Tout porte à croire que l’État sénégalais va prendre froidement la décision de déclarer être en défaut de paiement. Le rééchelonnement de la dette ou l’effacement de la dette s’imposera aux créanciers mis, du reste, devant le fait accompli. C’est à ce prix que les engagements communautaires, notamment le franc CFA, et les intérêts étrangers liés à l’exploitation des ressources et au système financier seront préservés. En ciblant ses devanciers comme perfidement responsables de la supposée banqueroute, Pastef ne compte pas non plus engager une quelconque responsabilité des contrecoups de son entreprise de délation.
Au pire, le Sénégal risque une exclusion du FMI comme c’était le cas de la Tchécoslovaquie dans les années 50. Le cas échéant, Pastef-État déploiera librement son plan d’autarcie appelé pompeusement souveraineté. Dans ce cas, il n’aura pas à porter éhontément la responsabilité de la disette consécutive. Ainsi, les sanctions internationales ou l’impossibilité d’emprunter sur les marchés financiers le dédouaneront et justifieront aisément l’austérité et l’affaissement dramatique du niveau de vie des Sénégalais.
En 2013, Le FMI avait reproché au gouvernement argentin d’avoir manipulé ses statistiques économiques et l’avait appelé à corriger ses statistiques et à répondre aux besoins structurels. Les statistiques officielles annonçaient une inflation à 10,8% en Argentine, tandis que des instituts privés évaluaient cette inflation à plus du double. Dès lors, le FMI avait déclenché une « déclaration de censure » qui pouvait conduire à des sanctions graduelles jusqu’à l’exclusion de l’Argentine de l’institution. En 2014, le gouvernement avait assuré que l'indice officiel s’était conformé à la méthodologie du FMI.
Comme quoi, le tollé autour de la falsification des chiffres des finances publics sénégalais est difficilement compréhensible, surtout venant des tenants du pouvoir. Il est carrément contreproductif de faire passer les données supposément truquées en butins de guerre. Manifestement, l’élan populiste a pris le dessus sur le sens de la responsabilité gouvernementale. Le maquillage des comptes publics constitue un mécanisme habituel de soutènement des économies nationales. Autrement, il faudrait que de la sincérité s’ensuive une austérité, incontournable diète économique et sinistre crise sociale.
Waltako
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