Parlons de cette lutte (Djibril Diaw)


Parlons de cette lutte (Djibril Diaw)
La lutte traditionnelle sénégalaise est devenue par la force des réalités une activité qui s’impose dans la vie de nos compatriotes. La principale raison, disons-le, c’est l’argent qui coule à flot, même si c’est un groupuscule qui en bénéficie particulièrement.
Cependant j’ai l’impression que la problématique que pose cette activité qui a tout l’air d’être nouvelle tant son évolution ces dernières années est fulgurante n’est pas sérieusement prise en charge. Différentes raisons peuvent en être la cause :
- La sauvegarde d’intérêts particuliers
- La crainte d’être la cible des opérateurs du milieu
- Le désintérêt pour l’avenir de ce pays.
Il est de notoriété publique que la lutte mobilise beaucoup de monde, particulièrement des jeunes de la banlieue et autres quartiers défavorisés de Dakar. A ce titre aucun politique, dans le contexte sénégalais actuel, ne va prendre l’initiative de donner ce coup de pied salvateur dans la fourmilière de la lutte qui est ce gros panier à crabes où il faut beaucoup de courage, de ténacité, d’insensibilité aux coups reçus pour survivre. Il est, d’ailleurs, symptomatique tout ce brouhaha provenant de ce milieu depuis quelques mois. Tantôt c’est les promoteurs qui se tirent dessus entre eux, parfois par voie judiciaire, tantôt c’est le lutteur qui tire sur l’instance suprême de gestion de la discipline, tantôt c’est le lutteur qui assigne son manager en justice et on n’en finit pas avec les cas.
De tout cela la réponse des autorités publiques est le Mutisme et le Laisser faire. Mais il faut être victime d’une cécité intellectuelle pour ne pas voir venir le flot de problèmes plus dangereux les uns que les autres que la « lutte avec frappe de Dakar » est entrain de charrier vers notre pays.
Je n’en prendrais que trois.
-La lutte a envahi l’école sénégalaise par la transformation des cours sablonneuses des écoles primaires en centre d’entrainement de lutte où des malabars impressionnent les jeunes enfants dés 17 h00. Il parait même que certaines écuries font payer pour avoir le droit d’assister aux entrainements. Ce faisant certains enfants ne rentrent chez eux qu’à la fin des entrainements vers 19 h ou 20 heures. Ils s’exposent ainsi à des problèmes de sécurité et manquent aussi de temps à consacrer aux révisions de leurs cours. Rien ne garantit que ces enfants ne vont pas bientôt déserter les classes pour répondre à l’appel des arènes.
-La lutte a envahi l’espace médiatique télévisuel. Il est arrivé de voir toutes les chaines sénégalaises diffuser des émissions sur la lutte comme si elles s’étaient passées le mot. Cela est simplement inadmissible quand on connait la puissance de ce médium et sa capacité à façonner les jeunes esprits. C’est justement cet envahissement télévisuel qui justifie ces gros cachets qui ont fini de faire des lutteurs ces stars nouvelles. Cette situation pouvait être une excellente chose du point de vue social car des personnes issues de milieux défavorisées se sont retrouvées en l’espace de quelques années avec une fortune qui leur a permis à elles et à leur famille de vivre dans un standing digne. Cependant ce moyen de promotion social que peut constituer le sport, dans le cas de notre étude, la lutte, ne saurait justifier de continuer à entretenir un bel arbre qui devra cacher la forêt.
Dans son application la lutte avec frappe constitue un sérieux handicap à la fois pour le sport sénégalais et pour l’éducation de nos enfants dont les frêles épaules devront pourtant supporter l’avenir de notre nation.
-Le handicap pour le sport est lié d’une part à la forte capacité d’absorption de fonds de sponsoring pour l’essentiel provenant de sociétés de télécommunication et accessoirement d’autres structures de moindre envergure mais toutes ont en commun d’être des établissements de droit sénégalais. Si des sociétés établies à l’étranger s’intéressaient à cette discipline et décidaient ainsi d’y associer leur image, on y trouverait peu à redire car ce seront des capitaux étrangers qui sont drainés vers le Sénégal. Mais ce qui se passe actuellement n’est ni plus, ni moins qu’une asphyxie programmée du sport sénégalais dans sa partie significative. C’est justement cette partie significative qui interpelle notre conscience pour arrêter l’hémorragie car parmi les ténors de la lutte avec frappe, mis à part Yékini et peut-être Eumeu Séne qui d’autre est allé défendre les couleurs nationales ? Qui contribue à rehausser l’image du sportif sénégalais dans l’international ? Et pourtant ceux qui sont nos ambassadeurs languissent dans la misère : pas de structures, des primes misérables en périodes de compétition internationale parfois impayées, un encadrement souvent défaillant et on ne se gène pas pour leur réclamer de grosses performances avec parfois un lynchage médiatique tels des traitres à la nation.
Qu’on ne se leurre pas. L’avenir d’un pays se construit sur bases solides si on ne veut pas se réveiller sur des tas décombre. La lutte avec frappe dans sa configuration actuelle est annonciatrice d’échecs. Echec du sport sénégalais par manque de moyens, échec de nos enfants dans leurs études par la proposition de modèles inadaptés, sans oublier l’envahissement des écoles et la présence de l’effigie des lutteurs sur les cahiers des élèves. Echec aussi des acteurs de la lutte car il est de plus en plus fait état de la pratique de dopage dans l’arène et à ce niveau tout le monde, CNG, écuries, autorités étatiques, préfère fermer les yeux et ne pas être au courant alors que les conséquences à venir ne pourront qu’être dramatiques.
Je pense qu’il est temps que cette problématique soit sérieusement prise en charge si nous avons encore le soucis de préserver ce pays des dérives dangereuses de toutes sortes. Il est illusoire de penser que le statuquo constaté en ce moment va encore durer longtemps car des victimes se fabriquent déjà dans l’arène même (faible pourcentage de lutteurs qui bénéficient de combat). En attendant le volcan continue son bouillonnement intérieur et le moment où il nous présentera son travail préparé en sous terrain risque malheureusement d’être pour notre cher Sénégal une saison de regret.
Djibril Diaw
diawdjibril@hotmail.com
Mardi 15 Novembre 2011
Djibril Diaw




1.Posté par rass le 16/11/2011 00:45
je vous remercie monsier d avoir pu faire cet article sur la lutte et j suis etonne d etre le premier a l avoir commente vu limportance q ca suscite. Je pense q les principaux resonsables sont les autorites.J n arrive pas a comprendre comment on peut donner cet ampleur a 1 sport qui n existe q au senegal.Comment se fait il q en ces periodes de crise q traverse leconomie mondiale nos autorites sont la eux a parrainer des combats de lutte a offrire des 4x4 et des millions a des personnes qui en ont deja. C une facon de dire aux jeunes d abandonner l ecole pour aller lutter.



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