Si l’appel au dialogue lancé par Maître Abdoulaye Wade a eu un écho favorable de la part du chef de l’Etat, Macky Sall, qui reste ouvert à la concertation, il n’en demeure pas moins que l’actuel locataire du Palais reste intransigeant sur les termes du dialogue. En clair, si besoin est , il sera procédé à des échanges sur la situation politique nationale sans entacher en rien la sacro-sainte séparation des pouvoirs.
Macky Sall ferme ainsi toute éventualité de compromis sur le dossier de justice brûlant qui agite la frange la plus irréductible de l’opposition. Une posture qui hélas anéantit les espoirs de dialogue, dès lors que le dossier Karim Wade est agité comme un combat d’honneur, une entrave à toute entente politique entre les tenants du pouvoir et l’opposition regroupée au sein du rassemblement du front patriotique pour la défense de la République.
Même si l’idée a été maintes fois agitée, avec des injonctions de familles religieuses faites au pouvoir et à l’opposition, les parties ont intensifié le combat, et la prolongation du procès de Karim Wade est venue intensifier un combat politique qui se mène depuis le déclenchement de la procédure de traque des biens mal acquis.
Face à un pouvoir accroché à la reddition des comptes, comme demande sociale, l’opposition n’a eu aucune voie de salut et la pression faite sur les caciques libéraux a permis de comprendre la portée de cette initiative dite citoyenne dans les rangs du pouvoir. Interdits de sortie du territoire, les ténors libéraux ont épuisé les voies de recours et comprennent qu’il n’y a aucune autre alternative que le combat politique. Avec des arguments et un plan de bataille, la frange résistante du Pds s’est liguée avec la plateforme du FDPR pour mener le combat. Battre la macadam, retourner sur la place symbolique de l’Obélisque . Seulement, les nombreuses demandes d’autorisation de marche ont connu le même sort : un refus . Ce qui a conduit, inéluctablement, au sursaut d’orgueil et à la combativité de la part de l’opposition. Interdiction systématique des marches, restrictions des libertés, et il n’y a guère, une participation contestée du Chef de l’Etat sénégalais àune marche républicaine à Paris, jugée à tort ou à raison comme un soutien aux ennemis de l’Islam.
Quoiqu’il en soit, le retour de Maître Wade dans cette confusion n’a pas été pour faciliter le rapprochement. Au contraire, confronté à la dure réalité, le père de Karim Wade a porté le combat de la désobéissance civile, allant jusqu’à forcer des barrières policières, lancer un appel de désobéissance en cas de prochaine interdiction. Face à ce jusqu’au boutisme, le pouvoir a jeté du lest en laissant se dérouler, la manifestation de l’opposition. Seulement, cette stratégie de Macky Sall, qui souffle le chaud et le froid, ne garantit aucun accord entre la classe politique pour un dialogue fructueux . Tout au moins, cette ouverture affichée de l’Etat s’explique par le besoin de desserrer l’étau autour des questions brûlantes. En ouvrant ses portes à l’opposition, le président de la République, prudent , a posé les termes du débat non sans avertir que force restera à la loi. Du côté du Palais, devant la prudence des stratèges qui flairent un coup fourré de la part d’un ennemi frustré et blessé, en plus d’éviter de singulariser le cas Wade, la stratégie consiste à débattre de tout relevant de la prérogative du Chef de l’Etat. Mais aucune immixtion dans la marche de la justice encore moins du Parlement ne sera admis. Un avis qui vaut son pesant. Car, au delà du rassemblement d’hier, l’opposition ragaillardie par ce repli stratégique de l’Etat, continuera dans la surenchère d’ici à ce que l’étau se desserre sur ses éléments dont les emprisonnés ne sont pas uniquement la cause des cauchemars.