A la rencontre de Julo N'diaye : "Comment de mannequin, je suis devenu acteur (...) le cinéma sénégalais manque de professionnalisme! "

Rencontré dans un restaurant parisien, le mannequin Julo Ndiaye parle à Dakaractu de sa reconversion dans le monde du cinéma. Entretien...


A la rencontre de Julo N'diaye : "Comment de mannequin, je suis devenu acteur (...) le cinéma sénégalais manque de professionnalisme! "
DAKARACTU : On vous a connu au Sénégal à travers les podiums. Etes-vous toujours mannequin?
 
Julo Ndiaye : Oui je suis toujours mannequin. Juste qu'actuellement je suis plus concentré sur le cinéma, mais n'empêche je suis toujours mannequin.

Vous continuez à défiler ici à Paris?

Oui, je défile toujours. Je n'ai plus trop de temps pour défiler, mais il m'arrive de le faire ici. Le mannequin est une question d'image. J'ai commencé par ce milieu, j'ai fait mon image et cela m'a beaucoup aidé pour le cinéma. Pour le mannequinat j'ai encore du temps. Plus mon image est connue, plus ça devient plus cher. 

Pouvez-vous revenir un peu sur la transition du mannequinat au cinéma?

J'ai toujours voulu faire du cinéma même quand j'étais mannequin au Sénégal. J'ai fait des recherches et j'ai vu qu'il était tout à fait possible d'être acteur et en même temps mannequin. La chance que j'ai eue, c'est que j'étais déjà connu dans le  monde de la mode et comme ces deux là vont de pair, cela m'a ouvert les portes du cinéma.
C'était lors d'un défilé que Moussa Touré avait vu que j'ai été repéré. Il est parti demander mes coordonnées et c'est là que tout a commencé. Il m'a contacté alors qu'ils étaient à leur 3ème casting. J'ai fait le casting et ils m'ont pris pour "La Pirogue". Après "La Pirogue", d'autres portes se sont ouvertes ici pour moi.

Comment vous vous en sortez ici avec le cinéma à l'étranger qui n'a rien à voir avec qu'on fait au Sénégal?

Le cinéma ici est très différent avec ce qu'on fait au Sénégal ou en Afrique. J'ai fait plusieurs castings au Sénégal mais au finish, on ne prend que les gens qui étaient déjà connus. Au Sénégal, on ne fait pas primer les qualités, ce sont les copinages qui gagnent en général alors que le cinéma c'est un métier qui n'est pas donné à tout le monde. Contrairement au Sénégal, ici, on sait reconnaître le talent et on donne sa chance pour prouver. Je ne dis pas que le cinéma au Sénégal n'est pas bon, mais ici c'est le professionnalisme qui prime sur le copinage. On m'a donné ma chance ici et je fais tout pour être au top. C'est ça depuis que j'ai joué "La Pirogue".

On sait que c'est "La Pirogue" qui vous a lancé sur le plan international. Après avoir joué et réussi votre premier film, est-ce que vous avez d'autres contacts pour des projets de films?

Oui, effectivement. Après "La Pirogue", j'ai reçu pas mal de propositions. J'ai joué dans des films comme "Des étoiles", "La permission" entre autres.  J'ai aussi beaucoup de contacts pour des projets de films dans lesquels je vais jouer. Et tout ça c'est grâce à "La Pirogue" que je l'ai eu. C'est lors du Festival de Cannes où le film "La Pirogue" a été choisi que j'ai rencontré la réalisatrice "Des étoiles" qui m'a proposé un rôle. J'étais avec mon agent. J'ai fait le casting "Des étoiles" et on travaille ensemble sur ce projet. J'ai aussi fait "La permission", un téléfilm sur la première guerre mondiale qui va sortir bientôt lors de la journée armistice du 11 novembre prochain. C'est un téléfilm qui parle des tirailleurs sénégalais lors de la première guerre mondiale.

Quel jugement faites-vous des multiples téléfilms réalisés actuellement au Sénégal?

Le cinéma au Sénégal progresse mais il faut qu'il ait plus de professionnalisme. Il y a beaucoup de téléfilms tournés au Sénégal, mais la plupart le scénario laisse à désirer. Il y a beaucoup d'erreurs, mais comme on dit, on peut pas être parfait. Il faut aussi qu'on sache que tout le monde ne peut pas sortir comme ça et faire du cinéma. Il faut savoir mettre la personne qu'il faut à la place qu'il faut. Si tu veux que ton produit passe, il faut savoir professionnaliser le métier. On ne peut être acteur que quand on a du talent et qu'on veuille y accorder du temps pour apprendre. Mais avoir un projet de téléfilm et appeler tous tes amis pour leur dire de venir jouer sans qu'ils n'y connaissent rien, je crois que c'est pas sérieux. Chacun doit jouer son rôle pour qu'il ait de vrais progrès.
Sinon en gros, le cinéma sénégalais est en marche et ils produisent aussi de bons éléments.

Des célébrités sénégalaises ont émis récemment la volonté de se reconvertir dans le cinéma. Quel conseil leur donnez-vous?

Beaucoup de gens découvrent le cinéma par accident. Mais en y accordant plus d'attention, ils gagnent en professionnalisme et aussi en amour du métier. Le cinéma est un monde noble. Il faut juste qu'ils aient à leur côté des gens qui connaissent le cinéma et qui leur apprennent à bien jouer. Il faut accepter les critiques des cinéastes, mais des vrais. Car au Sénégal, il suffit de faire un petit téléfilm pour se donner le statut de cinéaste, sans même savoir la signification de ce mot. Alors, pour les célébrités qui veulent intégrer le milieu, je leur dis de venir, c'est un métier noble.

Quel message lancez-vous à vos frères et soeurs mannequins qui veulent faire carrière ?

Je leur demande de croire en eux et qu'ils sachent que seul le travail paie. Il faut qu'ils travaillent, mais aussi qu'ils se respectent et respectent les autres. On peut tout avoir avec un bon caractère, le respect de soi et d'autrui. 
Je leur souhaite bonne chance!





 
Mardi 27 Octobre 2015
Dakaractu




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