Voulèye Bâ Mbodji, l’institutrice qui a mobilisé Bambey contre le ministre Kalidou Diallo : Si (re)belle…


Son regard perçant ne laisse personne indifférent. Mise sous les projecteurs par une décision d’affectation du ministre de l’Education, Voulèye Bâ belle-sœur du ministre d’Etat Aida Mbodji est devenue malgré elle une star pour avoir rallié à sa cause la quasi-totalité des enseignants de la région de Diourbel qui ont guerroyé contre cette mesure inique. Elle a bientôt la cinquantaine, mais on lui donnerait volontiers la trentaine, tellement Voulèye Bâ ne porte pas son âge. Coquette, cette dame née le 11 novembre 1964, est aussi bien à l’aise dans une tenue européenne que dans un grand boubou traditionnel. Tout aussi belle, Mme Mbodji du haut de ses 1 mètre 70 inspire le respect. «Madame» de teint clair, qui rappelle ses origines halpulaar a été sortie de sa sourcilière du Cem Dièry Fall où elle s’était terrée depuis 10 ans par la mesure inique du ministre Kalidou Diallo. Ce dernier lui reproche d’avoir manqué à son devoir de réserve en s’attaquant à des personnalités et à des ministres d’Etat.

«C’est parce que le ministre ne me connaît pas» confie-t-elle. Et quand on lui souligne que son ministre de tutelle déclare qu’elle a demandé pardon pour obtenir une «grâce», elle dit : «Je suis prête à vous envoyer la lettre que j’ai écrit au ministre. Je n’ai jamais demandé pardon. Je ne me suis pas excusée ni demandé de grâce.» «Si le ministre avait cherché à me connaître, il n’allait pas tenir de tels propos sur moi» dit celle qui est présentée comme la mère Thérésa du Collège d’enseignement moyen Dièry Fall. Un sobriquet que quelques élèves l’ont affabulé pour montrer l’attachement et le soutien qu’elle apporte à certains d’entre eux. En témoigne un père de famille dont l’enfant étudiait dans ce collège. «Mon fils mangeait chez elle alors que nous n’avons aucun lien de parenté. C’est un jour qu’elle a remarqué que cet enfant mangeait des pistaches qu’elle lui a demandé de venir prendre le repas chez elle» raconte ce parent d’élève sous l’anonymat. Des propos corroborés par le principal du Cem Dièry Fall. Oussey­nou Diakhoumpa confie : «Sur le plan social, elle joue au niveau de l’école le rôle d’assistante sociale. Elle règle beaucoup de problèmes sociaux, elle a permis à 7 élèves de poursuivre leurs études.»

Pour Voulèye Bâ Mbodji, ces élèves «ce sont (ses) propres enfants. D’où cette attention que je porte sur eux. Je suis avant tout une éducatrice.» Agent exemplaire décrit par son supérieur hiérarchique comme «un exemple de ponctualité, d’assiduité». «C’est vraiment une enseignante exemplaire. Elle assure l’intérim de la surveillante générale si elle est absente. Si par extraordinaire, je suis, avec la surveillante générale, absent, elle porte tout le poids de l’école sur ses épaules. C’est un agent pour lequel, je n’ai pas de reproches.»
Posez la même question à son mari, Abdou Khadre Mbodji répond : «C’est une dame qui a les remerciements et les félicitations de ses parents. Elle s’est toujours occupée de sa mère. Elle vit avec elle, elle s’occupe bien de ses enfants à qui, elle a donné une très bonne éducation. Mme Mbodji, c’est quelqu’une qui croit en sa profession. Son travail est sacré, elle s’en occupe de façon professionnelle et avec di­gni­té».L’époux pour­suit : «C’est une dame qui adore son mari, qui s’en occupe bien et je le lui rends bien. C’est une bonne musulmane. Je ne l’ai jamais réveillé le matin ; à chaque fois que je me réveille pour prier, elle est derrière moi.» Une croyance en Dieu et une piété confirmées par le noircissement de son front. Un point qui se distingue sur son beau visage comme son nez aquilin et qui témoigne des longues génuflexions devant son Seigneur.

Awa Sène Diop, son amie depuis leur enfance confirme : «Elle est très respectueuse de ses parents, de ses amis, et de ses voisins. Elle ne veut du mal à personne. Elle est très sociale. Elle constitue une référence pour nous ses amis.» Avant de poursuivre sur les qualités de cette dame qui fait l’unanimité autour de sa person­ne jusqu’à faire observer un arrêt de travail de 11 jours. «Elle est très croyante, elle est véridique et ne flatte jamais une personne.» Voulèye Ba Mbodji, cette enseignante «trop fière» de sa personne aime la franchise et dit détester le mensonge plus que tout autre chose. Madame n’aurait pas de défauts ? C’est parce qu’elle est digne, répliquent nos interlocuteurs. «Certains pensent qu’elle est trop suffisante, peut-être, c’est cela son principal péché» ajoute Awa Sène Diop. Tout le contraire de Monsieur Mbodji qui ne voit pas de défauts chez celle-là qu’il n’appelle jamais par son prénom mais plutôt par Mme Mbodji avec qui, il est marié depuis septembre 2009. «Je suis fier et heureux d’être avec elle.»
Voulèye Ba Mbodji c’est aussi cette journaliste manquée. «Je voulais devenir journaliste mais c’est mon grand frère Seydou Ba et l’ancien ministre Ibrahima Fall actuellement 1er adjoint au maire de Bambey qui m’avaient suggéré de passer le concours de recrutement des élèves maitres» raconte-t-elle. Un test qu’elle réussit avec brio. C’était en 1981. Pendant, quatre années, elle va poursuivre ses études à la prestigieuse Ecole normale régionale des jeunes filles Germaine Le Goff de Thiès où sont sorties de fortes personnalités de ce pays parmi lesquelles Awa Fall Diop présidente nationale des femmes de And-Jef/Pads et ancienne ministre chargée des relations avec les institutions.

De cet établissement, elle sortira en 1985 munie de son parchemin et du Certificat d’aptitude pédagogique pour servir dans le département de Tivaoaune. Mariée à Coumba Ndoffène Diouf un professeur d’anglais, cette mère de cinq bouts de bois de Dieu, dont un mort à bas-âge, est aujourd’hui, restée avec ces deux filles et deux garçons, qui poursuivent des études supérieures. Ses enfants comme leur grand-mère Awa Sall et des enseignants de Bambey ont déterré la hache de guerre pour faire face à l’arbitraire comme ils justifiaient la mesure de Kalidou Diallo.
De poids plume, Voulèye Bâ Mbodji, elle, a pris avec philosophie la note de service n°004071 du 27 octobre 2011 Meem­sln­/Sg/Dgprm, la mettant à la disposition de l’Inspec­teur d’académie pour servir dans les classes. «L’affectation ne m’a rien fait. C’était inscrit dans l’ordre normal des choses. Je suis une croyante, musulmane pratiquante. On ne peut rien contre son destin. Je n’ai jamais faibli quand la mesure est sortie». Ainsi ce soutien qui lui a été témoigné est allé droit au cœur à cette institutri­ce principal 3ème échelon, grande croqueuse de thiébou Djeune qu’elle dit préférer au ngniri bouna de ses aïeuls halpulaar.

( Le quotidien )
Samedi 26 Novembre 2011