Gasoil et essence : Cette hausse que le pouvoir savait déjà inévitable


L’augmentation des prix du gasoil et de l’essence entrée en vigueur ce 15 août 2026 n’est pas tombée du ciel. Elle est l’aboutissement d’un bras de fer discret, mené pendant des mois entre plusieurs voix du gouvernement, entre l’impératif de rigueur budgétaire et la volonté politique de préserver le pouvoir d’achat des Sénégalais. Une plongée dans les prises de parole successives des principaux acteurs de ce dossier permet de reconstituer la chronologie d’une décision longtemps repoussée, mais rendue inévitable par la persistance du conflit au Moyen-Orient.
 
Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, avait le premier tiré la sonnette d’alarme, à une époque où Ousmane Sonko occupait encore la Primature. Lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, il avait révélé avoir personnellement plaidé, dès l’éclatement de la crise, pour un relèvement des prix à la pompe. « Dès que la crise a éclaté, je suis venu auprès du Premier ministre pour proposer qu’on rehausse les prix et de partager la charge avec les populations. La réponse a été jusqu’ici négative », avait-il confié. Ce qui semblait faire transparaître une divergence d’appréciation entre le grand argentier de l’État et son chef de gouvernement d’alors.
 
Ousmane Sonko, de son côté, avait assumé ce choix de temporisation avec une argumentation clairement politique. Répondant lui aussi aux députés lors d’une série de questions d’actualité, l’ancien Premier ministre avait reconnu l’ampleur de la crise mondiale tout en revendiquant la singularité de la posture sénégalaise : « Nous savons tous que le monde est aujourd’hui en crise et pratiquement tous les pays de l’espace UEMOA ont augmenté leur prix. Seul le Sénégal résiste encore. Et même certains pays d’Europe avaient des difficultés d’approvisionnement en carburant. » Il avait présenté ce choix comme relevant d’une priorité sociale assumée, tout en concédant, en creux, que cette résistance avait ses limites : « Notre principale priorité était sociale. Mais tout ce que nous pouvons faire pour que les populations ne sentent pas de difficultés, nous le ferons. Mais à l’impossible, nul n’est tenu. Si nous ne pouvons plus tenir, nous viendrons auprès des populations leur dire ce qu’il en est. »
 
Le même avertissement s’est prolongé avec Birame Souleye Diop avant de céder le ministère de l’Énergie et du Pétrole au Dr El Hadji Abdourahmane Diouf. Il avait lui-même posé les termes exacts de l’équation budgétaire à venir, sur les ondes de la RTS, avec une précision presque prémonitoire : « Si la situation de la guerre au Moyen-Orient persiste jusqu’à décembre 2026, l’État sera obligé de continuer à subventionner à hauteur de plusieurs milliards. Ce qui est intenable. Nous serons alors obligés d’augmenter les prix, mais je ne sais pas à quelle date. » Ce même son de cloche avait été repris par l’ancien ministre de l’Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé, lors d’une cérémonie de ziarra à Tivaouane, où il avait lui aussi évoqué le risque d’une hausse si la crise au Moyen-Orient venait à perdurer.
 
Au regard de ces différentes prises de parole, la décision de ce 15 août apparaît donc largement prévisible, et même annoncée à mots plus ou moins couverts depuis plusieurs mois, par-delà les changements d’hommes à la tête de la Primature et du ministère de l’Énergie. Ce qui frappe en réalité, c’est la convergence progressive des discours. Car, là où Sonko défendait une ligne de résistance assumée au nom du social, Cheikh Diba puis Birame Souleye Diop, ont plutôt insisté sur l’inéluctabilité budgétaire d’un ajustement, sans jamais totalement l’écarter. Le communiqué de la Primature accompagnant la hausse du 15 août reprend d’ailleurs presque mot pour mot cette rhétorique de la retenue : le gouvernement affirme avoir tenu « aussi longtemps que possible », et rappelle que même aux nouveaux tarifs, l’État continue de subventionner chaque litre vendu, le coût réel d’importation s’élevant à 1044 FCFA pour le gasoil et 1019 FCFA pour l’essence, contre 755 et 990 FCFA facturés au consommateur.
Dimanche 16 Août 2026
Cheikh Sadibou Fall



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