Une affaire présumée de traite des personnes et d’exploitation sexuelle est au cœur d’une enquête menée à Ziguinchor. L’Antenne régionale de la Division nationale de la lutte contre la traite des personnes (DNLT) a découvert sept ressortissantes sierra léonaises dans un appartement situé à Kandialang, dont certaines seraient mineures. Deux femmes, Fatu Fofonah alias Loveta et Testimony Blessing, ont été présentées au procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Ziguinchor.
Les jeunes femmes auraient été recrutées en Sierra Leone, certaines ayant transité par la Guinée Bissau, sur la base de promesses d’emploi ou de meilleures conditions de vie. Elles auraient ensuite été acheminées vers Ziguinchor, hébergées dans l’appartement identifié à Kandialang et contraintes, selon leurs déclarations, à se livrer à des activités d’exploitation sexuelle.
Au cours de leurs auditions, les sept jeunes femmes auraient, de manière concordante, mis en cause Fatu Fofonah alias Loveta, de nationalité sierra léonaise, et Testimony Blessing, de nationalité nigériane. Selon la DNLT, elles les présentent comme impliquées dans un réseau présumé opérant entre la Sierra Leone, la Guinée Bissau et le Sénégal. Les enquêteurs font également état d’une dette pouvant atteindre 1,5 million de francs CFA, que certaines victimes présumées auraient été contraintes de rembourser.
L’enquête de l’Antenne régionale de la DNLT aurait également permis de découvrir des cahiers contenant des noms et différents montants. D’après les déclarations recueillies, les jeunes femmes auraient reçu 3 000 francs CFA par client, les recettes étant ensuite remises aux personnes qui les encadraient. Les victimes présumées ont également évoqué la confiscation de leurs documents d’identité et de leurs téléphones portables, ainsi que des pratiques rituelles et des vidéos qui auraient été utilisées comme moyens de pression.
Le dossier comporte également le témoignage particulièrement sensible d’une jeune fille, désignée ici par ses initiales M.C., qui aurait été recrutée en Sierra Leone alors qu’elle était âgée de 14 ans. Elle aurait été attirée par une promesse d’emploi avant d’être acheminée vers la Guinée Bissau puis vers Ziguinchor. Elle affirme avoir ensuite été contrainte à des actes sexuels. Les enquêteurs évoquent également des soupçons de falsification de documents administratifs et de carnets sanitaires destinés notamment à dissimuler l’âge réel de certaines jeunes femmes.
Confrontées aux déclarations recueillies, Fatu Fofonah alias Loveta et Testimony Blessing auraient reconnu, pour l’essentiel, avoir recruté certaines des jeunes femmes retrouvées dans l’appartement et les y avoir hébergées dans le cadre de leur exploitation sexuelle.
Elles auraient également expliqué le fonctionnement présumé de leurs relais en Sierra Leone et évoqué le transfert de certaines victimes vers d’autres localités. À l’issue de l’enquête, les deux femmes ont été présentées au procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Ziguinchor.