre parfaitement les deux causes à l’origine de la dévaluation du franc CFA : l’endettement et les dé-ajustements commerciaux.
 
         Quels enseignements pour le Plan Sénégal Emergent ?
 
         L’analyse de la dette publique extérieure, solvabilité et soutenabilité de la politique budgétaire conduit à affirmer que la dette publique extérieure du Sénégal, dans l’ensemble, n’a jamais été soutenable aussi bien sur le plan économique que social. D’où les difficultés de ce pays à être émergent.
          Ainsi, dans le PSE, il s’avère nécessaire :
- de réaliser un taux de croissance du PIB supérieur au taux d’intérêt réel. Pour cela il convient d’abord d’intégrer les conditions définies dans notre contribution récemment publiée « Succès sous conditions du Plan Sénégal Emergent » : mettre en place un cadre institutionnel amélioré et sécurisé, prendre en compte le rôle de l’Etat pour instaurer une économie mixte et la soutenabilité politique et sociale des réformes. Il convient ensuite d’inciter les autorités compétentes à rechercher des crédits à des taux concessionnels et à mener une politique prudente d’expansion monétaire pour baisser les taux d’intérêt réel.
- de donner la priorité aux exportateurs : vu l’importance des exportations pour la croissance, le Sénégal devrait être attentif aux besoins des exportateurs et se fixer pour règle de leur donner la priorité. Un moyen facile de le faire est de supprimer les réglementations superflues, en leur donnant automatiquement accès aux devises, en supprimant les monopoles d’exportation et en facilitant leur accès aux intrants intermédiaires et aux biens d’équipement.
- de rationaliser les barrières aux importations : le Sénégal doit poursuivre la libéralisation des importations en levant les barrières non tarifaires dans l’intérêt de la rationalisation du régime commercial et de la transparence. L’effort devrait porter sur l’établissement d’un calendrier réaliste de substitution des droits de douane aux barrières non tarifaires.
De même, il faudrait simplifier la structure tarifaire, ramener les taux les plus élevés à des niveaux plus modérés et instaurer une taxe minimale pour les exportateurs ayant accès aux importations en franchise. Souvent, ces réformes peuvent générer suffisamment de recettes pour compenser un abaissement relativement important de l’ensemble des droits, tout en contribuant à la création d’un environnement plus compétitif et à la réalisation des gains de productivité.
-d’opérer des changements dans la politique économique et sociale afin de diversifier l’économie et de faire jouer efficacement à la dette extérieure son rôle d’accélérateur de la croissance et non de facteur d’appauvrissement économique et social.
         Ainsi, il est impératif que l’endettement extérieur dans le PSE s’accompagne d’un processus d’accumulation du capital favorable à la croissance, avec les vingt-sept projets du PSE qui doivent être rentables, managés par des compétences techniques avérées comme le demande Monsieur le Président de République lors du conseil des ministres du 27 mars 2014, au lieu de favoriser la consommation.
          Le PSE doit être attentif au fait que la persistance des déficits budgétaires, les défauts de paiements, la faiblesse relative des remboursements et la multiplicité des mesures d’allégement de la dette créent un risque de stagnation (voire une contraction) des crédits extérieurs et la suspension du financement extérieur privé.
         Il est aussi utile d’intégrer les corrélations entre la dette publique extérieure et le taux de change effectif réel : tout endettement supplémentaire s’accompagne d’une dépréciation du taux de change réel.       
 Le surendettement peut donc avoir un effet néfaste sur le taux de change réel du Sénégal, ce qui peut être à l’origine des faibles performances économiques qui en fin de compte poussent au défaut de paiement (crise d’endettement, crise monétaire) et compromettent l’émergence.
 
 Dr Omar NDIAYE
Économiste
Convergence des Cadres Républicains / CCR-France
Mercredi 2 Avril 2014




1.Posté par un plan simple pour regler une partie des problemes de ce pays le pays le 25/04/2014 01:22
PLAIDOYER POUR UNE GOUVERNANCE DE DEVELOPPPEMENT DU SENEGAL

