Trump mis en accusation : Que peut-il se passer après le deuxième «impeachment» ?

Sans grande surprise, la chambre des représentants des Etats-Unis a voté la mise en accusation de Donald Trump pour « incitation à l'insurrection » lors de l'assaut donné le 6 janvier par ses partisans contre le Capitole. Néanmoins, le chemin reste encore long dans cette procédure « d'impeachment ». L'acte de destitution doit maintenant être voté par le Sénat qui ne siège pas actuellement et ce jusqu'à l'investiture de Joe Biden le 20 janvier.


Donald Trump est devenu mercredi le premier président des États-Unis à être mis en accusation pour la deuxième fois au Congrès, une semaine avant la fin de son mandat qui s'achève dans un climat d'extrême tension. À quelques jours de son départ pour Mar-a-Lago, en Floride, où il devrait entamer sa nouvelle vie d'ex-président, Donald Trump apparaît très isolé.

 

« À moins qu'on décide à l'unanimité du côté des sénateurs de revenir avant l'inauguration, il n'y aura pas de procès en destitution avant le départ du président Trump, ce qui représente une complication », souligne Christophe Cloutier-Roy chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l'Université du Québec à Montréal, au micro d'Oriane Verdier, du service International de RFI.

 

Vers un report du procès au Sénat ?

 

Quelle suite donner à ce vote historique ? Les démocrates ne sont pas tous d'accord sur un calendrier qui reste donc incertain. Le risque est qu'il accapare toute l'attention et entrave l'action législative du début de mandat du futur président, en monopolisant les séances. « J'espère que le Sénat trouvera une façon de gérer leurs responsabilités constitutionnelles concernant le procès en destitution, tout en conduisant les affaires urgentes de la nation », a demandé Joe Biden, citant entre autres la confirmation des membres de son cabinet, la relance de l'économie américaine, et la poursuite du plan de distribution de vaccins contre le Covid-19.

 

 « Il y a l'idée avancée par certains démocrates, explique Christophe Cloutier-Roy, de ne pas envoyer tout de suite les articles en destitution au Sénat parce qu'on veut donner une chance au nouveau président Biden d'avoir du temps dans les premiers jours de son mandat pour assurer les nominations de différents ministres, pour mettre en avant ses priorités. Mais il faut comprendre quand même que devant la gravités des actions survenues la semaine dernière au Capitole, il est impensable pour les démocrates de ne pas punir le président pour ses actes. » 

 

Quelle majorité pour la destitution ?

 

Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump et Alan Dershowitz sont pressentis pour défendre le président, précise Romain Lemaresquier, du service International de RFI. Ils devront convaincre les sénateurs qu’il n’a pas encouragé ses partisans à prendre d’assaut le Capitole. 

 

Un vote sera ensuite organisé pour décider s’il est responsable ou non. Un vote au deux tiers, c’est-à-dire que 67 voix seront nécessaires, sachant que les démocrates comptent 50 sénateurs, plus la voix de la future vice-présidente Kamala Harris. Ce qui implique donc que des voix de sénateurs républicains seront nécessaires pour destituer Donald Trump.

 

Rendre Trump inéligible en 2024

 

L'autre question est la finalité d'une procédure de destitution impossible à mener avant la fin du mandat de Donald Trump. Or, poursuit le chercheur québécois, « si l'on arrive à condamner le président Trump, même après la fin de son mandat, il y aurait la possibilité par la suite de voter pour empêcher le président de pouvoir se représenter à l'avenir, notamment en 2024 lors de la prochaine élection présidentielle. Mais c'est un pari qui est assez risqué quand même. » 

 

En cas de destitution, le président sortant ne sera pas pour autant déclaré inéligible. Il faudra ensuite que les législateurs invoquent le 14ème amendement et procèdent à un vote à majorité simple pour que Donald Trump ne puisse plus jamais se présenter à une élection. 

 

Républicains : comment tourner la page Trump ?

 

Cette nouvelle étape promet d'importants débats au sein même des républicains. Car si Donald Trump est toujours très soutenu par son parti à la Chambre des Représentants, les sénateurs républicains eux sont plus divisés sur la question.

 

« L'essentiel de la Conférence républicaine à la Chambre des Représentants continue de se ranger derrière le président Trump, confirme Christophe Cloutier-Roy. Cependant au Sénat, on sent déjà davantage d'ouverture pour condamner le président Trump. Certains sénateurs ont carrément dit qu'ils voulaient que Trump s'en aille. Même le leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell, serait content, selon des rapports, s'il y avait un nouveau procès en destitution qui soit fait contre le président. Donc, est-ce que cela va se traduire par des votes républicains pour la destitution ? »

 

McConnell, l'homme-clé

 

Selon le chercheur, « il est encore tôt pour connaître toutes les retombées de l'incident de la semaine dernière. Mais il est certain que ce qu'on voit apparaître, c'est un clivage de plus en plus fort entre les partisans du président et ceux qui représentent un peu l'ancienne garde républicaine. Cela va être l'une des choses intéressantes à suivre au cours des prochaines années à Washington : comment le Parti républicain naviguera-t-il à travers ses dissensions internes ? Que faire de l'héritage que Donald Trump laisse à ce parti ? »  

 

« Je n'ai pas pris ma décision définitive sur mon vote, j'ai l'intention d'écouter les arguments juridiques quand ils seront présentés au Sénat », a écrit Mitch McConnell à ses collègues républicains dans une note rendue publique. Cet habile stratège, très influent, pourrait, s'il donne un signal en faveur de la condamnation, aider le parti républicain à tourner définitivement la page Trump.

Jeudi 14 Janvier 2021
Dakaractu




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