PÉNURIES D’EAU : Accorde-t-on du crédit à la planification urbaine ?


PÉNURIES D’EAU : Accorde-t-on du crédit à la planification urbaine ?
Il ne se passe pas un jour sans que les médias rapportent des revendications des populations de quartier de Dakar réclamant que le liquide précieux leur soit servi convenablement. Sans entrer dans certaines considérations, cette demande est jugée légitime et normale dans une ville-capitale comme Dakar créée depuis le 19ème siècle.
Depuis lors, la société chargée de la mise en place des infrastructures en matière d’alimentation en eau potable fait des communiqués ou des sorties médiatiques pour essayer d’apporter des explications sur les coupures d’eau en continu que vivent ces quartiers. Egalement, il est constaté à travers les images diffusées que des forages seraient en train d’être réalisés pour résorber le gap. Quoi qu’il en advienne espérons que leurs interventions feront, bientôt des pénuries d’eau un mauvais souvenir.
Mais, si nous dépassons ce conflit opposant populations des quartiers et la société des eaux, pour faire passer cette situation de carence sous un autre prisme, notamment de la planification urbaine,  une lecture large de ce calvaire pourrait être mieux effectuée.
D’abord commençons par une interrogation qui pourrait nous aider à mieux conduire notre raisonnement : comment des pénuries de ce type peuvent-elles se produire dans une région telle que Dakar où la planification urbaine véritable existe depuis 1946 ?
En effet, dans l’élaboration des documents cadres d’urbanisme tels que les plans directeurs d’urbanisme (pdu), des prévisions et projections sont faites, des directives d’aménagement édictées pour un horizon de temps de 20 à 25 ans. Pour ce faire, des hypothèses d’urbanisation (faible, moyenne et forte) sont établies avec des taux différents d’accroissement naturel de la population urbaine. Ces différentes projections démographiques établies permettent une planification correcte des zones d’habitation, des équipements, infrastructures, espaces verts… Ceci, en rapport avec tous les services techniques compétents dans ces domaines.
C’est dans cette même logique et démarche, que les structures habilitées à fournir les services urbains tels que l’alimentation en eau potable, l’électricité, l’assainissement, les transports sont étroitement associées pour une prise en compte adéquate de leurs besoins afin d’une bonne anticipation sur l’urbanisation de la ville. A cet effet, la nature de l’étude qui allie : des enquêtes spécialisées au niveau des services compétents, l’élaboration de documents diagnostics, de documents spécifiques à des secteurs, des séances de restitution et de partage permanents en vue de la validation de tous les rapports, parvient à des résultats fiables et probants. A terme, le plan directeur d’urbanisme devient un bon outil d’aide à la décision capable de donner les orientations justes et nécessaires; de faire les projections adéquates pour une programmation correcte et à temps des équipements et infrastructures dont les différents réseaux (voirie, électricité, eau potable, assainissement…).
Concernant le domaine de l’alimentation en eau potable, le plan directeur fait ressortir les besoins en consommation d’eau pour toute sa durée d’application et prévoit les emprises nécessaires pour l’implantation des réseaux, forages et autres installations hydrauliques pour une alimentation suffisante en eau potable des citadins.
Au passage, retenons que la région métropolitaine de Dakar a bénéficié en 2009 d’un plan directeur, horizon 2025 qui a été révisé, récemment pour porter l’horizon de temps à 2035 ; par conséquent la planification urbaine est bien réelle dans la capitale sénégalaise.
Maintenant, reste à savoir où se situe le blocage pour qu’une population de plus de 02 millions d’habitants ne puisse pas être servie convenablement en eau potable ? Les résultats de la planification urbaine sont-ils mis à profit pour guider la politique de programmation des infrastructures hydrauliques ?
Certainement, la société des eaux à sa propre direction de planification pour le développement de ses infrastructures suivant ses capacités (technique et financière), ses priorités. Mais aussi, n’oublions pas de prendre en considération le fait que, depuis fort longtemps, d’autres logiques, non techniques, encadrent la mise en place des infrastructures.
Toutefois, si nous nous en limitons à la quintessence de notre analyse et connaissance des plans d’urbanisme, nous préconisons, fortement que davantage de crédit leurs soit accordé et mieux, qu’ils soient repositionnés par rapport aux différents centres de décision impactant sur le développement urbain. En effet, l’urbanisme étant un secteur transversal qui agit pour un développement intégral et équilibré de la ville, la valorisation de ses instruments et produits permettraient aux différents décideurs et artisans de la construction urbaine de faire face, de manière structurée, à l’explosion urbaine.
La création d’une meilleure harmonie et efficience dans les interventions incite même, de plus en plus, pas mal de penseurs de la ville à plaider pour faire évoluer le secteur de l’urbanisme dans son appellation, son contenu comme ses missions. En effet, les fortes mutations, pressions de différentes natures et nouvelles menaces obligent à introduire des réformes allant dans ce sens pour que des agglomérations urbaines à forte concentration humaine telle que Dakar puissent continuer à garantir des conditions de vie décentes à ses habitants. Ainsi, des réponses adéquates pourront être apportées à des difficultés comme les pénuries d’eau, les inondations, l’avancée de la mer par la définition de stratégies adéquates d’anticipation, d’adaptation et d’intervention.
Mamadou DIENG
VISION GUEDIAWAYE
Mercredi 27 Juin 2018
Dakaractu




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