« De l’audace, Encore de l’audace, Toujours de l’audace » (Georges. J. DANTON).
Pour que la gouvernance d’un pays comme le nôtre, corresponde réellement à une volonté effective de transformations positives et productrices d’un développement économique et social réel, global et durable, il est incontournable qu’elle soit orientée d’abord et au moins vers deux directions principalement :
1) Des actes déterminants et symboliquement forts à poser.
Le leadership politique à qui échoit la mission naturelle de diriger, doit se donner, quand cela est opportun ou nécessaire, les moyens de poser des actes radicaux et forts, capables d’avoir symboliquement et le cas échéant, un effet d’entrainement massif sur les différentes composantes de la société, notamment en vue de ruptures de fond souhaitables ou souhaitées dans les mentalités ( Imaginaire Collectif) et les comportements au quotidien. Cela est important, car ce sont ces derniers qui détermineront fondamentalement et in fine, le succès ou l’échec à terme des programmes politiques de développement proposés.
Le premier acte fort et symboliquement signifiant qui nous viendrait à l’idée et à titre d’exemple, dans le contexte actuel du Sénégal, serait le transfert de notre capitale politique qu’est Dakar vers l’intérieur du pays. Cette idée a déjà été agitée par le Président sortant Me Abdoulaye Wade, mais jusqu’ici, elle n’a été suivie d’aucun effet noté.
L’idée peut paraitre a priori difficile à mettre en œuvre mais elle n’est ni farfelue ni irréaliste, du moins dans la vision qui est la mienne et qui n’est évidemment pas celle de transférer, sur un coup de tête ou de bluff, la capitale du Sénégal dans les environs de Kébémer.
Pour rappel, deux pays en Afrique, le Nigeria et la Cote d’ivoire ont eu à opérer un tel transfert et l’ont réussi.
Alors, pourquoi pas le Sénégal !
Et pour notre pays, il s’agirait de choisir à cet effet une partie du territoire nationale pouvant accueillir la Présidence, les Ministères, l’Assemblée Nationale et les autres Institutions de la République et qui se situeraient à équidistance autant que faire se peut, des capitales régionales surtout périphériques.
Cela aurait entre autres comme effet, un renforcement de l’intégration nationale et le déclenchement d’une dynamique socio-économique nouvelle au centre du pays et à partir du centre du pays. Et cette dynamique contribuerait également et ipso facto, au décongestionnement partiel de Dakar qui pourrait dès lors, devenir plus touristique et plus culturel qu’il ne l’est aujourd’hui.
Et cela surtout si par ailleurs, la décision de transformer l’actuel Palais présidentiel en Grand Musée Nationale de nos arts, de nos cultures et de notre histoire, était retenue.
Ne l’oublions pas, il n’y a pas si longtemps, ce Palais était celui du Gouverneur français et c’était là, que se définissait la mise en œuvre de la politique coloniale de la France en Afrique de l’ouest. Pendant que le Building administratif en face, abritait les fonctionnaires de l’Administration coloniale.
Quitter ce Palais serait incontestablement aujourd’hui, un acte très fort, qui symboliquement ne manquerait pas de produire une rupture radicale de plus, dans l’Imaginaire Collectif Sénégalais par rapport au fait colonial et au sens de notre indépendance.

2) Une Vision de l’Economie nationale résolument fondée sur l’Economie rurale.
L’acte symboliquement et politiquement fort du transfert de la capitale posé, pourrait être dès lors, pour le leadership politique, un contexte favorable à la proposition d’une nouvelle vision économique pour le pays et dont le cœur serait durablement, la priorisation déterminée de l’économie rurale. Il ne s’agirait plus à partir de là, de considérer l’agriculture d’un côté, et de l’autre l’élevage, l’hydraulique rurale, la pêche continentale, la foresterie, etc…
Il devrait logiquement découler d’une telle option, la nécessité de faire l’effort soutenu, d’avoir désormais une approche globale et intégrative de toutes les activités ayant pour champ l’espace rural et de prendre en compte, sérieusement, tout ce qui pourrait permettre à ces activités d’être menées au mieux et de se développer au maximum.
Pour que la matérialisation de cette nouvelle vision, ou l’économie rurale deviendrait centrale, puisse être déroulée avec réalisme et efficacité, il sera indispensable :
2.1- d’opérer un découpage rationnel du territoire national en régions ou zones éco-géographiques homogènes et cohérentes, susceptibles d’être mises en valeur, sur la base de leurs potentialités économiques établies par un diagnostic rigoureux
2.2- d’opérer également un diagnostic du Foncier et de sa Tenure, pour permettre la mise en place sécurisée d’exploitations agro-économiques familiales modernisées et capables de rentabiliser des équipements mécanisés, adaptés et performants. Et concevoir aussi dès le début, une politique de promotion de la coexistence équilibrée entre exploitations agro-économiques de tailles et d’objectifs différents.
2.3- d’identifier avec exhaustivité dans chaque zone éco-géographique établie, les métiers en amont et en aval dans les activités dominantes et connexes ou dérivés dans la zone.
2.4- d’ériger des Centres pour des formations opérationnelles courtes (six mois de théorie et six mois de pratique) aux différents métiers identifiés, pour les jeunes intéressés et ayant des niveaux scolaires compris entre le CEP et le BAC, et concevoir en relation avec les institutions compétentes (ISRA, ITA, ENEA, ENCR, Chambres des métiers, Lycées techniques etc..) des programmes de formations adaptés à l’économie de chaque zone eco-géographique considérée.
2.5- de contribuer à rendre plus attractif le milieu rural pour les jeunes formés en vue d’une installation durable dans ce milieu, en concevant et en mettant en œuvre des programmes d’habitat (type HLM), dans les différentes zones éco-géographiques. Cet habitat ferait partie intégrante du dispositif d’insertion pour tout jeune, souhaitant créer ou développer son entreprise, dans quelque domaine que ce soit de l’économie rurale, dans la zone éco-géographique de son choix.

