ZIRCON en CASAMANCE : Fatiguées d’attendre, les populations interpellent l’État pour le démarrage de l’exploitation


Voici 13 ans, maintenant, que le Zircon est découvert en Casamance, précisément dans les sous-sols du village de Kabadio, situé à la lisière de la frontière sud de la Gambie, dans la commune de Kataba 1, dans l’arrondissement du même nom, dans le département de Bignona, région de Ziguinchor. Treize (13) ans que cette mine de Zircon qui s’étend sur 6 kilomètres de longueur pour un maximum de 200 mètres de largeur, n’a jamais été exploitée.
« Une éternité ! » estiment les populations de cette localité qui manque presque de tout : réseaux téléphonique et électrique insuffisants, manque criard d’eau potable, routes bitumées quasi-inexistantes si ce n’est celle reliant Diouloulou à la plage de Kafountine et qui traverse simplement la zone, chômage hallucinant des jeunes,  etc.
Les populations de Kabadio, ne pouvant plus attendre davantage qu’elles l’ont jusque-là fait, sont finalement montées au créneau pour se faire entendre et notamment s’adresser à l’État. Elles ont, pour ce faire, organisée samedi une assemblée générale fleuve à la place publique de leur village. C’était sous la direction de leur chef de village.
Dans leurs différentes interventions, leurs deux porte-parole que sont Yahya Demba et Mamadou Sankoung Diabang ont insisté sur l’historique de la gestion concertée dont les habitants de Kabadio ont fait montre depuis maintenant treize (13) ans. Résultat ? Selon Yahya Demba, « actuellement, ce sont plus de 98% des populations de Kabadio qui ont donné leur accord pour l’exploitation du Zircon ».
Pour Mamadou Sankoung Diabang, les 2% restants constituent « un groupuscule de personnes financées et manipulées par des lobbies de Toubabs qui vivent à l’extérieur dont elles sont, pour certaines, des conjoints. Ceux-ci les menacent de ne plus venir ici si le Zircon est exploité. Ce ne sont pas les populations qui ont refusé ! »
Mamadou Sankoung Diabang a ajouté que, la preuve, ceux qui battent campagne pour la non-exploitation du Zircon auraient « confié à des gens avoir inventé tout ce qu’ils disaient, par exemple, le fait que le projet serait cancérigène à travers la poussière de la route non goudronnée, que cette même poussière serait un poison pour les arbres, que les rizières seraient envahies par l’océan ; alors qu’à 500 mètres du site, la Gambie a exploité ses mines de Zircon à Katong sans le moindre danger, même constat dans les villages de Sagna et Brufut et cela depuis plus de 5 ans maintenant ».
Revenant sur la source du malentendu concernant l’exploitation ou non du Zircon, Yahya Demba a expliqué : « nous avons rédigé un mémorandum signé par le chef de village de Kabadio et par le maire de la commune de Kataba 1 ; le représentant de l’État qui est le sous-préfet de Kataba 1 l’a accepté après avoir écouté nos responsables. Nous sommes allés voir celui qui a rédigé le projet d’exploitation ainsi que l’entreprise ayant gagné le marché, ils ont tous donné leur accord quant au contenu du mémorandum ».
A en croire Yahya Demba, « il ne restait que la mise sur pied du comité de gestion, et c’est là que toutes nos difficultés ont commencé ; car le sous-préfet a dit qu’il ferait partie de ce comité de gestion, de gré ou de force, j’atteste qu’il l’a dit à la place publique du village. Nous lui avions répondu, en son temps, que cela n’était pas possible avant de lui rappeler son devoir de neutralité et d’arbitrage dans les affaires qui concernent exclusivement  les populations ; il a menacé que s’il n’en faisait pas partie, il  le détruirait. Et c’est cette destruction qui nous conduit à ce point ».
Pour Yahya Demba, « il a alors pris la décision de travailler avec le camp du ‘’non’’ ». Mamadou Sankoung Diabang lui, a estimé qu’il « a divisé le village ».
A ce propos, interrogé au téléphone, le sous-préfet de Kataba 1, M. Youssoupha Faye, a préféré ne pas se prononcer pour le moment puisque le dossier est entre les mains d’une mission du ministère des mines qui s’est rendue sur les lieux.
Selon Mamadou Sankoung Diabang, « cette mission dirigée par le directeur de cabinet du ministre des mines est venue ici avant-hier (Ndlr : le jeudi dernier), elle ne nous a jamais rencontrés, elle n’a rencontré que le camp du ‘’non’’ derrière le village ».
Sur la position d’une partie du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) qui serait hostile à l’exploitation du Zircon, Mamadou Sankoung Diabang a expliqué ceci : « au début, le MFDC n’avait pas compris, car il ne rencontrait qu’un seul camp, celui du ‘’non’’ qui diabolisait le projet auprès de lui, mais avec l’aide du Ministre d’État M. Robert Sagna, le MFDC a compris qu’on lui racontait des histoires. Mais, le MFDC est là pour les populations, et non pour un camp. Les combattants du MFDC nous ont dit clairement que si les populations sont d’accord, alors ils sont aussi d’accord avec elles pour l’exploitation du Zircon. Or tout le monde sait que le projet n’a pas d’enjeu ».
Pour sa part, Yahya Demba a « remercié le MFDC, car jusqu’au moment où nous parlons, aucun combattant n’est venu nous dire qu’il est hostile à ce projet. Nous avons eu une rencontre avec eux à Mahmouda, grâce à la facilitation du Ministre d’État M. Robert Sagna que nous remercions, nous leur avons expliqué les tenants et aboutissants du projet. Ils nous ont fait savoir qu’ils ont été abusés par un camp, ce qui fait qu’ils sont actuellement d’accord pour le déroulement du projet ».
 Les populations de Kabadio, par la voix de Mamadou Sankoung Diabang, ont par conséquent demandé à l’Etat, « vu que l’entreprise ayant gagné le marché est prête pour l’exploitation du projet, de tout faire pour le diligenter tout en respectant les clauses retenues avant, pendant et après celle-ci ». Elles ont rappelé une partie de ces conditions, à savoir la construction de forage pouvant alimenter en eau potable l’ensemble des villages polarisés par la mine de Zircon, l’indemnisation des éventuels habitants délogés, la construction de routes dans une bonne partie des villages du Fogny Diabancounda, l’extension des réseaux électrique et téléphonique, le recrutement de la main-d’œuvre locale qualifiée et non qualifiée selon les compétences et les besoins, etc...
Lundi 4 Décembre 2017
Dakaractu



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