(ARTP) - Marchés publics 2026 : 23 versions du PPM, une succession de modifications qui interpelle avant la passation de Dahirou Thiam


Il y a des chiffres qui, sans constituer à eux seuls une preuve d’irrégularité, méritent que l’on s’y attarde. Celui affiché actuellement sur le Portail des Marchés publics concernant l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) en fait partie : 23 versions de son Plan de Passation des Marchés (PPM) pour la gestion 2026.

À quelques jours de la passation de service du Directeur général sortant, Dahirou Thiam, annoncé pour le début de la semaine prochaine, ce chiffre interpelle forcément sur la manière dont la commande publique a été programmée et ajustée au sein de l’institution.

Car, à la lecture du même tableau, le contraste est saisissant.

De nombreuses structures affichent seulement une à cinq versions de leur PPM, ce qui signifie qu’elles n’ont procédé qu’à un nombre limité de modifications au cours de l’exercice. D’autres se situent dans une fourchette intermédiaire.

L’ARTP, elle, atteint 23 versions.

Un PPM n’est évidemment pas un document figé. Il s’agit d’un outil prévisionnel qui peut légitimement évoluer au cours d’un exercice budgétaire. Une nouvelle dotation, une modification des priorités, un projet reporté, une urgence non prévisible ou encore une évolution des besoins peuvent justifier une révision.

La question n’est donc pas de savoir s’il est normal de modifier un PPM. Oui, un PPM peut être modifié.

La véritable question est celle de la fréquence et de l’ampleur de ces modifications.

Dans une gestion qui se veut rigoureuse, la programmation initiale devrait, autant que possible, être suffisamment précise pour éviter une succession permanente de réajustements. Une à cinq versions sur une année peuvent traduire une programmation relativement stable, sous réserve bien entendu du contenu de ces modifications. À l’inverse, lorsque l’on arrive à 23 versions, l’écart devient suffisamment important pour appeler une explication documentée.

Il ne s’agit pas d’ériger mécaniquement un nombre de versions en seuil de bonne ou de mauvaise gestion. C’est la comparaison qui interpelle.

Pourquoi certaines structures parviennent-elles à conserver un PPM relativement stable, avec quelques modifications seulement, alors que l’ARTP a dû publier 23 versions ?

Que cachent les 23 versions ?

C’est là que se trouve le véritable sujet.

Le portail permet de constater le nombre de versions, mais ce chiffre ne permet pas, à lui seul, de connaître la nature exacte des changements intervenus.

Les 23 versions correspondent-elles à de simples corrections administratives ? À des ajustements de montants ? À l’introduction de nouveaux marchés ? À la suppression d’autres opérations ? À des changements de procédures ? À une multiplication de besoins apparus en cours d’exercice ?

Et surtout : quelle est la différence entre la version initiale (V1) et la 23e version (V23) du PPM de l’ARTP ?

C’est cette comparaison qui permettrait de passer du simple étonnement à une véritable analyse.

La question des DRP

L’interrogation devient encore plus intéressante lorsqu’on rapproche ces multiples révisions des informations faisant état d’un recours important aux Demandes de Renseignement et de Prix (DRP).

Il faut être clair : la DRP est une procédure prévue par la réglementation des marchés publics. Son utilisation n’est donc pas, en elle-même, un problème.

Mais une analyse sérieuse devrait permettre de déterminer combien de DRP ont été introduites ou modifiées au fil des différentes versions, pour quels montants, pour quels besoins et avec quelle récurrence.

Car si certaines dépenses apparaissent tardivement dans le PPM et donnent lieu à des procédures successives, la question de la qualité de la programmation initiale peut légitimement être posée.

Une interrogation qui intervient au moment du changement de direction

Cette question intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’ARTP.

Dahirou Thiam, directeur général sortant, doit prochainement passer le témoin à la nouvelle direction. La passation de service annoncée pour le début de la semaine prochaine devrait donc être l’occasion de faire le point sur la situation administrative et financière de l’institution.

Le nouveau management héritera notamment d’un exercice 2026 marqué, selon le portail officiel, par 23 versions du PPM.

Ce chiffre mérite d’être documenté avant que les uns ou les autres ne lui fassent dire davantage qu’il ne permet d’établir.

Du chiffre à la transparence

Il serait donc utile que les documents correspondants soient examinés dans leur intégralité.

Une comparaison entre la 1ère modification et la 23ème modification, avec toutes les étapes intermédiaires, permettrait de savoir précisément : quels marchés ont été ajoutés ou retirés ; quels montants ont été modifiés ; quelles procédures ont changé ; quelle place les DRP occupent dans ces révisions ; à quelles dates les modifications sont intervenues ; et quelle part de ces changements relève de simples corrections ou de nouveaux besoins.

Ce travail permettrait surtout de distinguer une succession normale de réajustements d’une programmation initiale insuffisamment maîtrisée.

Car le sujet n’est finalement pas le chiffre « 23 » pris isolément. Il réside dans l’écart entre une programmation relativement stable, telle qu’on peut l’observer dans plusieurs structures qui n’ont publié qu’une à cinq versions, et une succession beaucoup plus importante de révisions à l’ARTP.

À quelques jours de la passation de service, les 23 versions du PPM ne constituent donc pas une preuve à charge contre l’ancienne direction. Elles constituent en revanche une question à laquelle la transparence commande d’apporter des réponses.

Et dans une institution dont la mission première est précisément de réguler et de promouvoir de bonnes pratiques dans son secteur, la qualité de la programmation de ses propres marchés mérite d’être regardée avec la même exigence de transparence et de rigueur.
Vendredi 2 Octobre 2026
Dakaractu



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