Transport : La recommandation du Directeur exécutif de l’Association des Assureurs sénégalais pour une meilleure sécurité routière

Avec la récurrence des accidents sur les routes sénégalaises, le moindre déplacement d’une personne d’une région à une autre fait stresser et ses proches et lui. Rien que pour cette année, plus d’une dizaine d’accidents de voiture ont fait plusieurs morts, sans parler des blessés et des dégâts matériels qui ont été enregistrés. Une situation qui a poussé Dakaractu à aller à la rencontre de Mactar Faye, Directeur exécutif de l’Association des Assurances du Sénégal. Entretien …


On assiste à de nombreux cas d’accidents ces derniers mois. Comment expliquez-vous cette situation devenue alarmante ?
 
Le bilan est catastrophique. Il y a une forte recrudescence des accidents de la circulation ces temps-ci. J’avais proposé des solutions, il y a de cela 10 voire 15 ans. Et c’est aujourd’hui qu’on pense à les mettre en application. Il s’agit, entre autres, de la formation. Car elle peut jouer un rôle dans la réduction des accidents de la circulation et permettre aussi de développer des connaissances, d’acquérir du savoir, d’élever le niveau de conscience professionnelle, surtout pour les chauffeurs de transport en commun, mais également de changer leur comportement. Et qu’on essaie d’introduire dans la formation d’autres modules comme le secourisme, le civisme et un peu de mécanique.
 
 
Qu'est-ce qui serait à l’origine de la recrudescence des accidents ? Est-ce l’état des routes ou l’indiscipline des conducteurs ?
 
Une partie de ces accidents est certes liée à l’hivernage. Mais si l’on regarde de plus près, les causes sont d’origine humaine. Il s’agit de l’excès de vitesse, de la fatigue et de la somnolence. Des facteurs physiologiques. Les accidents les plus catastrophiques, les plus spectaculaires se produisent la nuit entre 23 et 6 heures. Parce que les gens parcourent des centaines de kilomètres et refusent de se reposer quand la fatigue les rattrape. Leur seul objectif, c’est d’arriver à destination. Malheureusement, la plupart n’y n’arrivent jamais. Ces défiances humaines ne concernent pas seulement les conducteurs mais aussi ceux qui sont chargés du système de contrôle et des sanctions sur les routes et ceux qui sont chargés d’octroyer les permis de conduire. C’est une chaîne. Et on est tous impliqué. On ne peut pas respecter ce que l’on ignore. Pourquoi dit-on que les chauffeurs sont indisciplinés ? Ils le sont parce qu’ils ignorent tout simplement les règles. Il faut qu’aujourd’hui on soit beaucoup plus sévère, beaucoup plus ferme si nous voulons en finir avec les accidents de la circulation. Si on veut que nos routes soient moins meurtrières qu’aujourd’hui, il faut un binôme contrôle-sanction efficace, réinventer la façon de faire de la sécurité routière.  Il nous faut de la pédagogie, changer de méthode et impliquer les éléments qui concourent à la réinvention de la sécurité routière. Les causes de ces accidents on les connait déjà donc, il faut réfléchir sur les solutions qui ont été proposées et les appliquer. Il faut noter que 90% des routes nationales sont en bon état. Le gouvernement a fait de grands efforts en matière d’infrastructures.
 
 
Ne pensez-vous pas que l’heure est venue de revoir la délivrance des permis de conduire ? 

 
Ça c’est effectivement quelque chose qu’il fallait voir depuis longtemps. Quand on parle de permis de conduire, il faut mettre en évidence la formation. Et dans cette formation, il faut assimiler les prescriptions du Code de la route et la maitrise de la conduite. On ne peut pas avoir de permis sans faire la formation. Malheureusement, au Sénégal, beaucoup de gens détiennent leur permis de conduire sans jamais fréquenter de centre de formation encore moins d’auto-école. Ces permis, soit ils les ont négociés, soit ils les ont eus hors du pays. Avec la collaboration de la direction des transports terrestre nous avons relevé beaucoup de faux permis de conduire. Et ces gens à qui sont ces permis auront des problèmes au moment de les remplacer en permis biométriques. Aujourd’hui, le système de délivrance des permis est à revoir. C’est une condition sine qua non.


