Une démocratie hasardeuse ! (Par Idrissa Fall Cissé membre du parti AWALÉ)


Le Sénégal nous paraît tellement sérieux que sa destinée ne devrait être confiée à une boule qui tourne au gré des hasards. Le parrainage a été conçu comme un filtre pour faire du palais "un lieu sérieux habitable par son locataire" mais il n’a pas découragé plus d’un, en atteste le rush de plus de 80 mandataires au Conseil Constitutionnel pour le dépôt des dossiers de candidature. Dire donc que le parrainage n'est plus dissuasif est une lapalissade. La caution non plus, elle n'a jamais été dissuasive (12 candidats en 2012 avec 65.000.000 Fcfa caution). 
 
Que faire maintenant ? 
 
Il faut lier les deux. Rendre la caution payable avant le retrait des fiches de parrainage et non remboursable. Les cas d’irrégularités constatées par le Conseil Constitutionnel et de rejet de candidature doivent avoir pour conséquence Lennon remboursement de la caution. Une partie de cette liquidité obtenue par l’Etat devra être reversée au trésor public et une autre peut contribuer au financement des partis politiques les plus enclins à former leurs militants et qui respectent les lois de la République. Il faut se le dire la station présidentielle est devenue fatalement un jeu pour certains. Alors qu’elle est lourdement chargée. 
 
Au chapitre des reformes urgentes, il faut aller vers une mise en place d’une commission nationale du parrainage avec des commissions départementales pour une durée d'un mois. Dans la pratique, le citoyen qui veut parrainer un candidat peut aller vers la commission de sa localité pour signer comme c'est le cas avec les révisions ordinaire et extraordinaire. Le citoyen n'aura pas la possibilité de parrainer le candidat qui a atteint le maximum de parrains requis pour éviter une présidentielle avant l'heure. C'est le seul moyen de stopper ce business lucratif et malsain autour du parrainage. 
 
En sus, on peut exiger à celui qui veut être candidat une participation aux locales et législatives qui précèdent l'élection présidentielle. 
 
Tout parti qui ne dépose pas son rapport annuel et son bilan financier auprès du ministère de l'intérieur perd son récépissé. De facto, le candidat ne pourra pas prétendre à la joute présidentielle. C'est le moyen le plus efficace de rationaliser les partis politiques. Il faudra commencer par appliquer la loi, tout simplement. Les partis politiques qui révisent constamment leurs statuts, sans s’en référer aux autorités, doivent être sanctionnés. Ceux qui ne font pas leur déclaration annuelle de comptabilité doivent être dissous. Ce n’est que la loi. Et cela permettrait d’y voir plus clair. 
 
In fine, tout candidat, même validé, doit obligatoirement signer la charte sur le débat public présidentiel. Beaucoup de candidats existent par nombrilisme et refusent de décliner contradictoirement leur vision programmatique. Quand on veut diriger un peuple il faut lui parler. Nos candidats ne nous parlent pas. Ils ne débattent plus. Ils ne sont plus dans le débat contradictoire. Et de mieux en mieux, ils ne répondent même plus aux questions qu’on leur pose. Il y a un seuil de représentativité qui semble dispenser de la confrontation d’idées et qui est validé par tous les acteurs. Les leaders politiques majeurs, présidentiables, s’il en existe, ne sont plus invités en format contradictoire par les médias. Ils ne n'accepteront jamais d'ailleurs. Ils sont placés sur un piédestal qui oblige la presse à se conformer à un format de communication déclaratoire qui laisse se dérouler un laïus politique sans interrogations ni remises en cause.
 
Idrissa Fall Cissé
 
Vendredi 29 Décembre 2023
Dakaractu