Le poète sénégalais Amadou Lamine Sall revient, sans détour, sur l’échec de sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, sabordée selon lui par le silence assourdissant de l’État sénégalais.
C’est une confession amère, mais digne. Dans un long entretien accordé à L’Observateur, Amadou Lamine Sall, poète de renommée internationale, raconte comment son ambition de porter le Sénégal au sommet de la Francophonie s’est heurtée à un mur : celui du palais présidentiel.
Tout commence le 6 août 2025, date à laquelle le poète écrit au président de la République pour solliciter un soutien officiel à sa candidature. À ce jour, aucune réponse. Les candidatures étaient pourtant closes depuis le 3 avril. «J’aurais été honoré si c’était un oui, honoré si c’était un non. Juste répondre», lâche-t-il, visiblement meurtri par ce qu’il qualifie de manquement républicain élémentaire.
Un « silence cannibale »
Ce n’est pas seulement l’absence de réponse qui blesse Amadou Lamine Sall, c’est la méthode. Des proches du cabinet présidentiel auraient exprimé leur irritation face à la médiatisation de sa candidature, estimant que c’était au chef de l’État de se prononcer en premier. Un ministre conseiller, ami d’hier, lui aurait même adressé un message l’invitant à revoir les clauses de candidature; ce qu’il a vécu comme une humiliation. Portes, fenêtres, volets : « tout, jusqu’au bout, nous a été fermé », a-t-il déploré.
Une règle du jeu verrouillée
Le poète rappelle une réalité institutionnelle souvent méconnue. En effet, pour le poste de SG de l’OIF, seul le chef de l’État peut valider ou bloquer la candidature d’un ressortissant de son pays. Sans ce feu vert, rien n’est possible. « Si cela relevait des urnes, les Sénégalais nous auraient élu », affirme t-il.
Le Sénégal choisit une autre candidate
L’histoire prend un tour ironique : le Sénégal a finalement apporté son soutien à la candidate congolaise, fille de Patrice Lumumba, présentée en dernière minute face au Rwanda qui brigue un troisième mandat à la tête de l’OIF. Amadou Lamine Sall dit comprendre la logique, mais ne cache pas sa surprise. Il s’interroge même, avec une pointe d’humour amer, sur ces « amis du Congo » qui l’ont appelé pour soutenir cette candidate sans jamais avoir soutenu le candidat sénégalais qu’il était lui-même.
La fierté intacte
Malgré tout, le poète refuse l’amertume définitive. Il se dit « homme comblé », fier d’être Sénégalais, et termine sur une note presque spirituelle, appelant ses compatriotes à « s’élever » au-dessus des rivalités et des silences qui éteignent les ambitions nationales. « Ce n’est pas Amadou Lamine Sall, mais le Sénégal qui devait être promu », conclut-il.