 
Avez-vous préconisé des mesures préventives pour impliquer les assureurs dans la gestion technique de construction des routes?


Depuis un mois les assureurs ont mis en place un observatoire de la prévention routière.  C’est une structure dans laquelle les chauffeurs, les transporteurs, la société civile, la police, la gendarmerie et les assureurs vont mener des réflexions visant à faire des propositions à l’Etat sur le système d’amélioration de la sécurité routière au Sénégal.
 
 
Quelles sont les étapes de l’intervention de l'assureur dès qu'il y a accident ? 

 
Quand il y a un accident, on procède d’abord au constat ensuite à la vérification des garanties avant de commettre un expert qui se chargera de faire un rapport d’expertise pour ensuite procéder à l’indemnisation. L’indemnisation  parfois peut prendre du temps. Aujourd’hui, nous avons mis en place un plan stratégique quinquennal qui s’articule autour de cinq axes majeurs. À savoir l’organisation de la profession, le développement des partenariats, l’innovation en terme d’assurance, l’offre de services de qualité et d’essayer de voir comment contribuer au développement socio-économique du pays, surtout en terme de Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse). Les assureurs contribuent efficacement au développement socio-économique de ce pays.
 
 M. Faye, vous l’avez dit, l’indemnisation peut, parfois, prendre du temps. Dites-nous alors, combien de temps ça doit prendre pour que l'assureur paye les indemnisations aux ayants droit ? 
 

En cas d’accident, on fait le constat et après cette étape, on essaie de faire ce que l’on appelle la déclaration de sinistres. Parfois ce qui retarde l’indemnisation est dû au fait que le client n’avait pas payé son assurance. Aujourd’hui, ce qui retarde les indemnisations parfois c’est qu’on ne se met pas d’accord sur le niveau de responsabilité. Si les responsabilités ne sont pas situées, en général qu’est-ce qui va se passer ? On l’amène en commission d’arbitrage. Cela fait perdre énormément de temps. Parfois, il y a aussi ce que l’on appelle l’Article 13. C’est-à-dire qu’on ne peut pas donner à quelqu’un une assurance si cette personne ne s’acquittait pas, au préalable, de sa prime. En résumé, l’assurance, c’est la souscription et le règlement des sinistrés. Tout cela obéit à des règles. Maintenant, si vous passez outre cela complique le traitement de votre dossier.


 
Une faute commise par le conducteur peut-elle lui priver son droit de jouir d’une indemnisation ? 
 
Si le conducteur bénéficie d’une assurance à tout risque et qu’il fait un accident, son véhicule sera réparé. Mais, s’il est assuré au tiers et qu’il commette une faute, l’indemnisation sera attribuée à celui à qui il a fait du tort. Dans certains pays si ce genre de cas se présente, le conducteur est sanctionné au moment de renouveler son assurance. C’est le système bonus-malus. C’est-à-dire pendant une année si le conducteur ne fait pas d’accidents, au moment du renouvellement de son assurance, il bénéficiera d’un bonus. Autrement dit une réduction sur le prix de l’assurance. Et si c’est le cas contraire, il devra être ajusté l’année prochaine.
 
 
Veiller à l’âge de certains véhicules, fait-il partie de vos préoccupations ?


Au niveau de l’observatoire de la sécurité routière, on plaide pour un assainissement du parc automobile pour que les gens puissent circuler dans des véhicules confortables. Des véhicules qui promettent la sécurité. Au niveau des transports en commun, j’ai constaté que la sécurité et le confort n’y sont pas. On peut donner à ces chauffeurs les plus grandes marques de véhicule, mais si ces derniers n’ont pas un comportement responsable et citoyen, ça ne règle pas le problème. Souvent l’on nous parle de renouvellement des ‘’7 places’’. Même si on les renouvelle et que les chauffeurs ne sont pas formés ni sensibilisés, encore moins informés sur les dangers qui les guettent sur la route, ça ne sert à rien...
Vendredi 6 Septembre 2019
Dakaractu



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