Les enchères n'ont pas eu lieu samedi. Et c'est déjà une grande victoire pour l’État du Sénégal qui a dépêché, dès jeudi, son ministre de la Culture et du patrimoine historique pour empêcher la mise en vente de 202 objets ayant appartenu au premier Président du Sénégal et à son épouse. L’Obs rappelle qu’il s’agit d’un lot de quatre décorations militaires décernées à Léopold Sédar Senghor au titre de chef de la Nation sénégalaise et dont la mise totale de départ avoisine les 24.000 Euros, soit un peu plus de 15 millions de FCfA.
Le ministre Aliou Sow qui a obtenu ce premier sursis, devrait pouvoir faire annuler définitivement les enchères ce lundi à Paris. À cet effet, le ministre de la culture doit se rendre dans l'après-midi de ce lundi à Caen, dans le nord-ouest de la France, où il va rencontrer Maître Solène Lainé, commissaire-priseuse chargée des ventes et représentante de l'héritière des Senghor. La réunion aura un caractère décisif.
Avec l'appui du Quai d'Orsay, le ministre de la Culture et l'ambassadeur du Sénégal en France auront à cour de faire valider le contrat proposé par l’État du Sénégal à la vendeuse. En clair, il ne reste qu'à avaliser le montant global, les modalités et le mode de paiement. « Nous avons bon espoir de conclure l'affaire et de ramener ces objets dans le patrimoine sénégalais conformément aux instructions du chef de l'État », confiera Aliou Sow à la page 6 de l’Obs.
L'emballement médiatique et sentimental autour de ces enchères sur des objets de Senghor, notamment des décorations militaires, ont joué en défaveur du Sénégal de sorte à permettre à la commissaire-priseuse d'augmenter ses mises de départ, mais rien de déraisonnable, assure le ministre. « On est dans le domaine du raisonnable et de l'acceptable », juge-t-il en promettant de communiquer plus tard sur le montant de la transaction.
La propriétaire de ces objets qui aurait accepté de vendre tout le lot au Sénégal et dont on dit qu'elle serait une héritière de quatrième génération ne devrait pas participer à la négociation. Celle qui reste dans l'ombre, détiendrait un certificat de succession en bonne et due forme, même si elle est sans lien de parenté avec Senghor. Marié à Colette en 1957, le Président-poète avait un fils, mort par accident en 1981. Mais il avait de sa première union avec Ginette Eboué, deux fils : Francis-Arfang et Guy-Waly mort en 1984. Officiellement donc, Francis, 76 ans et sous curatelle, reste le seul héritier de Senghor, même si aucune des enchères concernant les affaires de son père n'est de son fait.
Une affaire que l'État du Sénégal devrait tirer au clair et empêcher un futur bradage des «héritiers». Une autre vente liée à la succession de Léopold Sédar Senghor sur un lot de livres de la bibliothèque, est déjà programmée pour janvier prochain. « Avec ce déplacement, nous avions comme objectif de suspendre les enchères, d'acquérir les objets et de voir comment sauver tout ce qui tourne autour du patrimoine de Senghor », dit le ministre de la Culture. Cela implique aussi de travailler à une solution pour sauver de la décrépitude la maison de Verson, témoin des dernières heures de la vie du couple présidentiel et que l'ex Première Dame du Sénégal avait jugé bon, à sa mort, de la léguer à cette petite mairie avec l'obligation pour la ville de la conserver durant 25 ans et l'ouvrir au public.