Un génocide voilé du Moyen âge africain exhumé au Kaniaga ( Par Sogué Diarisso)


Il y a quelques décennies, un manuscrit a été réduit en cendres. Ce n’était pas un simple amas de papier consumé par le feu, mais la mémoire vivante d’un peuple, l’histoire d’une dynastie que mon père, Bouillagui Diarisso, avait consacré sa vie à préserver.

Premier Diarisso instruit à l’école coloniale, il avait compris avant l’heure que la transmission orale, aussi puissante soit-elle, devait être adossée à l’écrit pour survivre aux vents de l’oubli.
 

Aujourd’hui, de ces cendres, je fais renaître la lumière. Avec la parution de mon essai Les Diarisso le 0 5 novembre 2026, ce n’est pas seulement un devoir de mémoire filial que j’accomplis, c’est un acte de justice historique que je lance à la face d’une historiographie qui a trop longtemps galvaudé notre passé.
 

Pendant trop longtemps, les récits coloniaux, hérités de plumes comme celles de Monteil et dans une moindre mesure Delafosse, ont insidieusement et tacitement minimisé le rôle des peuples entièrement noirs dans la genèse des grands empires ouest-africains, notamment l’Empire du Wagadou, plus connu sous le nom d’Empire du Ghana.
 

Ces historiens étrangers ont voulu nous faire croire que les Koussas n’étaient que de simples mercenaires au service de souverains prétendument blancs. Quelle imposture !
 

La vérité, exhumée de la tradition orale des griots koussantagués, gessérés et confrontée aux sources anciennes d’Ibn Hawqal, El Bekri, Ibn Khaldoun, Mahmoud Kati,etc. est tout autre.

Les Koussas étaient les véritables architectes de cette civilisation. Ils étaient les gardiens du pacte avec le Bida qui garantissait la richesse de l’Empire, collecteurs de l’or recueilli, intronisateurs des rois et conseillers suprêmes, sans l’avis desquels aucune décision, interne ou militaire, ne se prenait au Ghana.
 

Effacer leur rôle, c’est effacer l’intelligence politique et spirituelle de l’Afrique noire.

Mais l’effacement historique ne s’arrête pas aux mensonges coloniaux ; il prend aujourd’hui des formes nouvelles, abjectes, relevant presque de l’usurpation contemporaine.
 

Mon ouvrage retrace également l’ascension des Diarisso issus de ce clan koussa et dont le patriarche Goumouné Fadou (Goumaté Fadé pour les occidentaux) fut nommé Gouverneur du Kaniaga dès 750 par le Kaya Maghan, le Roi de l’or.

Devenus indépendants en 1076 par contestation de l’islamisation du Ghana, sept rois s’y succéderont et leur alliance matrimoniale avec les femmes peuhles Férobé Sô/Sow, donnera naissance à la synthèse culturelle inédite du Royaume du Kaniaga qui prendra ainsi le nom de Royaume de Sosso (Sô-So, la maison des Sô). .
 

Pourtant, qui connaît aujourd’hui la tragédie des Diarisso ?
 

Qui sait que leur quasi-extinction fut le fait du tyran légendaire Garaghé, identifié dans mes recherches à Soumangourou Kanté, responsable de ce premier génocide du moyen âge africain des miens, après 430 ans de règne au Kaniaga ?
 

Il est intolérable de voir certains descendants de ce bourreau tenter aujourd’hui de se draper dans l’héritage de leurs propres victimes.
 

L’Afrique est une épopée humaine, tissée de grandeurs éclatantes et de tragédies absolues. Mais tant que nous laisserons l’étranger tenir la plume, notre histoire restera otage de ses biais et de ses silences.

Il est temps de briser ce miroir déformant et que les Africains s’approprient leur propre récit.


 

Sogué Diarisso

Ingénieur statisticien économiste. Ancien Directeur de la Prévision et des Études Economiques du Sénégal et ancien Directeur de la Recherche et de la Statistique de la BCEAO-Siège, fut Conseiller de Quatre premiers ministres. Auteur de plusieurs publications dans le domaine de la monnaie et des prix et de deux essais sur l’Egypte antique.

Mail:sogued@gmail.com


 

Jeudi 5 Novembre 2026
Dakaractu