Y’en a marre! ( Alioune Badara COULIBALY)


Vous vous souvenez bien, durant le régime du président Abdoulaye Wade, beaucoup de ses proches appelés à tort ou à raison «faucons» s’étaient arrogés le droit de dresser un mur de défense autour du Chef de l’Etat. Ils se proclamaient défenseurs  acharnés de sa politique. Aujourd'hui, sous nos yeux, la même pièce semble se jouer encore à la tête du pays. Seulement, cette fois, celui qui est protégé et défendu n’est pas le chef de l’Executif mais plutôt son second notamment, Ousmane Sonko, pour qui, une loi taillée sur mesure, d’après nombre de spécialistes, doit être votée par la représentation nationale. 

La proposition N°11/2026 portant modification des articles L29 et L30 du Code électoral, dont l’examen en procédure d’urgence est prévu à l’Assemblée nationale ce vendredi, tranche avec le caractère général et impersonnel de la loi. La procédure d’urgence, la modification du Code électoral et les révisions envisagées sur le règlement intérieur visent à faire sauter les derniers verrous sur l’éligibilité du Premier ministre pour sa pleine réhabilitation politique.

Il est même dit dans certains cercles que le Chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, celui là même que les citoyens ont élu, serait l’homme qui se dresse au travers des ambitions de son mentor. Quand même paradoxal! C’est souvent l’inverse qui s’opère. 

N’empêche, les députés et le parti au pouvoir travaillent méticuleusement à mettre le leader du Pastef sur orbite, en perspective des prochaines joutes électorales. 

Leurs actions ont un prolongement direct dans les affaires de l’Etat. Pour les porteurs de cette sordide loi, peu importe les conséquences, des alliés solides sont trouvés dans tous les sphères de la société, y compris dans la presse, pour distraire l’opinion et les citoyens, installant  ainsi le pays dans un bavardage inutile et contre productif.

Les Sénégalais en ont marre de ce débat. Ils en ont marre  d’entendre de hauts responsables politiques du parti au pouvoir les tympaniser sur l’échéance de 2029. Ils en ont marre des polémiques et des querelles intestines.

Tous les débats politiques savamment entretenus ces derniers temps replongent le pays dans l’ambiance des années 2000. On en est réduit à construire des opinions, à caractériser des gens et à les diaboliser  sous le prétexte fallacieux que nous débattons dans l’intérêt de notre projet démocratique national. Les hommes politiques, ceux de Pastef en particulier, doivent réfléchir aujourd’hui sur le sens qu’ils donnent au débat contradictoire, sève nourricière de la démocratie. De ce point de vue, nous n’avançons pas, nous reculons à grands pas. 

L’évolution de notre projet démocratique, sa maturité, semblent dépasser la qualité des hommes et des femmes mis en avant par le régime aux affaires. Une part trop belle est faite aux médiocres et aux incompétents n’ayant nullement le sens de l’intérêt supérieur de la Nation. 

L’élection de Bassirou Diomaye Faye a été un espoir pour beaucoup de Sénégalais, en ce sens qu’ils croyaient que les innombrables promesses d’un avenir meilleur, d’une rupture systémique et d’un Sénégal qui prend son envol au bout de deux mois, allaient se concrétiser. Oh que non ! En lieu et place de tous les engagements, on déniche des ennemis à tout va, Farba Ngom, Pape Malick Ndour, El Hadji Malick Mbaye, Mamadou Gueye…qu’il faut dresser devant la potence. À défaut, on dénonce, fustige et s’attaque contre celui qui par sa responsabilité, par ses fonctions, doit protéger tous les citoyens, y compris ses adversaires les plus irréductibles. 

Le Pastef et ses affidés ne peuvent certes pas avoir la peau de Diomaye tant qu’il trône à la tête de l’Etat mais, ils peuvent lui rendre la vie difficile au point, sans aucun doute, de signer le divorce avec son parti. Ces gens parviendront à dérouler leur propre projet. À l’intérieur ou en dehors de l’Etat ? C’est bien la question à se poser. 

Quelle catastrophe ! Le pays, paralysé depuis deux ans maintenant, plongera davantage dans une tension politique, le reste du mandat voté au nom du Jub Jubbeul Jubeunti. 

Le Pastef n’en a cure. Le Sénégal entre ces mains inexpertes, depuis 2024, mérite pourtant que des gens plus clairvoyants, plus ambitieux, moins préoccupés par leurs sorts personnels soient aux affaires. 

Alioune Badara COULIBALY
Porte-parole APR
Dimanche 26 Avril 2026
Dakaractu