3) Compléments aux points 1 et 2
Ce qui a été développé ci-dessus, est la partie d’une réflexion, qui pour être complète, devra prendre en compte les points qui suivent et qui me semblent tout aussi importants pour réussir la nouvelle politique proposée :
3.1- concevoir et mettre en place les mécanismes du financement de cette nouvelle vision économique, à travers des Réseaux mutualistes à mettre en place avec l’appui du Ministère des Finances et de la BNDE (Banque Nationale de Développement Economique)
3.2- procéder au maillage hydraulique du territoire national, pour rendre l’eau disponible partout ou besoin sera, pour la consommation humaine et animale et l’irrigation : utiliser les eaux de surface là où elles peuvent être disponibles ou des forages à créer là où ce n’est pas le cas.
3.3- étudier la valorisation du produit issu de l’économie rurale, à travers la mise en place de réseaux de transformation et de conditionnement des produits jusqu’à la boutique (le réseau des groupements féminins par exemple)
3.4- organiser la commercialisation et la distribution des produits au niveau national et sous-régional, avec un conditionnement de qualité pour la compétitivité (les réseaux UNACOIS et RASEF par exemple)
3.5- et globalement il faudrait tendre vers une meilleure utilisation des ressources humaines déjà partiellement organisées, aussi bien au niveau de la production (CNCR), de la transformation (FGPF) que de la distribution (UNACOIS et RASEF) et même du financement (le réseau des mutuelles d’épargne et de crédit). Ce sont là, des pré-acquis inestimables pour une mobilisation à moindre coût de ressources humaines déjà expérimentées. Et pour un pays, la mobilisation des ressources humaines adéquates reste l’alpha et l’oméga de tout développement économique et social significatif et réussi pour le pays en question.
3.6- sur le plan institutionnel et au niveau gouvernemental, par souci de cohérence et d’efficacité, un Ministère de l’Economie Rurale devra être mis en place, avec des Directions Générales fortes ou des Ministères Délégués, qui auront en charge les divers secteurs constitutifs de l’Economie rurale (hydraulique, foncier, intrants, formations, relations avec les organisations socio-professionnelles etc…).
3.7- il reste cependant important de garder à l’esprit, que toute volonté de rupture susceptible de produire des mentalités et des comportements nouveaux, doit s’inscrire dans la durée pour pouvoir donner des effets palpables. Et pour qu’il puisse en être ainsi, il reviendra au leadership politique d’y veiller rigoureusement, de donner l’exemple sans répit, et surtout d’avoir l’ambition d’ancrer ces valeurs dans la Conscience et l’Inconscient collectifs de notre peuple. Et réussir ce pari demandera beaucoup d’abnégation et de courage pour tout leader à quelque niveau qu’il se situe

En conclusion, et sous réserve de développer ultérieurement le point 3 ci-dessus et ses sous-points, il est important de comprendre que les idées d’action ici présentées n’épuisent évidemment pas, la problématique du Développement du Sénégal. Parce qu’il y’a d’autres secteurs non évoquées et qui sont tout aussi importants. Il va sans dire donc, que pour qu’il y’ait une dynamique pérenne de développement global de notre pays, un travail de bonne mise en cohérence de tous les secteurs productifs de l’Economie nationale, considérée dans sa globalité, s’impose. Et il incombe aux dirigeants de mettre en place les mécanismes idoines pour que les résultats escomptés puissent être obtenus avec toute l’efficience requise.
Par exemple, il serait indiqué par rapport à la politique de l’Economie rurale telle que proposée, que dès le début, la problématique de la petite et moyenne industrialisation soit étudiée, afin de savoir, comment et à quel moment, elle devrait être articulée à l’artisanal et au semi-industriel, pour les booster par la complémentarité, et aller ainsi plus vite, vers l’amélioration de la productivité, de la qualité des produits et de la compétitivité de ces produits, dans une économie locale irrémédiablement ouverte, aujourd’hui, au marché internationale. Et ce serait peut-être là les prémisses d’une Révolution verte à la sénégalaise ! Pourquoi pas ?
VISION NOUVELLE / Tabakh Sénégal bu Bess
Dakar le 21/04/2014 LE COORDONNATEUR
V.N / T.G.Yoff bu bess



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