Réinsertion des détenus : Le ministre Moussa Sarr plaide pour un « après-peine » et annonce 418 recrutements pénitentiaires


Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a ouvert ce jeudi, la Conférence régionale sur « La réinsertion sociale et l'accompagnement avant et après la sortie de prison ». Organisée par l'IRZ et l'École nationale d'Administration pénitentiaire (ENAP), la rencontre réunit pendant deux jours des délégations d'Allemagne, du Maroc, de la Tunisie et de l'Algérie. Dans son allocution, le ministre a posé la question centrale des travaux : « Que voulons-nous qu'il advienne d'un homme ou d'une femme au terme de sa détention ? » Il a plaidé pour que la préparation à la sortie commence dès l'incarcération et se prolonge après la libération, faute de quoi, a-t-il averti, la personne libérée retombe dans l'isolement et la récidive guette. « Punir ne signifie donc pas renoncer à reconstruire », a-t-il déclaré, tout en rappelant que la sécurité et la discipline restent indispensables en détention. Il s'est appuyé sur les Règles Nelson Mandela des Nations unies, qui lient protection de la société, réduction de la récidive et préparation à la réinsertion.

 

Me Sarr a inscrit cette orientation dans la ligne fixée par le chef de l'État. Il a rappelé que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, recevant le 23 juillet le rapport de l'Observateur national des Lieux de Privation de Liberté, avait appelé à développer les peines alternatives, à mieux encadrer la détention provisoire et à finaliser le statut des agents pénitentiaires, préalable à un futur Code pénitentiaire. Il a également cité la formule du président devant la Commission nationale des Droits de l'homme : « la liberté reste le principe et la détention l'exception ».

Sur le plan des moyens, le ministre a annoncé que le Premier ministre vient d'autoriser, au titre de 2026, le recrutement de 418 agents au sein de l'Administration pénitentiaire : deux inspecteurs, six contrôleurs, dix agents administratifs et quatre cents surveillants. Ces renforts doivent alléger la charge de travail actuelle et mieux concilier sécurité des établissements et accompagnement des détenus.

 

Il a ensuite détaillé les initiatives déjà en place notamment deux boulangeries de la réinsertion, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture et une galerie de la réinsertion. À venir, des discussions seront engagées avec le ministère de l'Enseignement supérieur pour permettre aux détenus bacheliers de s'inscrire à l'Université numérique Cheikh Hamidou Kane, et un rapprochement est prévu avec le ministère de l'Éducation nationale pour mobiliser des enseignants au profit des candidats aux examens en milieu carcéral. « La privation de liberté ne doit pas signifier la privation du savoir », a insisté le ministre. Des terres situées dans le nord du pays ont par ailleurs été mises à la disposition de la Direction générale de l'Administration pénitentiaire pour y développer la riziculture, avec une formation agricole et une perspective d'emploi à la sortie.

 

S'adressant aux magistrats, le ministre les a invités, dans le respect de leur indépendance, à recourir pleinement aux mécanismes d'aménagement et aux peines alternatives prévus par le Code de procédure pénale, notamment ses articles 704 et suivants : sursis, probation, travail au bénéfice de la société, dispense et ajournement de peine. Il les juge particulièrement indiqués pour les délits de moindre gravité ou lorsque le trouble à l'ordre public s'est estompé, sans préjudice des droits des victimes ni de la sécurité publique. Ces outils permettent aussi, selon lui, d'alléger la pression sur des établissements confrontés à une surpopulation persistante.

Jeudi 29 Octobre 2026
Dakaractu



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