L’espace UEMOA veut bien s'intégrer dans sa transformation numérique. En effet, lors des échanges directs lors de la Conférence internationale consacrée aux systèmes monétaires et financiers avec le thème : « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour l a stabilité monétaire et financière», les experts ont démontré que 248 millions de comptes de monnaie électronique sont en circulation en 2024 avec un réseau de 1,59 million de points de service actifs couvrant l’ensemble de la région. Ainsi, la zone monétaire ouest-africaine est entrée de plain-pied dans l’ère des services financiers numériques de masse. Ces chiffres, présentés ce vendredi par le cabinet Bradley & Rollins en partenariat avec la BCEAO, illustrent visiblement une mutation profonde des habitudes de paiement et d’accès aux services financiers dans les huit États membres.
La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest ne se contente plus d’observer ce mouvement. Mais elle en est l’un des architectes. Il faut rappeler que dès 2017, l’institution a lancé un chantier d’interopérabilité permettant des échanges instantanés et irrévocables entre les différentes plateformes de monnaie électronique opérant dans la zone. Un socle technique qui confère aujourd’hui à l’UEMOA une infrastructure de paiement régionale dont peu d’espaces économiques comparables peuvent se prévaloir sur le continent.
Parallèlement, l’ampleur de cette progression soulève autant de questions qu’elle n’en résout. L’interopérabilité, la supervision des acteurs, la résilience opérationnelle des systèmes et la protection des usagers à l’échelle régionale constituent désormais des chantiers prioritaires pour la BCEAO. Comme l’ont souligné les intervenants de Bradley & Rollins, la question n’est plus de savoir s’il faut s’engager dans la transformation numérique, mais bien de déterminer comment la gouverner avec efficacité et cohérence.
Ce défi de gouvernance prend une autre dimension dans un contexte où les services financiers numériques touchent des populations longtemps restées en dehors du système bancaire classique. Le maillage de 1,59 million de points de service actifs semble être une capillarité inédite du réseau de distribution financier, atteignant des zones rurales et périurbaines que les agences bancaires traditionnelles n’ont jamais couvertes. C’est précisément cette profondeur nouvelle de la finance numérique qui impose, selon la BCEAO, de repenser la régulation, la supervision et la protection des consommateurs à l’échelle de l’ensemble de l’union.